Texte à méditer :  

Rêver un impossible rêve
Porter les chagrins des départs
Brûler d'une possible fièvre
Partir ou personne ne part
Aimer jusqu'à la déchirure
Aimer même trop même mal
Tenter sans force et sans armure
D'atteindre l'inaccessible étoile
Telle est ma quête
Suivre l'étoile ...

  
Jacques Brel
 
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  « Je relis Les Caractères, si claire est l’eau de ces bassins qu’il faut se pencher longtemps au-dessus pour en comprendre la profondeur » André Gide

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CINEMA ET HISTOIRE 2

Comme l’Image d’Epinal, le film historique offre un vaste champ de somptuosités trop proches de la pacotille ! Défi de l’effet réaliste d’images qui bougent et parlent à l'encontre des statues et peintures… Quant à la substance biographique ! Napoléon ou Marie-Antoinette, par exemple, ont foudroyé ceux qui ont cru maitriser le Marie-AFilm.jpegsujet, transformé en hagiographies destinées à "éclairer", sinon à distraire, le bon peuple ! L’un flattant le nationalisme, l’autre l’attachement aux "victimes" (mention spéciale au Marie-Antoinette de Sofia Coppola (2006) inconsistante divagation si coûteuse !). La France connut sa brochette de grands hommes (lié à un acteur). "Docteur Laennec" de Maurice Cloche (1949), Pierre Blanchard - le stéthoscope et combat contre la phtisie jusqu'à la mort ! 1952 "Il est minuit, docteur Schweitzer" d'André Haguet (Gilbert Cesbron). Le protestant Pierre Fresnay y reprend son accent alsacien… On ne sert pas l’Histoire, on se sert d’elle, décor ou fantasme. Le spécimen le plus scandaleux (2 prix à Cannes et 5 Césars), "LA REINE MARGOT" de Patrice Chéreau (1994). Arrogance d’une esthétique élisabéthaine, analogie avec Goya etc. ! En fait, débauche crasseuse, complaisamment morbide, qui renchérit le macabre de la situation immolant toute luminosité de la Renaissance. Ce délire mortifère occulte entièrement la tragédie réelle du Massacre de la Saint-Barthélemy (24/081572).

On essaya le panorama: "Que la fête commence…", de Bertrand Tavernier (1975), avec Ph. Noiret, J. Rochefort et J-P. Marielle. Au XVIIIe siècle, la Régence, (Louis XV) la véridique conspiration de Pontcallec hobereau breton. L'action se déroule à Versailleslincolnspielberg.jpg alors que le jeune roi n'y retourne qu'en 1722. Le Marquis de Pontcallec parle de République de Bretagne, impensable à une époque où les républiques sont aristocratiques, Venise, Gênes… Et la fin chronologiquement décalée [1720/89], les paysans incendiant un carrosse, on va en brûler beaucoup d'autres … La même année "Barry Lyndon" de Stanley Kubrick (Thackeray). Destin d'un jeune intrigant irlandais pauvre dans la fastueuse société anglaise du XVIIIe siècle, ascension sociale audacieuse et de perverse, jusqu’à la déchéance. Tourné entièrement en décors d’époque, lumière naturelle, costumes conçus suivant les modèles authentiques, inspiration artistique de Watteau et Gainsborough, enfin musiques d'époque: pour Kubrick, un documentaire qui se serait passé au XVIIIe siècle, "Le cinéma doit avoir l'air réaliste, puisque son point de départ est de faire croire à l'histoire qu'il raconte". Au XXIème siècle le film historique est toujours à la mode : "Lincoln" de Steven Spielberg, (2012). Malgré ses Oscars, trop long et focalisé sur les mœurs parlementaires des USA : Barry Lyndon régala l’Europe à l’inverse des pays anglo-saxons et Lincoln apparut, au contraire, morne. Par contre, l’allemand Edgar Reitz, lui, se lança dans une impressionnante saga-documentaire, "HEITMAT", (1981/2013) sur le monde paysan, l’Europe étant essentiellement agricole au début de la guerre de 1914, d’une honnête austère. "LA REVOLUTION FRANÇAISE" de Robert Enrico et Richard T. Heffron (1989), plus une version plus longue pour la télévision. Les années lumière (Enrico).Les années terribles (Heffron). Tentative d’ajustement au plus près de la réalité historique (excepté les chouans) grâce à l’historien Jean Tulard. Preuve embarrassante cependant, l’exercice frôle le scolaire ! François Truffaut, "L’ENFANT SAUVAGE", (1970) d’après l'histoire de Victor de l'Aveyron et du docteur Itard. Un style dépouillé retrace un apprentissage aléatoire passionnant. "ROUGE BAISER" de Véra Belmont (1985) avec C. Valandrey, L. Wilson et L. Terzieff: peinture à la fois romantique et naturaliste de la division des français  au moment de la Guerre Froide (1950), Guy Konopnicki participa au scénario… Considéré comme petits films, ainsi, nombreux sont-ils qui à travers un épisode d’une époque donnée la reconstituent mieux que ceux qui se veulent historiques à grands frais ! Quelques perles à redécouvrir… Sans compter "LES TEMPS MODERNES" de Charlie Chaplin, (1936) sur le travail à la chaîne, réquisitoire contre le chômage et des conditions de vie de la population occidentale lors de la Grande Dépression, infligées par les gains d'efficacité des industriels. Et Tati : "le grand anticipateur " Olivier Mongin (Esprit) avec "MON ONCLE" (1958). Personnages robots sans âme : scène extraordinaire du couple qui ne desserre pas les dents au cours d’un spectacle normalement distrayant - où ils se sont bien amusés, tandis que, là-bas, dans le coin de Paris où habite Hulot, tout le monde se connaît papote, bonimente, potine. Le matériel brise et l’emporte sur le spirituel. De nos jours  n’observe-t-on Tati.jpgpas quotidiennement et partout les gens, comme dans une bulle individuelle, agrippés à leur musique ou leur téléphone portable impénétrables et insensibles au reste de l’humanité qu’ils côtoient ?

RECONSTITUTION ! Nous qui vivons au XXIème siècle, la longue histoire du cinéma elle-même nous fournit le recul nécessaire : soulignons-le, n’importe quelle bluette des débuts du cinéma pourrait nous en apprendre bien plus long que la restitution actuelle de la même époque ! "ANGEL" (1937) d’Ernst Lubitsch, avec Marlene Dietrich. Présumé mineur, pourtant, loin du vulgaire vaudeville, Lubitsch déploie une verve d’une élégance rare dans la mise en valeur des maitres et valets ! Suivant le même style, Jean Renoir franchit la postérité avec sa fameuse "REGLE DU JEU" (1939)"On est a une époque où tout le monde ment : les prospectus des pharmaciens, les gouvernements, la radio, le cinéma, les journaux…Alors pourquoi veux-tu que nous autres, les simples particuliers on ne mente pas aussi ?". Des relations amoureuses superficielles, le nombrilisme de classe crûment ridiculisés, le burlesque s’aigrit et se transformant en danse macabre. Plus acre et encore plus véridique puisque inspiré d’un fait divers, "LE CORBEAU" (1943)corbeau-1.jpg d’Henri-Georges Clouzot assortiment détonnant de querelles de clocher, d’abjects règlements de comptes, galerie d’impotences physiques et morales, de dépravations… jusqu’aux écoliers qui se montrent méchants ! Marécage provincial exploré avec un scalpel impitoyable. Témoignage implacable de la France collaboratrice et dénonciatrice des étrangers. Tous ces beaux films d’avant, pendant et l’immédiate après Seconde Guerre Mondiale sont riches en révélations. D’abord ne serait-ce que la façon de jouer des acteurs. Une articulation théâtrale, certes, mais regrettée ! Aujourd’hui nos vedettes, pressés d’en finir, décident que prononcer correctement leur langue n'est plus "tendance". Au-delà des vêtements, la manière de les porter et plus encore la manière de se mouvoir – même dans l’espace cinématographique ! Et, par-dessus tout, les rapports humains que nous croyons compassés et dépendants de l’opinion publique alors que nous étalons le même conformisme nonobstant un soi-disant naturel.

Tel est le travail de l’historien qui passe, ici, du récit livresque au témoignage vivant !

Anne-Flore Urielle


Catégorie : ARTICLES - CINEMA
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