Texte à méditer :  

Rêver un impossible rêve
Porter les chagrins des départs
Brûler d'une possible fièvre
Partir ou personne ne part
Aimer jusqu'à la déchirure
Aimer même trop même mal
Tenter sans force et sans armure
D'atteindre l'inaccessible étoile
Telle est ma quête
Suivre l'étoile ...

  
Jacques Brel
 
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  « En lui était la vie et la vie était la lumière des hommes" évangile de Jean

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LE PHILOSOPHE ET LA PRINCESSE

La correspondance (1643-1649) de René Descartes avec la princesse Élisabeth, fille du roi Frédéric de Bohême  nous guide vers un jeu à 3 car une partie de celle-ci fut consacrée au livre de Sénèque « LA VIE HEUREUSE » ! Élisabeth, expatriée (guerre de Trente Ans), sollicite une sorte d’aide psychologique qui, à cette époque se traduit Descartes.jpgpar la métaphysique sinon la théologie – d’autant qu’elle deviendra abbesse protestante d'Herford. Pour nous, l’intérêt réside non seulement dans les idées échangées mais nous offre aussi le profil des dernières années de Descartes - d’autant qu’on décèle une sorte d’affinité entre ces deux êtres. "…touchée également de votre charité de vous vouloir communiquer à une personne ignorante et indocile…" dit la Princesse ! Le philosophe se justifie à travers les formules de politesse d’un paragraphe entier, qui ne se réduisent pas à ces formules. Descartes inverse ces manques en volonté… Prévenance, certes, nonobstant le talent qui impose les règles de l'entretien comme un palliatif octroyé.De plus, faisant fi du désir de la princesse d’un échange privé, il en garde des copies envoyées à la reine Christine…

1645, Descartes au lieu de s’approprier le texte de Sénèque, le suggère, pour n’avoir pas à s’impliquer, expliquant ses décomptes, il propose une morale idéale, indépendante de la révélation :"Or il me semble qu’un chacun peut se rendre content de soi-même pourvu qu’il observe les trois règles de morale que j’ai mises dans le discours de la Méthode. La première est qu’il tâche toujours de se servir, le mieux qu’il lui est possible, de son esprit pour connaître ce qu’il doit faire…La seconde est qu’il ait une ferme et constante résolution d’exécuter tout ce que sa raison lui conseillera sans que ses passions ou ses appétits l’en détournent…La troisième qu’il considère que tous les bien qu’il ne possède point sont hors de son pouvoir et que par ce moyen il s’accoutume à ne point les désirer". Réponse de la Princesse :"Je ne demande point aussi que vous continuiez à corriger Sénèque parce que votre façon de raisonner est plus extraordinaire mais parce qu’elle est la plus naturelle que j’ai rencontré…Mais je m’assure que vous m’éclairez de ces difficultés et de quantité d’autres dont je ne m’avise point à cette heure, quand vous m’enseignerez les difficultés qui doivent être connues pour faciliter l’usage de la vertu. Ne perdez-, donc point, je vous prie le dessein de m’obliger par vos préceptes et croyez que je les estime autant qu’il leslivre-audio-de-la-vie-heureuse-de-seneque.jpg méritent".

En fait, Descartes utilise Sénèque à travers ses propres écrits, démontrant la détermination d’effacer les remords des atermoiements. Et ce n’est pas uniquement une question d’objectif car "la résolution de bien faire peut nous porter à des choses mauvaises"; d’où la nécessité de la raison pour chercher les vrais biens : double discours, dont toute la suite va s'efforcer de montrer l'unité "la vertu seule est suffisante pour nous rendre contents en cette vie" ;la plus grande félicité de l'homme dépend de ce droit usage de la raison". Dans l'année 1645 se mêlent deux idées, à cause du chevauchement des lettres : la pratique du libre arbitre, qui ouvre sur le rapport entre liberté et vérité, débordant sur Dieu et sur la compatibilité entre ses projets et les nôtres."C’est pourquoi le vrai office de la raison est d’examiner la juste valeur de tous les biens dont l’acquisition semble dépendre de notre conduite, afin que nous ne manquions jamais d’employer tous nos soins à tâcher de nous procurer ce qui sont en effet les plus durables…". Réponse de la princesse :"Mais pour estimer ainsi les bien il faut les reconnaître parfaitement, et pour connaître tous ceux dont on est contraint de faire le choix dans une vie active, il faudrait posséder une science infinie". Débat assez rugueux entre Descartes et la Princesse sur la conciliation de la toute puissance divine, et le libre arbitre humain : entre dépendance et indépendance : concilier "l'ordre du monde", ce qui ne dépend pas de nous, et ce qui dépend de nous, nos décisions et notre libre arbitre.

Descartes érige sa morale sur la connaissance de Dieu,"on ne saurait démontrer que Dieu existe sinon en le considérant comme parfait ; mais on ne saurait le considérer comme parfait, sans faire tout dépendre de lui, tous les événements du monde". Franche querelle ! Il est catholique, elle est protestante ! Pour la princesse impossible d’allier libre arbitre et volonté divine. Elle somme Descartes de résoudre ces contraires. Il s’exécute : "Comme la connaissance de l'existence de Dieu ne nous doit pas empêcher d'être assurés de notre libre arbitre, pour ce que nous l'expérimentons et le sentons en nous-mêmes, ainsi celle de notre libre arbitre ne doit pas nous faire douter de l'existence de Dieu". Rébellion de la Princesse, rebutée par cet "ajustement" entre libre arbitre et toute puissance divine. Et Descartes se fait tirer l’oreille pour s’exprimer. En effet, à ses yeux ce sont les protestants qui ont abandonné l’Église romaine. Quant à sa pédagogie sur la compatibilité entre liberté et puissance divine : il impose la célèbre allégorie du roi qui interdit les duels tandis que ses sujets sont libres d'en découdre sur le terrain ! On déborde, ainsi, sur la politique. De sorte qu'il peut conclure que "la satisfaction d'esprit n'est pas seulement le fruit qu'on attend des 280px-Charles_I_of_England_-_Van_Dyck.jpgautres biens, mais aussi souvent le moyen qui augmente les grâces qu'on a pour les acquérir". Et le 22 février 1649, Descartes démontre à la Princesse les raisons qu'elle a de se réjouir de la mort tragique de son oncle, Charles Ier d'Angleterre (exécuté par Cromwell). Mort glorieuse, la plus heureuse et la plus douce. On y retrouve aussi le problème de la conciliation entre la vie et la santé.

Or il semble qu’à la fin de la correspondance la princesse, elle, aille mieux et Descartes s'exclame : «…j'ai une infinité d'expériences, et avec cela l'autorité de Socrate, pour confirmer mon opinion. Les expériences sont que j'ai souvent remarqué que les choses que j'ai faites avec un cœur gai, et sans aucune répugnance intérieure, ont coutume de me succéder heureusement… Mais, touchant les actions importantes de la vie, lorsqu'elles se rencontrent si douteuses, que la prudence ne peut enseigner ce qu'on doit faire, il me semble qu'on a grande raison de suivre le conseil de son génie,(celui de Socrate) et qu'il est fort utile d'avoir une forte persuasion que les choses que nous entreprenons sans répugnance, et avec la liberté qui accompagne d'ordinaire la joie, ne manqueront pas de nous bien réussir… Et ce qu'on nomme communément le génie de Socrate n'a sans doute été autre chose, sinon qu'il avait accoutumé de suivre ses inclinations intérieures, et pensait que l'événement de ce qu'il entreprenait serait heureux, lorsqu'il avait quelque secret sentiment de gaieté, et au contraire qu'il serait malheureux, lorsqu'il était triste». Justement, sa dernière lettre à Élisabeth, du 9 octobre 1649, s'achève sur un mauvais pressentiment, qu'accompagne la tristesse : « je ne crois pas que rien ne soit capable de me retenir en ce pays plus longtemps que jusqu'à l'été prochain ; mais je ne puis absolument répondre de l'avenir ». Comme si cette paix tant cherchée entre la vie et le vrai, Descartes ne devait la trouver que dans la séparation de l'âme et du corps – dans la mort.

Antoine Fignes


Catégorie : - REFLEXION
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