Texte à méditer :  

Rêver un impossible rêve
Porter les chagrins des départs
Brûler d'une possible fièvre
Partir ou personne ne part
Aimer jusqu'à la déchirure
Aimer même trop même mal
Tenter sans force et sans armure
D'atteindre l'inaccessible étoile
Telle est ma quête
Suivre l'étoile ...

  
Jacques Brel
 
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  « Le vrai travail c'est quand je cherche avec l'air de ne rien faire...chercher une idée et espérer qu'elle vienne, ça oui c'est du travaii !" René Gosscinny

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DOWNTON ABBEY

Quand vous achetez, ou louez, le coffret DVD on vous susurre attention cela devient une addiction ! Donc, inutile d’ajouter ni au succès ni aux honneurs reçus par cette série télévisée britannique crée par JULIAN FELLOWES (2010/15) ! 5 saisons en 43 épisodes – attend-t-on la saison 6 finale ? Devant nos yeux captivés se déroule, superbe, à la fois dramatique et pimentée, la vie de la famille Crawley et de leurs dOWNTON.jpegdomestiques à Downton Abbey, immense château anglais (ses propriétés alentours), avec le upstairs (l’aristocratie) et le dowstairs la valetaille

Tout commence au lendemain du naufrage du Titanic en 1912, qui emporte le futur héritier mâle, fiancé de Mary, l’ainée des 3 filles Crawley du comte de Grantham. Ainsi s’amorce cet obscur problème d’héritage, puis, l’apparition de Matthew Crawley,("middle class", nuance !) cousin éloigné, bouleversement épicé : épousera-t-il Mary, d’autant qu’intervient la Première Guerre Mondiale ? Dans le service, également, cabales et affects se cognent. Ces 3 premières saisons alternent avec brio des moments puissamment poignants, de fabuleuses félicités et, en prime, cet humour so britih de la sagace comtesse douairière. Cependant, le désistement de l’acteur jouant Matthew précipite un peu trop les chocs émotionnels, abandonnant les 2 saisons suivantes dans les rebondissements traditionnels sans leur épargner quelques longueurs (loi du genre)…On ne nous épargne aucun des écueils sociétaux de la Grande-Bretagne en 1920 ! En contrepartie, on nos offre le sublime, mirifique, pittoresque style du temps dans ses moindres détails, sinon ses insignifiances – avec cette indicible fierté ou suffisance (à l’égal de la comtesse douairière) : voyez quel riche et extraordinaire spectacle ! Décors, costumes, objets, paysages etc.… une reconstitution joliment3654643_1_350x232.jpg pointilleuse !

Pourtant la performance des acteurs semble parfois inégale. Au couple magistral et amoureux à la fois, le comte et la comtesse, correspond le majordome et la gouvernante pompeux, imposants, le seul couple marié valet et femme de chambre, les Bates, et la chaleureuse Patmore dont tous savourent la cuisine…16 piliers pour l’ensemble du récit. Estampillons l’origine non seulement américaine (pour s’attacher les USA) mais à moitié juive de la comtesse. D’ailleurs l’auteur n’hésitera pas à poindre  d’autres amères complications ethniques comme autant de contrecoups provocants et entraînants. Mary, elle, désire tellement paraître royale, malgré ses défauts et ses frissons, qu’elle en devient parfois figée et déplaisante. En français, il est désagréable de retrouver la personne préposée au doublage de Léonardo di Caprio alors que Dan Stevens (Matthew) a une très belle voix. De plus le couple qu’il forme avec Mary, malgré un romantisme trop appuyé, s’esquisse, en réalité, dépourvu de naturel. Après le décès de son époux, Mary se retranche carrément dans une vaine morgue, presque ennuyeuse, au gré des soucis financiers ou ses prétendants. On pourrait encore déplorer que le ménage Tom / Sybil, au demeurant fort sympathique, manque, lui, d’une trempe plus affirmée, plus fougueuse, broyé par les conventions - fabuleuses conventions ! On leur souhaiterait plus de force d’âme et, alors que l’Irlande (bien que l’acteur qui joue Tom soit lui-même irlandais) Downton-Abbey-actors-Rob-007.jpgse profile avec gaucherie, leur fameuse révolte s’émousse. Edith, entre les deux, bénéficie du juste milieu indécis avec une certaine perspicacité, malgré le désavantage de ses aventures. Un peu trop équivoque et transparente la notion de bâtardise de l’époque qui touche aussi bien l’en haut que l’en bas ! Quant à l’homosexualité, elle traitée avec intelligence, générosité et délicatesse – s’ajoute l’excellence péremptoire de l’acteur. Ainsi,on jouit de tout l’assortiment des divertissements que s’octroyait cette classe sociale, Noël, lieu de convalescence pendant la guerre, présentation royale, cricket, chasse en Écosse etc.… on finit par s’embourber dans un amoncèlement homérique d’anecdotes, coutumes ou particularismes pas forcément indispensables, substantiels ou décisifs. Exemple d’un surplus : un feu de cheminée, sans conséquences, à l’étage, permet au valet qui sauve la lady de se faire valoir et, mieux, nous déroule une saisissante démonstration de la manière dont, en ce temps là, on faisait face à ce genre d’accident – une restitution minutieuse qui pratique l’historicisme en guise de coup de théâtre. L’enjeu demeure invariablement identique : pour ou contre les métamorphoses dues au progrès … Occasion d’un éventail infini de questions/réponses chatoyantes mais qui se réduisent au sempiternel vie/mort ; amour/haine etc. Sans oublier la trame policière !

Par chance, nous profitons du recul au XXIème siècle ! Avec l’évolution des mœurs on discerne un manque d’intimité dans ce cet univers étroit à la gestuelle ritualisée et compassée. Beaucoup de personnages se découvrent ayant égaré leur chair atrophié leur sexe et d’ailleurs en parlent avec réticence. Comme le dit le Majordome sous maGROUPE.jpg direction il n’y a pas d’affaires. Tom, veuf, semble bien délaissé (seules une ou deux silhouettes l’effleurent) ; et dans la domesticité on s’en tient au flirt – excepté l’exceptionnel amour des Bates. Ces châtelains, que l’on voit à longueur d’images, incapables de s’habiller sans aide peuvent inciter l’aiguillon de la crispation. Cependant leur ineffable bienveillance et miséricorde soulèvent, de façon insolite, l’atmosphère si bizarrement moralisatrice de l’œuvre de la Comtesse de Ségur : les bons sentiments exaltants coulent à flot ! Les discussions sentencieuses éperonnent le pour ou le contre mais l’éthique doit toujours triompher. On refuse de congédier un serviteur homosexuel ou voleur et on court au secours du pauvre comme le bon Samaritain. Cependant, on n’hésite à mettre dehors une bonne qui a fauté, mettant en danger l’honneur de la famille – quitte à la repêcher au bord du gouffre…Jusqu’aux réfugiés russes de la Révolution bolchévique ! [Aujourd’hui 10% des propriétaires nobles britanniques reçoivent 70% des aides de Bruxelles]. Enfin les mémorables Bonus qui nous donnent un minuscule aperçu, soi-disant derrière la caméra, encore plus frustrant car on se perd au milieu des acteurs et de leur rôle !

Reste, à contrario, que, de nos jours, beaucoup sont seuls et sans famille. Dans ce désert, en dépit de la chance d’un toit et d’un lecteur de DVD, une fiction aussi démesurée qu’éblouissante excite le goût du raffinement et de l’affabilité engendrant, pour de bon, l’addiction ! Cette foule submerge. On s’identifie à la famille, ses amis, le travail des domestiques etc. La vaste envergure de la série nous envahit malgré nous. Équipées et liaisons s’entrelacent, entêtantes, et les personnalités s’infiltrent nous noyautent hors du temps – illusion d’une complicité. Prédilection pour tel ou telle ; mirage d’un nouvel attachement, d’un soupçon d’estime et de tendresse rassurant contre l’indifférence générale du chacun pour soi qui glace l’âme. Quelle catharsis quand on peut être consolé comme le sont parfois les héroïnes ou les héros ! Et, pardessus tout, le miroir d’une communion si gracieusement bienfaisante qui pratique la réconciliation (dernier épisode) ! Un cocon enfantin peut-être, mais tellement douillet et réconfortant !

Delphine Desanges


Catégorie : ARTICLES - TELEVISION
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