Texte à méditer :  

Rêver un impossible rêve
Porter les chagrins des départs
Brûler d'une possible fièvre
Partir ou personne ne part
Aimer jusqu'à la déchirure
Aimer même trop même mal
Tenter sans force et sans armure
D'atteindre l'inaccessible étoile
Telle est ma quête
Suivre l'étoile ...

  
Jacques Brel
 
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  « Le vrai travail c'est quand je cherche avec l'air de ne rien faire...chercher une idée et espérer qu'elle vienne, ça oui c'est du travaii !" René Gosscinny

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MARCEL PAGNOL 2

En 1946, élu à l'Académie française… L’année avant, NAÏS inspiré d'une nouvelle de Zola (qui fut le condisciple de Cézanne) d’ailleurs l’action est censée se passer à marcel-pagnol.jpgAix en Provence…Le personnage principal, Toine, (Fernandel), bossu, nous explique son cas dans le meilleur passage du film : "Je vais vous dire Madame Rostaing, quand j'étais petit mes parents m'adoraient. Et surtout ma grand mère, j'étais déjà comme je suis naturellement. Et moi, je ne savais pas, enfin je veux dire je ne savais pas la différence qu'il y avait avec les autres. La bosse c'est traître, ça vous vient par derrière on la voit pas. Chez les paysans y'a pas d'armoire à glace et on se voit dans les yeux de sa mère, et naturellement on s'y voit beau. Un jour un voisin qui était très gentil m'a dit: "Oh le joli petit bossu!" Alors j'ai demandé à ma grand-mère: "Qu'est-ce que c'est un bossu?" Alors elle m'a dit: "C'est vrai que tu es un joli petit bossu parce que tu as un peu le dos rond et c'est parce que tu n'es pas comme les autres qu'on t'aime beaucoup." Alors elle m'a chanté une vieille chanson, je me rappelle pas la musique mais les paroles ça disait comme ça: "Un rêve m’a dit une chose étrange, un secret de Dieu qu'on a jamais su. Les petits bossus sont de petits anges, qui cachent leurs ailes sous leur pardessus. Voilà le secret des petits bossus."C'est joli mais c'est pas vrai. Moi, j'y ai cru jusqu'à dix ans, je croyais que les ailes me poussaient…. Seulement les grands-mères, Madame Rostaing, c'est comme le mimosa, c'est doux et c'est frais et c'est fragile. Un matin elle n'était plus là. Un bossu et une grand-mère tout va bien on peut chanter. Mais un petit bossu qui a perdu sa grand-mère, c'est un bossu tout court."

Nonobstant l’impossibilité d’analyser toute l’œuvre de Pagnol, on ne manquera pas d’éclaircir un point délicat : 1940, LA FILLE DU PUISATIER, mélodrame mal fagoté surCollabo.jpg l’immigré italien. Consternation, (même si cela était, soi-disant, la mentalité de l’époque), devant l'insertion du discours de Pétain du 17 juin, appelant à cesser le combat ! Plus ! Pagnol, en 1941, produit le documentaire « Français, vous avez la mémoire courte ! », réquisitoire contre le communisme et apologie de Pétain, commandé par le Secrétariat général à l'Information et à la Propagande du régime de Vichy. [référence : Jean-Pierre Bertin-Maghit, Les Documenteurs des années noires, les documentaires de propagande, France 1940-1944, préface de Marc Ferro, Paris, Nouveau monde éditions, 2004]. Et il ne sera nullement inquiété – contrairement à Giono qui n’était que pacifiste ! Ainsi faut-il convoquer, au sein de cette Provence si souriante, des acteurs essentiels du fascisme français : FRÉDÉRIC MISTRAL (1830-1914), né à Maillane (Bouches-du-Rhône), Prix Nobel de littérature en 1904. Fondateur du Félibrige avec cinq autres poètes provençaux Joseph Roumanille Théodore Aubanel Jean Brunet à Châteauneuf-de-Gadagne (Vaucluse) Paul Giéra, Anselme Mathieu et Alphonse Tavan pour promouvoir la Langue d’Oc mistral1auteur.jpg(dictionnaire à l’appui). Ressuscitée grâce à la poésie épique des Troubadours, piratant Homère dont on se sent l’humble élève …les frères Daudet tenteront d’en être les émules… A Martigues (Bouches-du-Rhône) nait CHARLES MAURRAS, (1868-1952). Nationaliste et contre-révolutionnaire, il fonde l'Action française pour une monarchie héréditaire, antiparlementaire dans une France décentralisée et officiellement antisémite. Malheureusement, son talent littéraire séduira les élites conservatrices, jusqu’à l'Académie française (élu en 1938). [Considéré par ses affiliés: Jacques Bainville, Georges Bernanos, Jacques Maritain, Thierry Maulnier, Philippe Ariès, Raoul Girardet ; la droite littéraire de l'après-guerre Roger Nimier, Jacques Laurent, Michel Déon, Antoine Blondin assez proche]. Maurras soutint le régime de Vichy…

Tel se profile le cadre intellectuel dans la Provence de Pagnol… Quant aux souvenirs : en 1956, fuyant Paris où sévit froid, à La Treille et parcourant les sentiers de son enfance, ses amis Marcel Achard, Jean Anouilh ou Stève Passeur l’encourage à se lancer mimosa.jpgdans cette autobiographie faussement enjouée : les cinq premiers chapitres de « La Gloire de Mon Père » paraissent dans Elle en 1956. « Dans ces souvenirs, je ne dirai de moi ni mal ni bien ; ce n'est pas de moi que je parle, mais de l'enfant que je ne suis plus. C'est un petit personnage que j'ai connu et qui s'est fondu dans l'air du temps, à la manière des moineaux qui disparaissent sans laisser de squelette. D'ailleurs, il n'est pas le sujet de ce livre, mais le témoin de très petits événements... Cependant, c'est moi qui vais rédiger son récit »

Demeure cette énorme postérité incontournable ! Non seulement Marcel Pagnol est traduit dans toutes les langues mais adapté en allemand dès 1931. En américain :1938 Port of Seven Seas, remake de James Whale, le scénario englobant l'ensemble de la trilogie. 1942, le Japon s’y met et Le bar de la marine devient La taverne de l'ancre. 1954, une comédie musicale à Broadway… Passons sur le méli-mélo des reprises françaises plus ou moins ratées… 1986, une réussite, le "Jean de Florette" de Claude Berri avec Yves Montand, Daniel Auteuil et Gérard Depardieu. "Manon des sources" du même suivra avec Emmanuelle Béart. Enfin,1990, seul YVES ROBERT pouvait adapter avec tant de bonheur La Gloire de Mon Père et Le Château de Ma Mère. L’inspiration, le lyrisme,marius-et-fanny.jpg l’ingénuité, rien ne manquait ! Nul doute que le génie et la grâce de l’écrivain ont qui conduit le cinéaste !

Ici, on doit s’interroger : la galéjade, le Raimu - ou d"autres - qui en faisaient des tonnes dans la faconde, n’était-ce pas au détriment du dessein et de l’art de l’auteur (peut-être lui-même aveuglé par l’amitié et la pétanque) ? Félicitons, donc, DANIEL AUTEUIL pour sa tentative (2013) de rénovation de Marius et Fanny, à l’opposé de la vieille hâblerie fanée noyant toutes les finesses de Pagnol. Pourquoi fut-elle boudée ? Auteuil: « Ce sont des objets fragiles, ces films du patrimoine, je pense qu'il faut les accompagner avec douceur… Les gens m'en parlent avec beaucoup d'émotion. Je sais que j'ai trouvé un public ». On est tellement loin de l’antique folklore ! On a presque l’impression d’un merveilleux documentaire sur l'authentique Provence "d'avant" ! Le leitmotiv musical d’Alexandre Desplat et le jeu des plans nous plongent dans un réalisme poétique revivifiant qui dynamisent et actualisent le chef-d'oeuvre. S’ajoute une équipe de comédiens maîtrisant dans l’harmonie et l’élégance les subtilités des alternances entre rires et larmes. Enfin, le couple Fanny et Marius (Victoire Bélézy et Raphaël Personnaz) - eux, ont l’âge du rôle ! – on se laisse subjuguer par leur passion au charme si juvénile qui rajeunit infiniment le texte d’une belle aventure,  reconquiert à la fois son esprit et son émotion ! [Auteuil connut la gloire avec Jean de Florette et croit à l’immortalité de cette œuvre, en dépit des clichés, avé l'assent, le bar de la Marine au Vieux-Port, la partie de cartes et le Tu me fends le coeur ! il a eu le courage de le risquer ! ]…

Maximin Maurin


Catégorie : ARTICLES - LITTERATURE
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