Texte à méditer :  

Rêver un impossible rêve
Porter les chagrins des départs
Brûler d'une possible fièvre
Partir ou personne ne part
Aimer jusqu'à la déchirure
Aimer même trop même mal
Tenter sans force et sans armure
D'atteindre l'inaccessible étoile
Telle est ma quête
Suivre l'étoile ...

  
Jacques Brel
 
ARTICLES
CITATION

  « En lui était la vie et la vie était la lumière des hommes" évangile de Jean

Préférences

Se reconnecter :
Votre nom (ou pseudo) :
Votre mot de passe
Captcha reload
Recopier le code :


  Nombre de membres 40 membres
Connectés :
( personne )
Snif !!!
Recherche
Recherche
Visites

   visiteurs

   visiteurs en ligne

rss Cet article est disponible en format standard RSS pour publication sur votre site web :
http://www.abrulepourpoint.fr/data/fr-articles.xml

ARTISTES ET PROSTITUTION AU 19ème siècle

Le Musée d’Orsay à consacré aux "Splendeurs et Misères" images de la prostitution (1830/1910)une exposition à la fois exhaustive et disparate. L’emprunt au titre de Balzac 9agot5PXDZlHHkUS2iSF92HgRVU.jpgsouligne combien ce phénomène impliqua également les écrivains ...

Fin XVIIIe siècle, dans Paris, on évaluait à environ 13 % les femmes qui se prostituaient. Evidemment Napoléon Ier les réglementa : mises en carte et maisons de tolérances ouvertes. De plus, sous la IIIéme République, le fisc prélevait 50 à 60 % des bénéfices en particulier pour Le Chabanais ou Le Sphinx internationalement connues. 1912, la France ratifie la Convention Internationale sur la traite des blanches… Et les chiffres ne doivent masquer ni l’infériorité civile ni le dénuement de ce deuxième sexe-là !

Des lieux fascinaient toutes les filles pauvres - vision d’une promotion - grâce aux protecteurs : les multiples théâtres et opéras qui foisonnaient à Paris au début du XIXème siècle. Prestigieux divertissements ornés de "théâtreuses" offertes avec la complicité de leurs employeurs. Les Goncourt rapportent les affirmations du directeur du Théâtre des Délassements ( !) :"Mon théâtre est un bordel ! C’est tout simple, je ne donne à mes actrices que 50 à 60 francs par mois, j’ai 30.000 francs de loyer, je ne puis leur que donner cela". On recommandait même aux danseuses "Il faut que, pendant et après votre pas, vous inspiriez de l’amour et que le parterre et l’orchestre ait envie de coucher avec vous !". Désir chimérique ? Stendhal, "C’est ainsi qu’un laideron qu’on n’eut pas honoré d’un regard dans la rue…trouve à se faire entretenir"(De l’Amour XIX). Or, dans "Le Rouge et le Noir", Julien Sorel, sans noblesse ni fortune a la chance, parce qu’il est un homme, de choisir l’Armée ou l’Église, tandis qu’à une époque4038_toulouse-lautrec1.jpg de misère ouvrière, une fille impécunieuse ne subsistait souvent qu’avec la vente de ses charmes. Dès l'ouverture de l'Opéra Garnier, (1875) on attribue aux abonnés huppés le privilège d'accéder au foyer auprès des danseuses. Une galerie supérieure à oculi, dissimulée dans l'exubérant décor du plafond, facilite même le voyeurisme des puissants, incognito, pour les guetter. Flaubert, amateur de filles faciles, appréciait Suzanne Lagnier actrice sans beauté mais intelligente malgré son langage ordurier. A travers elle il inventa l’épisode de "L’Éducation Sentimentale" au cours duquel la mère de Rosanette vend la virginité de sa fille… Ici pointe une image plus ou moins éclipsée de nos grands artistes ! Un personnage de Maupassant s’exclame, "Le bordel, il n’y a que ça de vrai…". Si l’on se fie aux frères Goncourt, toujours, Lord Hertford surnomma le territoire des grands boulevards entre la Maison d’Or, l’Opéra de la rue Le Peletier, la Librairie nouvelle, le café Anglais et Tortoni "le clitoris de Paris". Fragile, Delacroix remarquait que sa fécondité s’envolait dans les bras de la jeune modèle des Massacres de Scio.

Enfin on connaît les ravages de la syphilis, pour ces pitoyables femmes comme pour nos Edgar_Degas_-_In_a_Cafee_-_Google_Art_Project_2.jpggénies. Loin de la morale bourgeoise, le Romantisme s’en servit :
« …crispé comme un extravagant,
Dans son œil, ciel livide où germe l’ouragan,
La douceur qui fascine et le plaisir qui tue » Baudelaire A une passante
(Les Fleurs du Mal). Comme ébloui "L'amour c'est le goût de la prostitution" et même "Qu'est-ce que l'art ? Prostitution". De plus,"Les comédiennes sont aussi dangereuses pour la santé que les filles publiques et plus encore par leur cupidité" écrivait sa mère à son cher Vigny au point qu’on détruisit ses lettres enfiévrées à Marie Dorval (qui se flattait d'une amitié avec George Sand) après sa mort. Passons sur l’orientalisme qui nous conduirait dans un lointain munificent et  marécageux – non sans mentionner le modèle, "Nana" de Zola "Nana devint une femme chic, rentière de la bêtise et de l'ordure des mâles. Marquise des hauts trottoirs". Exemplifiant l’état social de la prostituée et son statut de sous-citoyenne soumise ou insoumise aux règlements. Citons, en revanche, la Belle Otéro ("La fortune vient en dormant, mais pas seule")parmi les maitresses d’Edouard VII à qui on prête un rôle dans l’amorce de l’Entente Cordiale. Car certaines vécurent un destin resplendissant avec des noms mirobolants !
Concernant les peintres, on se remémore, incontinent, Toulouse Lautrec qui séjournait souvent dans ces maisons dont il évoquait sans retenue les habitantes. D’ailleurs, il s’inspirait sans doute de la série de monotypes "Scènes de maisons closes" d’Edgar Degas : nulle volupté, à la fois le surmenage et la lassitude. Tout réside dans L’attente exténuante, titre de l’un des tableaux, et les clients à peine ébauchés. Il semble analyser ou déguster les mécanismes acides de la séduction."Nous, les espagnols, c’est la messe le matin, la corrida l’après-midi et le bordel le soir", tel se décrivait Picasso aux frasques légendaires. Pour entrer dans la révolution des "Demoiselles d’Avignon" 1907, ((243,9 × 233,7 cm Museum of Modern Art New York), on retiendra que le peintre acheta plus tard quelques monotypes de Degas. Le Bain d’Amour ou Les Grandes Baigneuses, de Cézanne affirmaient déjà cet érotisme épicé auquel s’entrelacera, dans Les Demoiselles d’Avignon, l’angoisse de la syphilis. S’ajoutent les découvertes des arts africains : selon Pierre Daix "Picasso n’était pas le premier à avoir songé à renouveler la peinture en s’appuyant sur les arts primitifs. Il est le premier à avoir posé ce problème en termes de technique et d’esthétique et non plus de morale". Certains, au-delà du Cubisme, assurent la prophétie d’un tournant absolu dans l’art occidental. Est-ce un hasard s’il s’agit 20081229135436Les_Demoiselles_dAvignon.jpgde prostituées, toujours vues à travers un regard d’artiste masculin ?

Troublante et redoutable singularité féminine ! Dans Les Demoiselles d’Avignon les prostituées surgissent de façon théâtrale, pierreuses ou demi-mondaine, fantasmée ou montrée dans leur quotidien, peintes ou décrites, elles demeurent toujours "objet" du regard. Luxe superbe, aux scintillements des boulevards, les courtisanes lançent la mode ("On ne sait plus si ce sont les honnêtes femmes qui s’habillent comme des filles ou les filles qui sont habillées comme des honnêtes femmes" énonce Maxime Ducamp) ou dans le dénuement physique et moral elles s’éternisent en sujet incontournable décrivant la vie sociale, plutôt spécifiquement parisienne, artistique et intellectuelle du XIXème jusqu’au début du XXème siècle. Ainsi de Balzac à Maupassant ou de Lautrec à Picasso la prostitution pétrit la création de cette ambigüité du refoulé. Les blanchisseuses et travailleuses recourent occasionnellement à la prostitution quand elles ne peuvent par vivre uniquement de leurs mains. Sur les boulevards, on discerne mal les prostituées excepté si elles flânent seules à l’heure de l’absinthe. Décrypter, à la dérobée, le jupon retroussé, l’œil qui pétille pour appâter sous la voilette… Clair-obscur équivoque et incertain qui a émoustillé apparemment si évocateur ! Nonobstant les coulisses guenilleuses et dérisoires à travers leurs disparités disharmonieuses auxquelles se sont attachés certains … Dés 1920 la maison close traditionnelle, héritée de la maison de tolérance du XIXe siècle se modifie en maison de rendez-vous, moderne et hygiénique !

Quant à la prostitution masculine, Proust nous informe divinement…

Sybil Swan


Catégorie : - ART
Page lue 1576 fois


Réactions à cet article

Personne n'a encore laissé de commentaire.
Soyez donc le premier !