Texte à méditer :  

Rêver un impossible rêve
Porter les chagrins des départs
Brûler d'une possible fièvre
Partir ou personne ne part
Aimer jusqu'à la déchirure
Aimer même trop même mal
Tenter sans force et sans armure
D'atteindre l'inaccessible étoile
Telle est ma quête
Suivre l'étoile ...

  
Jacques Brel
 
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  « Je relis Les Caractères, si claire est l’eau de ces bassins qu’il faut se pencher longtemps au-dessus pour en comprendre la profondeur » André Gide

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« Le Tourment de la Guerre » de Jean-Claude Guillebaud

Les journalistes savent vendre leurs livres – ces "reporters" dits de guerre en particulier qui méditent sur leur métier et élargissent le champ de leurs recherches et réflexions. Déconvenue ? Eh oui ! Nonobstant l’excellente idée analysant l’aire des batailles, cet ouvrage accouche d’un cocktail hétéroclite, étude en va et vient, Guerre_Golfe.jpgaboutissant à une mixture où s’enchevêtrent l’histoire, l’éthique, citations à la pèle – le tout tamisé d’effluves autobiographiques : « Les siècles passent, l’abomination de la guerre est indélébile » selon l’auteur et la prophétie de Jaurès, premier mort de la Grande Guerre, « Cette guerre va réveiller toutes les passions bestiales qui dorment au cœur de l’humanité… ». J-C Guillebaud nous prodigue un éclairage aigu et irrécusable sur notre sidération devant les massacres de Daesh : nous avons, en quelque sorte, désappris, la guerre ! Dans notre cocon européen en paix nous avons douillettement occulté les tempêtes et convulsions des autres continents…

Donc, lui, qui la vue de près, s’engage à nous disséquer la guerre, sous toutes ses facettes, de l’Antiquité aux conflits qu’il a lui-même vécus, passant par Napoléon (évidemment !) et la guerre en dentelle ! En prime, la réalité du braver la mort avec Nietzche : « Il faut que la guerre soit sans merci et exempte de pitié…La guerre et le courage ont fait plus de grandes choses que l’amour du prochain » (Ainsi parlait Zarathoustra). Le début du livre ouvre, ainsi, une large perspective sur le combat de l’Antiquité à nos jours – pour envisager le même sujet sous d’autres aspects dans l’ensemble du livre. D’où cette impression de redondance entre les chapitres ! « Arès, dieu de la guerre, marche au combat, avec la Terreur, sa fille bien aimée, forte etNapoleon_Lisen-300x200.jpg indomptable, qui épouvante le plus brave » Homère, L’Illiade, chant 13

Donc, ce seraient les Spartiates qui, au cours des Guerres du Péloponnèse, inventèrent, selon un historien britannique (G. Keegan) la cruelle guerre frontale déployée par les Romains et autres peuples de l’Antiquité méditerranéenne avec férocité. Au Moyen-âge, le Christianisme tente d’apaiser les esprits avec ses Trêves de Dieu car, de toute façon, la guerre se rapproche plus du sport et a besoin de l’été pour se remuer. Par contre, J-C Guillebaud n’a pas lu Boileau et se fourvoie sur le règne de Louis XIV affirmant, royalement, « la modération de la violence » et le fait que les « populations civiles souffraient moins ». C’est exactement l’inverse ! Non seulement les nombreuses guerres du roi soleil engendrèrent des famines, à cause des exactions, mais les militaires eux-mêmes ne sont guère épargnés, d’où la construction de l’Hôtel des Invalides (aujourd’hui Musée de l’Armée). S’ajoute, par exemple, la dévastation du Palatinat (lieu de naissance de sa belle-sœur)… Soulignons, enfin, puisque toutes les conflagrations sont récapitulées, l’étrange absence de la Commune et des guerres coloniales !

Napoléon surgit comme la figure de proue dans cette évolution de la guerre. D’abord parce qu’il hérite d’une armée considérable grâce à la Révolution de 1789 et sa levée en masse T2eC16FHJGgFFme5Y-BBRstmibddQ60_35.JPGde soldats – malgré le problème d’état-major puisque sous l’Ancien Régime seuls les aristocrates avaient le droit d’être officiers : «Tous les Français seront en réquisition permanente pour le service des armées… ». L’empereur enrégimentera l’État dans ce seul but. Si, au début du 19ème siècle les soldats se multiplient, les pertes vont de pair. « Le tambour imite le bruit du canon, c’est le meilleur de tous les instruments » Napoléon. Ce mot introduit un chapitre sur le rôle de la musique militaire, d’autres s’intéressent aux tombes [«Le jour parut enfin ! c’étaient les mêmes lieux – Eylau 1807 – couverts de débris de morts, de mourants… » souvenirs d’un lieutenant du génie) car on n’énumèrera jamais assez le chaos à la fois des cadavres retrouvés et du tourisme auprès des tombes], l’ingratitude envers les anciens combattants, aux pillages (malheureusement intrinsèque) ou à la splendeur des uniformes en particulier sous l’empire très imaginatif !… Donc « Qu’est-ce que les soldats ont dans la tête ? Tout bien compté, j’ais recensé 7 ingrédients, la discipline, la solidarité, le charisme du chef et la gloire, l’ivresse du combat, la contrainte et la résignation ». L’auteur épluche ces notions fondamentales : en les chevillant il nous aide à les spécifier et les mémoriser. Excellente leçon que nous avions trop bien oubliée !

Ces observations fouillées (à part ce manque si flagrant sur Louis XIV, la Commune et les guerres coloniales) nous enrichissent infiniment ! Plus le panorama émanant à la fois des verdun.jpgpeintres et des écrivains. Relevons le fameux Tres de Mayo (les fusillades du 3 mai) de Goya : cette guerre d’Espagne, sur le trône de laquelle l’empereur plaça son frère Joseph, (1808/13) créa les premiers combats partisans c'est-à-dire la participation de toute la population. D’ailleurs l’auteur ne précise pas suffisamment les massacres de civils perpétrés par les Français. Quant aux écrivains, Teilhard de Chardin, mobilisé dès 1914, avoue « La guerre m’ensorcelle ». Là, on est redevable à J-C Guillebaud de sonder cet étrange attrait pour l’affrontement meurtrier si loin de l’altruisme – et c’est là tout le sel de ce livre ! A l’unisson de la monotonie de l’horreur il site cette extraordinaire phrase du duc de Wellington à la suite de l’honneur d’une belle journée (Waterloo) : « Rien sinon une défaite est aussi mélancolique qu’une victoire ».

En effet, J-C Guillebaud s’attardera spécialement sur la glorieuse guerre patriotique (la leon-tolstoi.jpgseconde étant contre l’invasion nazie) Borodino (1812). D’une part 70.000 morts ou blessés en une dizaine d’heures d’attaques, de l’autre le chef d’œuvre de Tolstoï, GURRE ET PAIX. Notre auteur s’est rendu sur place et retrace le parcours spirituel de Tolstoï : attaché au Sermon sur la Montagne de l’Évangile : « La prière pour la victoire sur les ennemis et un sacrilège. Le chrétien doit prier pour ses ennemis et non contre eux ». Ainsi cet essai va se terminer sur la NON-VIOLENCE ! Émerveillé, l’auteur constate que Tolstoï et Henri Dunant sont nés et morts la même année : 1828-1910 ! Il soulignera que le créateur de la Croix-Rouge recevra le premier prix Nobel de la Paix en 1901. Tandis que l’engagement non-violent du russe lui vaudra d’être excommunié par l’Église Orthodoxe mais soutenu par le peuple russe. Pourtant un certain Mahatma Gandhi s’en inspirera pour libérer l’Inde de l’emprise britannique. Deux magnifiques conclusions. Une lettre de Freud à Einstein : « Je crois que le motif essentiel pourquoi nous nous élevons contre la guerre, c’est que nous ne pouvons faire autrement ». Enfin le pacifiste Romain Rolland : « Un peuple assailli par la guerre n’a pas seulement des frontières à défendre : il a aussi sa raison. Il lui faut la sauver des hallucinations, des injustices, des sottises que le fléau déchaîne ».

Antoine Fignes


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