Texte à méditer :  

Rêver un impossible rêve
Porter les chagrins des départs
Brûler d'une possible fièvre
Partir ou personne ne part
Aimer jusqu'à la déchirure
Aimer même trop même mal
Tenter sans force et sans armure
D'atteindre l'inaccessible étoile
Telle est ma quête
Suivre l'étoile ...

  
Jacques Brel
 
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  « En lui était la vie et la vie était la lumière des hommes" évangile de Jean

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CLÉMENT MAROT

[Cahors 1496-ou 95 ? mort à Turin 1544
Son père, Jean des Marets dit Marot, marchand, se métamorphosa en poète à la cour de Louis XII. Clément, écolier à Paris, composait également des vers dans la tradition du Roman de la Rose et des Rhétoriqueurs (comme son père), « Le Temple de Cupido » ou la « PetiteMarot.jpg Epistre ». Amadoué, François Ier le proposa à sa sœur Marguerite (future reine de Navarre). Quelques temps le charmant Clément escorta ses protecteurs rimant ses amours et celles des autres…1525, il se trouva à la bataille de Pavie !

Las ! « Marot mange le lard » - ainsi désignait-on les Protestants parce qu’ils ne respectaient pas les jours maigres, c’est à dire les jours où l’Église interdisait la viande ou ce qui s’en rapportait. A la fois galant et d’engageant auprès de Luther – la reine Marguerite ne se proclamait-elle pas huguenote ? – il connaît la prison. Son « Épitre au Roi » l’en tirera : « Roi des Français, plein de toutes bontés… », sorte de conte coloré. De ses études juridiques, il réduisit sa cause à un différend entre deux plaideurs (le roi et lui-même), plein de verve et d’élégant badinage (appréciation de Boileau). Certains nommeront ces fameuses épitres du badinage marotique.

Ainsi, de 1527 à 1534 il devint poète officiel de François Ier dont il chante les grands évènements (libération de ses fils prisonniers ou mort de sa mère Louise de Savoie qu’il dépeint comme une sainte). Il fréquente Rabelais, Budé, Maurice Scève…. « Dieu gard la cour des dames où abonde
Toute la fleure et l’eliste du monde…
La cour du Roy, ma maitresse d’ecolle… ». Et s’essaya à une traduction approximative de Virgile et Ovide ! Habile, il en profite pour compiler ses premières œuvres sous le titre de « Adolescence Clémentine » avec beaucoup de succès et, notons-le, les poésies de Franeois_Ier_Louvre.jpgFRANÇOIS VILLON ainsi que le Psaume VI de David (à partir d’une traduction de l’hébreu) y sont intégrés.

Vint « L’Affaire des Placards », affiches contre la messe, étalées dans certaines villes et jusque sur la porte de la chambre du roi qui cette fois poursuit les hérétiques, dont plusieurs furent brûlés. Marot se réfugia à Nérac, royaume de Marguerite de Navarre (sœur du roi et grand-mère d’Henri IV qui protège les protestants), puis à Ferrare où Renée de France (fille de Louis XII) accueillait les Réformés, même Calvin ! Là, il recevra l’influence de PÉTRARQUE (1304/74), l’un des piliers, avec Dante et Boccace de l’Humanisme et de la littérature de la Renaissance italienne. Sans doute impressionné par le célèbre « Canzoniere » de Pétrarque (dédié à Laure qu’il courtisa à la fontaine du Vaucluse), Marot semble bien avoir été le premier de nos poètes à écrire des sonnets : il en a composé une dizaine sans bien se rendre compte, du reste, de l’éminent novateur que représente ce cadre. Il envoya une Épitre au Roi pour se justifier. D’ailleurs, pour retourner à la cour il abjura le protestantisme en 1537 et offre son Dieu Gard (Bonjour).

Après un espace de tranquillité dû à la prudence que le souvenir de ses disgrâces et l’exil italien avivaient, en 1541 la publication de ses premiers Psaumes troubla cette quiétude : « Trente Pseaulmes de David, mis en françoys » par Clément Marot »… Dans un premier temps, cette transcription devint à la mode au sein de la cour. François Ier les chantait avec plaisir. Chacun des seigneurs et dames de la cour en affectionnait un qu’il s’accommodait ... Bientôt la Sorbonne crut remarquer des erreurs dans cette traduction et s’en plaignit au roi. François Ier, qui aimait le poète et qui désirait la continuation de Maguerite.jpgson travail, eut peu d’égard envers ces remontrances. La faculté de théologie n’en continua pas moins ses attaques arrivant jusqu’à interdire l’ouvrage ! Nouvel exil vers la Suisse… Reste que la Réforme stimula Marot dans sa lecture de l’Écriture et enrichit sa vie spirituelle au point que cela transparait parfois dans les poèmes profanes. Cela ne l’empêche évidement pas de s’en prendre aux théologiens ignares de la Sorbonne qui ne supportent pas qu’on ne pense pas comme eux. Dans une violente allégorie de sa «Déploration de Florimond Robertet » il va jusqu’à fustiger la papauté, la montrant sous les traits d’une fée cachant sous un manteau couleur de cendres une robe brodée de châteaux, des villes et arborant cette devise : Le feu à qui en grogne. Âpreté novatrice dans la poésie française !

D’ailleurs aux rhétoriqueurs Marot doit le goût des poèmes à forme fixe (ballades et rondeaux), des rythmes et des rimes difficiles – beaucoup de vers au sens torturé ! Exemple dans son « Ode au Roy » :
« Si vous supply qu’à ce pauvre rihmeur
Faciez avoir un jour, par sa rithme, heur,

Afin qu’on dise en prose ou en ritmant :
Le rithmailleur s’en alloit en rimant
Tant rithmassa, rithma, rithmonna
Qu’il a congneu quel bien par rithme on a ».

Badin ou grave, désinvolte, malicieux ou ému, feignant une naïveté qui lui est bien étrangère, riant de ses malheurs, dépensant en calembours inattendus l’esprit le plus subtil, à son aise toujours, Marot fait preuve d’un art adroit qui n’enlève rien à sa sincérité. Il apparaît comme la transition entre le Moyen Age et la Renaissance Française, la PLÉIADE. Par surcroît, il s’est engagé dans ce souffle pionnier de la Réforme ! Ainsi a-t-il fixé pour trois siècles le ton de l’épigramme car c’est lui qui a créé LA SATIRE dont il a fixé le ton pour trois siècles (cf l’hommage de Voltaire) ! Il est le plus acéré de nos auteurs d’épigrammes y mettant à la fois une vigueur très crue et très populaire et une concision nerveuse.

Sa poésie sait aussi se colorer d’un joli lyrisme : pourquoi ce rondeau du « Bon vieux temps » est-il demeuré célèbre ? Peut-être parce qu’il traduit une illusion permanente de l’âme humaine : à coup sûr pour la parfaite harmonie entre le thème, la simplicité de l’expression et la candeur un peu veillotte et séduisante du genre lui-même. On pense à La chanson du Roi Henri si chère à la franchise d’Alceste (Molière, Le Misanthrope) :
« Au bon vieux temps un train d’amour régnait
Qui sans grand art et dons se démenait,
Si qu’un baiser, donné d’amour profonde
C’était donné toute la terre ronde :
Car seulement au cœur on se prenait.
Et si, par cas à jouir on venait,
Savez-vous bien comme on s’entendait ?
Vingt ans, trente ans : cela durait un monde,
Au bon vieux temps
Or est perdu ce qu’amour ordonnoit :
Rien que pleurs feints, rien que changes on n’oit (entend).
Qui voudra donc qu’aimer je me fonde ?
Il faut premier que l’amour se refonde,
Et qu’on la mène ainsi qu’on la menait
Au bon vieux temps »

Pas étonnant que RONSARD l’ait admiré !

Anne-Flore Urielle


Catégorie : - POESIE
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