Texte à méditer :  

Rêver un impossible rêve
Porter les chagrins des départs
Brûler d'une possible fièvre
Partir ou personne ne part
Aimer jusqu'à la déchirure
Aimer même trop même mal
Tenter sans force et sans armure
D'atteindre l'inaccessible étoile
Telle est ma quête
Suivre l'étoile ...

  
Jacques Brel
 
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  « En lui était la vie et la vie était la lumière des hommes" évangile de Jean

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LA COMTESSE GREFFULHE 1

Élisabeth de Riquet de Caraman-Chimay, comtesse Henry Greffulhe, (1860/1952), était la fille du prince de Chimay et de la princesse, née Marie de Montesquiou-Fezensac. A 18 ans elle épousa le comte Henry Greffulhe (faille anoblie sous la Restauration), seul héritier d'un empire financier. Naîtra une fille unique, Hélène (Élaine), qui se mariera avec Armand de Gramont, duc de Guiche et ami de Proust. Le comte Greffulhe s’avéra insupportablement irascible et GREFFULHE.jpgvolage :"Quelques amis que l'on voit de temps en temps tiennent plus de place…que celui qui ronfle près de vous…". Son cousin Robert de Montesquiou (qui affirmait descendre à la fois des Mérovingiens et de D’Artagnan), prodigieux dandy et esthète décadent, la réconfortera et jouera au Pygmalion :"Je n’ai jamais été comprise que par vous et par le soleil" confiera la comtesse !

On le devine, belle et riche elle s’étourdit à travers le prestige de la parure. Or, le couturier Worth, révélation artistique de la mode, inaugure ses collections modernes. Au lieu d’effectuer les commandes, il offre un choix de modèles selon son inspiration. Robert, raconte :"Elle (la comtesse de Greffulhe) se faisait montrer tout ce qui était en vogue ; puis…levait la séance, faites-moi tout ce que vous voudrez…Qui ne soit pas ça !". Le Palais Galliera, musée de la mode à Paris, a exposé, il y a peu, cette garde-robe d’exception. Élégance exubérante mise en scène de ses apparitions, dans ses envolées de tulle, de gaze, de mousseline et de plumes, ses vestes kimono, ses manteaux de velours, ses motifs orientaux, ses tonalités d’or, d’argent, de rose et de vert... Exemple cette robe d’intérieur verte tea-gown, le vert mettant en valeur sa chevelure auburn. Ici, il s’agit du fils de Worth, l’inventeur de la haute couture, dont les tissus historicisant, velours ciselé imitent la Renaissance. Cape "russe"(offerte par le tsar Nicolas II) remaniée : velours de soie bordeaux brodé en relief de filés métalliques couchés argent et or formant des motifs de rosaces, dentelle mécanique de filés métalliquesMontesquiou_Robert_de_-_Boldini2.jpg dorés et argentés, galon tissé sur un métier à plaquettes, tulle de filés métalliques dorés, tulle de coton noir, doublure en satin de soie beige. Et les gazettes soulignent "des fantaisies magnifiques et princières…Mais quelque excentrique soit ce qu’elle porte, elle n’abdique jamais sa distinction suprême ».

Alors que les mondaines se piquent de pianoter, la comtesse de Greffulhe, elle, cueille dans la musique "le souvenir adoré" d’une mère trop tôt disparue et une forme de consolation idéale : "…la musique représente le mieux l’immédiat du sentiment ou de la sensation". Disposant des moyens financiers, elle s’investit, en guise de sacerdoce, dans la création d’une « Société des grandes auditions musicales de France » (1890). Loin d’une association pour dames désœuvrées avec son président Charles Gounod et son comité d’honneur où siègent Jules Massenet et Léo Delibes membres de l’Académie des Beaux-arts. S’adjoignent Gabriel Fauré, Vincent d’Indy, César Franck… Succès des deux premiers spectacles, Béatrice et Bénédict et Les Troyens de Berlioz (mort) ; plus mitigés les suivants car la Société, malgré le soutien du fidèle Gaston Calmette au Figaro soulevait des jalousies. Toutefois, après son passage (remarqué !) à Bayreuth pour assister à Parsifal (Wagner) :"Je reviens transportée…Ma foi s’éveille". Conquise par cette "immense fête des nerfs", la comtesse de Greffulhe va se lancer dans une croisade wagnérienne, sinon rêver d’un Bayreuth français. Apogée : Le crépuscule des dieux avec les chanteurs de Bayreuth (1902). Le miracle d’enrôler au théâtre du Château d’Eau, en milieu populaire, le Tout-Paris couronné par la présence du tsar robeGreffulhe.jpgNicolas II ! Et, avec la Triple-Entente, à la veille de 1914, toujours grâce à elle, triompheront Les Ballets Russes

Or, la comtesse distancera ce qui passerait pour un snobisme capricieux : là voilà mobilisée auprès de Marie Curie veuve ! Elle utilise ses réseaux, la mère du futur président Roosevelt, en particulier pour financer un laboratoire,"Les choses les plus rares sont les idées…excusez-moi de l’outrecuidance, mais j’ai l’instinct du moment présent, des nécessités de l’heure". Elle agit de même avec Branly, ravie de recevoir Marcelin Berthelot et Henri Becquerel… Et naturellement tous les seigneurs littéraires de cette Belle Époque. Plus ! Son époux refusant un poste de diplomate, la comtesse de Greffulhe accueille à merveille - en son hôtel particulier de la rue d’Astorg, au château de Bois-Boudran ou dans sa villa de Dieppe, avec autant de charme que d’esprit certains monarques, ou leurs parents comme les grands politiciens de la République tel Alexandre Millerand, Waldeck-Rousseau et Léon Blum. En pleine affaire Dreyfus ! Le dreyfusisme de la comtesse dépasse rapidement la sphère privée : « Quant aux mythes racontés sur moi, j’en suis très fière…Les gens sont affolés, ils vivent et mangent de l’Affaire. Ils sont surexcités commemg_exposition_contesse.jpg des bêtes fauves ».  Cela lui vaudra un coup de canne d’Henri Greffulhe (qui détruisit un chapeau) et les foudres de l’antisémite Léon Daudet de l’Action Française.

Extraordinaire, la comtesse Greffulhe effleurera jusqu’au féminisme en insistant, par exemple, sur la tyrannie du mariage (cf. code Napoléon) dont elle est la première à souffrir ! Son appétence exaltée pour tous les savoirs a délié le conformiste pesant de ses ancêtres et des bonnes œuvres. Comment n’aurait-elle pas instinctivement décelé la misère des femmes du peuple ? 1909, toujours obstinée quand elle se fixe un objectif, elle fonde, rue Charonne, une « École ménagère populaire » - là encore en remuant ciel et terre. Une ménagère mais avec un objectif précis selon ses propres mots : « En lui faisant connaître les dangers et le moyens de protection qu’elle a à sa disposition, on créera pour elle un puissant élément de défense au point de vue social. On lui apprendra à compter sur elle-même, sur son travail, on lui donnera une responsabilité »…

Singulière faille, la comtesse Greffulhe mourra sans pressentir, malgré sa finesse, que, ce Petit Marcel (Proust) dont elle ne démêla pas la subtile sagacité de ses flux encenseurs comparés aux flatteurs ordinaires, l’immortaliserait – elle qui y aspirait tant. Le hiatus s’élargit devant ce don d’observation les moindres touches et cet humour ravageur ! Si elle n’était jamais parvenue à le lire – « je m’embarrasse les pieds dans ses phrases » - pourquoi ignorera-t-elle qu’elle avait côtoyé, sans l’identifier, l’un des génies de son temps ? Se targuant orgueilleusement d’avoir décelé et parrainé tant de cerveaux, quelle amertume ! D’ailleurs Proust n’écrit-il pas dans Sodome et Gomorrhe :"Les gens du monde se représentent volontiers les livres comme une espèce de cube dont une face est enlevée si bien que l’auteur se dépêche de faire entrer dedans les personnes qu’il rencontre. C’est déloyal évidemment et ce ne sont que des gens de peu". Céleste (gouvernante/secrétaire) dans ses « Souvenirs » relate pieusement les paroles du maître : « Stendhal a mis cent ans pour être connu, Marcel Proust en mettra à peine cinquante »…

Delphine Desanges (vous trouverez l'article "La duchesse Guermantes" dans LITTERATURE)

IMPORTANT ! cet article s'inspire du magnifique livre de Laure Hillerin "La Comtesse Greffulhe" - A l'ombre des Guermantes" (Flammarion 2014)


Catégorie : - ACTUALITE
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