Texte à méditer :  

Rêver un impossible rêve
Porter les chagrins des départs
Brûler d'une possible fièvre
Partir ou personne ne part
Aimer jusqu'à la déchirure
Aimer même trop même mal
Tenter sans force et sans armure
D'atteindre l'inaccessible étoile
Telle est ma quête
Suivre l'étoile ...

  
Jacques Brel
 
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  « Je relis Les Caractères, si claire est l’eau de ces bassins qu’il faut se pencher longtemps au-dessus pour en comprendre la profondeur » André Gide

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Jean GABIN (1904-1976)

Son père : Ferdinand-Joseph MONCORGÉ, dit Ferdinand Gabin (1868-1933), issu d'un chef paveur à la ville de Paris, quitte le domicile parental à 17 ans … pour un café concert avec le pseudonyme de GABIN. Épouse sa partenaire Hélène Petit, 7 enfants dont Ferdinand-Henri, Madeleine, Reine et Jean-Alexis-Gabin connu sous le nom de JEAN GABIN]. Le café-concert existait depuis longtemps dans les estaminets programmant la musique avec sketches GabinJeune.jpgdramatiques ou comiques. Ils s’embellirent : bien sûr le Moulin Rouge, Folies Bergère, etc. Tableaux vivants, revues pompeuses et grand usage du machinisme, danses et acrobates… Passée la concurrence du CINÉMA, c’est la « revue » qui va s’imposer dans les années 30 où l’on insiste sur le luxe et la prestance des acteurs. Ainsi MISTENGUETT (dont les gambettes avaient été assurées !) ou Joséphine Baker…
Pendant ce temps Jean-Alexis-Gabin, qui a 10 en 1914, est relégué à Mériel aux soins de ses sœurs mais surtout livré à lui-même : « Quant à mon père, le plus lointain souvenir d'enfance que j'ai conservé de lui est celui d'un homme qui “passait” chaque jour à la maison comme une sorte de mystérieux voyageur, et à des heures où le plus souvent je dormais… » (citation dans le musée consacré à J. Gabin à Mariel). De plus ce père dilapidait son argent aux courses – diminuant la marmite - expliquant les haras du fils qui, lui, ne jouait jamais ! Enfin, devant la répulsion du dernier rejeton pour les études (tout juste un certificat d’étude), ses petits boulots et son goût pour les locomotives, son père se saisit de lui et le présente à Fréol, directeur des Folies Bergère. Or, le garnement, au regard bleu magique, apparition à la fois fringante pétillant, accèdera comme boy de Mistinguett tout en poussant la chansonnette avec art !

Mais le cinéma le guette – sans qu’il n’ait jamais pris un cours d’art dramatique ! « Jean Gabin a reçu en don, un sixième sens : celui du cinéma. Il se contente d’être lui-même et cela impressionne merveilleusement la pellicule » Jean Renoir. Et Gabin reconnaissait : « J’aurais jamais fait la carrière que j’ai faite si je n’avais pas eu les yeux bleus. Les mecs qui des petits yeux noisette n’ont jamais fait florès au cinoche, talent ou pas. Faut des châsses claires. Prends-les tous, Gable, Cooper, Garbo, la Michèle (Morgan), Delon, Bebel, tous ont châsses claires. C’est comme ça…Du temps où je jouais les godants, tu faisais un traveling avant sur ma tronche dans Quai des brumes je pouvais penser à ma note de gaz ou au prix des Pepe.jpgendives, il pleuvait sur Brest. Ça évite bien des fatigues… ». 1936, le sémillant chevalier servant de la Miss s’est transformé et crée le symbole de l’ouvrier au cinéma : « La Belle Équipe » de Julien Duvivier. Il y interprète (à cette époque souvent les films comportaient une chanson) le fameux Quand on s’promène au bord de l’eau accompagné par l’espiègle accordéoniste Raymond Cordy. Gabin avait déjà imprimé un mythe, selon Pierre Duvillars : « Il est l’homme, le mâle, celui qu’il suffit de voir pour avoir envie de lui taper sur l’épaule et de lui serrer la main, si l’on est un homme, ou de le prendre dans ses bras si l’on est une femme, celui qui a toute la sympathie quelque soit le milieu dans lequel il est plongé ». 
En effet, l’année précédente avec le même Duvivier et « La Bandera » Gabin suscitait la légende du baroudeur avec « La Bandera » (dont la dédicace à Franco fut vite retirée !). Prolo et truand face à Jouvet dans « Les Bas-fonds » (Maxime Gorki) de Renoir désigné, soudain, comme le représentant filmique de la gauche française. Encore plus marginal, toujours Duvivier « Pépé le Moko » dans la casbah d’Alger en studio avec toute une équipe – et Fréhel la nostalgique,Illusion.jpg chantant sur un mauvais disque ses succès d’antan : ainsi ce pose le mauvais garçon au grand cœur – célébrissime ! 1937 « La Grande illusion » de Renoir en présence de Fresnay, Von Stroheim, Dalio, Carette…triomphe reconnu chef-d’œuvre du cinéma mondial : « …Il (Gabin) est l’acteur avec un grand A. J’ai tourné avec des tas de gens mais je n’ai jamais rencontré une telle puissance cinématographique » Renoir. Ainsi entre-on dans le réalisme poétique avec Jean Carné et « Quai des brumes » (1938)…Michèle Morgan, « t’as de beaux, tu sais » … l’idylle ! Et l’année suivante « Le jour se lève » avec Arletty et Jules Berry. Gabin dira plus tard : « Ça été un beau bide…J’avais 35 berges à l’époque. Je me souviens que j’étais beau gosse. Et Arletty quelle belle môme ! C’est dommage, ils ont coupé toutes les scènes où elle était nue… ». Enfin Gabin offrant toute sa dimension et son intensité dramatique dans « La bête humaine » ...
Au moment de l’Occupation Gabin s’exile à Hollywood. Malgré Marlène Dietrich (qui a remplacé Morgan) et 2 petits films en excellent anglais, il a le mal du pays. D’ailleurs il s’engagera dans le Forces Françaises Libres : « Libre comme je l’étais, je me serais senti dans la peau d’un sacré salopard en ne m’engageant pas. Quand les bateaux coulaient autour de moi ce n’étais pas du cinéma. Quand je suis revenu de cette petite plaisanterie (jusqu’à Berchtesgaden !), j’avais la conscience tranquille… » Médaille militaire et croix de guerre : ses cendres reposent au fond de l’Atlantique. Dans L’écran Français de 1946 on lit : « Gabin nous est revenu d’Amérique transfiguré, le visage grave et défait de quelqu’un qui s’est perdu. Que pouvait-il faire là-bas ? Les dieux hollywoodiens ne sont pas de sa famille…Retrouvera-t-il son gabin_jean01.jpgdestin d’acteur, les rôles à sa mesure de héros antiques égarés dans la tragédie suburbaine de notre temps ? ».
Et lorsqu'il rentre en France nouveau défi :1949 unique expérience au théâtre, "La Soif" d'Henri Bernstein et une critique magistrale :"Jean Gabin possède une masse exceptionnelle, une autorité hors pair. Son apparition et ses déplacements remuent l'air de la salle. Il ne gesticule pas, bouge à peine le petit doigt, parle presque bas et tout le monde est là, tendu".
Pourtant la reprise cinématographique, laborieuse, passe par l’Italie ; la relève piaffe et le quadragénaire aux cheveux blancs s’est épaissi… Avec intelligence, Gabin négocie la qualité : 1951 « La vérité dur Bébé Donge » d’Henri Decoin, magnifique couple avec Danielle Darieux. Puis endosse avec bonheur divers gangsters ou policiers…jusqu’à MAIGRET au point que Simenon dira : « Gabin a fait un travail hallucinant. Ça me gène du reste un peu parce que je ne vais plus pouvoir voir mon commissaire que sous les traits de Gabin ». Puis, enfin vint MICHEL AUDIARD, témoignage appréciable : « Je peux dire que c’est lui qui m’a le plus apporté professionnellement…Il n’aime pas la littérature dans les dialogues et moi je ne sais pas en faire donc tout va bien…Pour lui l’improvisation c’était du bidon. Il partait du principe qu’on pouvait improviser l’image mais pas le texte… ».
95 films ! Et la grâce de tendre la main aux jeunes, Lino Ventura, Delon, Belmondo…et jusqu’à Bardot ! On notera deux personnages de composition : « Les Grandes Familles » (d’après Druon) de Denys de la Patellière, Audiard le confronte avec Pierre Brasseur et Bernard Blier. Qu’on retrouve dans « Le Président » d’Henri Verneuil avec le savoureux Je suis un mélange d’anarchiste et de conservateur dans des proportions qui restent à déterminer.
A 70 ans Gabin décida d’arrêter : « Je vais revenir à mes premières amours…au vert dans ma maisonnette, dans ma lande, pas de chiqué… », auprès de la Grande, Dominique son épouse : sa retraite ne durera que 6 ans…

Delphine Desanges 


Catégorie : ARTICLES - CINEMA
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