Texte à méditer :  

Rêver un impossible rêve
Porter les chagrins des départs
Brûler d'une possible fièvre
Partir ou personne ne part
Aimer jusqu'à la déchirure
Aimer même trop même mal
Tenter sans force et sans armure
D'atteindre l'inaccessible étoile
Telle est ma quête
Suivre l'étoile ...

  
Jacques Brel
 
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  « Je relis Les Caractères, si claire est l’eau de ces bassins qu’il faut se pencher longtemps au-dessus pour en comprendre la profondeur » André Gide

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APOLLINAIRE CRITIQUE D’ART

« Peuples ! Écoutez le poète !
Ecoutez ce rêveur sacré !
Dans votre nuit, sans lui complète,
Lui seul a le front éclairé »
. V. Hugo… Récente découverte, nos poètes critiques d’art ! A l’instar de Baudelaire, Apollinaire, qui lui-même toucha les pinceaux, allait jusqu’à affirmer « Moi aussi je suis peintre ! ». Dès 1901, il s’ancra dans le parrainage du dieu solaire des Grecs, visitant les musées de Rhénanie puis Berlin et Prague – les futurs expressionnistes. Fréquentant assidument Derain il conforta le fauvisme. Dilettante toujours en éveil avec ce parti pris de bannir étiquettes et frontières. L’expression plastique équivaut à l’expression AppoPicasso.jpglyrique. De plus, Apollinaire introduisit, au début du XXème siècle l’attrait pour l’art nègre (en ces temps d’hégémonie coloniale maîtrisant le maximum de pays). Influx comparable au japonisme pour impressionnistes. Il décrétait même son entrée au Louvre ! Attiré par l’étrangeté il collectionnait ces fétiches à clous d’origine Yombe ou Woyo… Et cosigna, avec le galeriste Paul Guillaume, L’Album nègre, précieux ouvrage à la gloire de l’art africain.

Le célèbre portrait du poète avec son pansement d’après trépanation fut esquissé par PICASSO lors d’une visite à l’hôpital – croquis bien sage pour la postérité ! Cette amitié entre Apollinaire et Picasso s’épanouit dès 1905, étayée par une riche correspondance. "Dieu sait que nous avons souvent parlé d’art", se souvenait Apollinaire. Pour ce dernier, « Aucun peintre vivant n’a sans doute exercé une aussi grande influence sur les artistes français…La grande révolution qu’il a accomplie presque seul c’est que le monde est sa nouvelle représentation. Énorme flamme ». De son côté, Picasso réalisa le frontispice de son recueil Alcools, au sujet duquel il s’exclame : « Tu sais comme je t’aime et tu sais la joie que j’ai. Lisant tes vers je suis heureux ». Pablo Picasso, publié dans la revue SIC en 1917 est un tracé poétique du peintre. Picasso se souvint toute sa vie de ces treize années durant lesquelles le poète et lui ont tenté de s’apprivoiser. L’effigie d’ApollinaireAfrique.jpg couronné de lauriers (1948) en témoigne. Cela n’empêcha pas l’autoritaire espagnol de révéler à Malraux que l’aède manquait de perspicacité en peinture avant de le rencontrer ! La complicité des génies est rare…

Lieu légendaire des rencontres, en dehors des troquets, le Bateau-lavoir : 13 place Émile-Goudeau, croisant la rue Ravignan, une construction de brique et de bois sur le flanc d'une carrière éboulée. Cloisonnée en chambrettes ordonnées comme les coursives d'un navire, MAX JACOB la nomma Bateau ; et Lavoir à cause d’un unique point d’eau. 1907 apparition fulgurante des Demoiselles d'Avignon ! La même année surgit MARIE LAURENCIN, découverte par Picasso à sa première exposition – seule femme peintre (amie de Pierre Roché cf. Jules et Jim) : plus qu’une muse, une passion pour Apollinaire, enlacée de soirées rassasiées d’alcool et autres substances à l’égal de leurs camarades. Rupture douloureuse en 1912 d’où naquit le « Pont Mirabeau » :

« Sous le pont Mirabeau coule la Seine
Et nos amours
Faut-il qu’il m’en souvienne
La joie venait toujours après la peine
Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure… ».
Le plus fameux de ses poèmes, souvent comparé au Lac de Lamartine ou au Souvenir de Musset. Élégiaque, romantique peut-être, manque la méditation ! pablo-picasso.jpgTroublante méprise entre présence humaine et pont, nonobstant le munificent maniement de formes et versifications quasi régulières qui évoquent une fluidité envoutante. Marie Laurencin, elle, nous a laissé 2 portraits du poète entouré de ses amis (Gertrude Stein et Picasso entre autres).

Au-delà de Picasso, Apollinaire, curieux et intuitif, préfaça la première exposition cubiste de BRAQUE en 1908 : « Ses compositions ont l’harmonie et la plénitude qu’on attendait. Ses décorations témoignent d’un goût et d’une culture assurés par son instinct ». Dans Chroniques d’Art : « L’Oiseau bleu, la grande composition de Metzinger…difficile d’exprimer en quelques lignes et sans méditation préalable toute l’invention, la féerie de cette œuvre ». Les Peintres cubistes, Méditations esthétiques, parachève la finesse de son jugement en passant en revue tous ses adeptes : "En dépit de son vilain nom, ce mouvement est ce qu’il y a de plus élevé aujourd’hui dans les arts plastiques". Pour ROBERT DELAUNAY Apollinaire trouve le mot « Orphisme » : Si le cubisme est mort, vive le cubisme le règne d’Orphée commence. ORPHIQUE cette nouvelle technique vouée aux « simples phrases coloriées, la couleur agissant cette fois en fonction d’elle-même, inventées dans le silence…un art de la couleur pure. On s’achemine ainsi vers un art entièrement nouveau qui sera à la peinture, telle qu’on l’avait envisagée jusqu’ici, ce que la musique est à la poésie. Ce sera de la peinture pure ». Le Fils d’Apollon, lui, crée CALLIGRAMMES – Poèmes de la Paix et de la Guerre en sous-titre. Fusion de calligraphie et idéogramme, littéralement traduit par belle écriture. Absence de ponctuation ! Ainsi Les Fenêtres qui rappellent Une Fenêtre de Delaunay et Fenêtre sur Paris de CHAGAL :

« Du rouge au vert tout le jaune se meurt
Quand chantent les aras dans les forêts natales…
Paris Vancouver Hyères Maintenon New-York et les Antilles
La fenêtre s’ouvre comme une orange »
. Apollinaire agite un kaléidoscope de symboles : « Ils sont une idéalisation de la poésie vers-libriste et une précision typographique à l’époque oùChirico.jpg la typographie termine brillamment sa carrière, à l’aurore des nouveaux moyens de reproductions que sont le cinéma et le phonographe » (et aussi la machine à écrire). Poésie graphique déjà utilisée par les Grecs, puis certains écrivains tels Rabelais et sa dive bouteille. La disposition graphique du poème sur la page s’articule en dessin, souvent en rapport avec le sujet du texte. C’est pourquoi ANDRÉ BRETON, le désignant comme "Le Lyrisme en personne", chercha à rencontrer et saluer Apollinaire en père spirituel. N’avait-il fabriqué le terme "sur-réalisme" dans le programme de l’ineffaçable spectacle « Parade », associant Picasso, Satie et Cocteau… Enfin, ce « Portrait prémonitoire d’Apollinaire » (1914) exécuté par CHIRICO peintre qualifié de métaphasique et qui séduira le surréalistes : la tête d’Orphée, ses insignes figurant sur haut-fond à côté, porte les lunettes du Prophète et, au fond, le profil du troubadour – un cercle au cerveau désignant sa future trépanation !

Alors que l’antique doctrine de l’imitation divisait regard et pensée, réalisme et subjectivité, Apollinaire les joint. Partenaire des artistes de son époque, acteur, témoin et passeur privilégié, car attentif à toutes les avant-gardes, grâce à son éclectisme, il sut les défendre au point que certains le surnomment « homme-époque » !

Anne-Flore Urielle


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