Texte à méditer :  

Rêver un impossible rêve
Porter les chagrins des départs
Brûler d'une possible fièvre
Partir ou personne ne part
Aimer jusqu'à la déchirure
Aimer même trop même mal
Tenter sans force et sans armure
D'atteindre l'inaccessible étoile
Telle est ma quête
Suivre l'étoile ...

  
Jacques Brel
 
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  « Je relis Les Caractères, si claire est l’eau de ces bassins qu’il faut se pencher longtemps au-dessus pour en comprendre la profondeur » André Gide

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         LE  PARDON                    

C’est entendu : le pardon est l’une des attitudes humaines les plus nobles et les plus célébrées. Le pardon a une profondeur spirituelle infinie puisqu’il s’enracine dans l’être même de Dieu. Le pardon libère et la victime et l’offenseur. Nous sommes dans le scénario « gagnant – gagnant ». Ainsi, le pardon est noble, moral, spirituel et, en plus, il fait du bien ! Il est donc une évidence. Et pourtant, nous peinons à le définir : en quoi consiste exactement le pardon ? Et pourtant, Il suscite de nombreuses questions : tout est-il pardonnable ? Le pardon est-il sans condition ? Peut-on pardonner collectivement à un peuple ? Peut-on pardonner à la place de la victime ?
Surtout, le pardon peut nous paraître hors de portée. Lorsque nous sommes blessés, intérieurement ou collectivement, alors même que nous désirons pardonner et que nous savons à quel point ce pardon, et lui seul, nous remettra dans une dynamique de vie, nous n’y arrivons pas ! En matière de pardon, la bonne volonté ne suffit pas. Le pardon est au-delà de l’effort, au-delà de la morale. Pourquoi avons-nous tant de mal à pardonner ou à accepter de l’être ? Qu’est-ce qui bloque ? Où puiser la force de pardonner ? Y a-t-il une démarche à suivre, des étapes à franchir ? Vous le mesurez, il y a comme une énigme autour du pardon.
Nous le célébrons, nous sommes conscients de son importance vitale mais nous n’arrivons pas bien à le définir et, moins encore, à le vivre. Pour résoudre cette énigme, nous allons utiliser une clé de compréhension. Cette clé, Paul nous la fournit dans sa lettre aux Ephésiens : « Pardonnez-vous mutuellement, comme Dieu vous a pardonnés en Christ ». Là voici, la clé : calquer notre pardon sur celui de Dieu. « Pardonnez-vous mutuellement comme Dieu vous a pardonnés ». Il ne s’agit pas donc pas seulement de pardonner « parce que c’est bien » ou parce que Dieu nous a pardonnés. Il s’agit de comprendre comment Dieu nous pardonne pour faire de même, à son image.

prodigue_rembrandt.jpgAinsi, nous allons explorer quelques-unes des facettes du pardon de Dieu et en tirer les conséquences pour notre propre pratique.
Le pardon de Dieu est d’abord un acte souverainement libre. Dieu choisit de pardonner, souverainement, alors que rien ne l’y oblige. Il pardonne le peuple hébreu rebellé dans le désert. Il pardonne ceux qui suivent d’autres dieux. Jésus, lui, pardonne à la femme adultère, ou à ceux qui collaborent avec les Romains. Il demande même à Dieu de pardonner l’impardonnable, sa mise à mort sur la croix : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font ». Ainsi, Dieu a la liberté de tout pardonner. Tout acte, toute vie. Sans condition, sans le paiement d’une dette, sans rien exiger en échange. Bien sûr, le coupable peut demander pardon, réparer les dommages commis, changer de vie. Mais le pardon n’en est pas la condition. « Pardonnez comme Dieu vous a pardonnés ». Vous pouvez pardonner à celui qui vous a fait du mal, avec la même liberté souveraine, même si ce dernier ne regrette rien, ne change en rien, ne mérite rien. Pourquoi ? Parce que le pardon est d’abord un bienfait que vous vous accordez. En pardonnant, vous cessez d’être enfermés dans ce que vous avez subi. En pardonnant, votre avenir s’ouvre.
Mais comment pardonner ? Le pardon de Dieu va nous servir de modèle. Pour évoquer le pardon, la Bible emploie plusieurs termes, plusieurs verbes. Et parmi eux, les verbes « effacer » et « oublier ». Dieu pardonne en effaçant ce qui s’est passé, du moins dans un premier temps, parce qu’il est des actes dont le souvenir même réamorce la colère : « Leurs fautes, je ne m’en souviens plus » dit l’Eternel. Aujourd’hui, le « devoir de mémoire » est à la mode et il est effectivement souvent nécessaire ; mais dans certaines circonstances, le pardon passe d’abord par un « devoir d’oubli » comme celui que le roi Henri IV imposa aux protestants et aux catholiques dans son l’Edit de Nantes, comme celui que le Général de Gaulle a suscité dans la France de l’après-guerre, comme celui que des couples déchirés s’accordent mutuellement. Ainsi, parfois, Dieu choisit d’oublier, d’effacer. Il passe l’éponge ou, pour employer une expression davantage biblique, il « remet la dette ». Mais aucune relation ne peut être durablement fondée sur l’oubli. Alors, dans un second temps, Dieu se souvient, rappelle les faits, nomme ce qui ne va pas, interroge : que fais-tu de ton frère et de ce monde que je t’ai confié ? Que fais-tu de ta foi ? Que fais-tu de ta vie ? Pourquoi te détournes-tu de l’essentiel pour t’abrutir dans le travail, l’ambition ou le divertissement ?
Contrairement aux « idées reçues », il est souvent nécessaire de se souvenir pour pardonner. Bien sûr, en rester là, ressasser sans cesse ce que nous avons subi nous fait entrer dans une vie infernale. Mais inversement, je ne peux pas pardonner en faisant « comme « si » : comme si je n’avais été blessé, comme si cette blessure ne faisait pas partie de moi. Je dois au contraire humaniser, apprivoiser, assimiler ce qui m’est arrivé. Revenu des camps de concentration, Elie Wiesel écrit : « Lorsqu’un individu réprime, refoule certaines choses, alors celles-ci reviennent plus tard avec une violence extrême. Si l’humanité aujourd’hui pouvait refouler toutes ces souffrances, toutes ces agonies, tous ces morts, ils reviendraient un jour, ils ressurgiraient avec une violence extraordinaire contre le monde entier. C’est pour cette raison qu’il faut se souvenir. » De même, nous souvenir des différentes guerres, comme nous le faisons aujourd’hui, faire mémoire des morts, des tranchées, des camps ne s’oppose ni au pardon ni à la réconciliation mais en est souvent le préalable. Il est souvent nécessaire de se souvenir pour pardonner.
Il faut également laisser émerger la colère. Cette colère, Dieu en donne l’exemple, colère parfois violente dont la Bible se fait l’écho : « Je hais, je déteste vos pèlerinages », « j’en ai assez de la confrérie des avachis » dit-il en désignant les responsables politiques et religieux de son peuple. Il en est de même entre nous. Celui qui, enfin, prend pleinement conscience de ce qu’il a subi, est parfois submergé par la colère, voire la haine. « Je les hais d’une parfaite haine ; Ils sont devenus pour moi des ennemis. » dit l’auteur du psaume 139. Des désirs de vengeance peuvent alors se faire jour « Bienheureux celui qui écrasera les enfants de Babylone contre un mur » dit le psaume 127. En expulsant cette souffrance et cette colère enfouies en nous, nous nous donnons une chance, dans un second temps, d’accepter, de pardonner et parfois même, de nous réconcilier. Une jeune femme revenait ainsi sur ce qu’elle avait subi : « Le véritable pardon ne passe pas à coté de la colère mais il passe par elle. C’est seulement à partir du moment où j’ai pu me révolter contre l’injustice qui m’a été faite, lorsque j’ai identifié la persécution en tant que telle et pu haïr mon bourreau que la voie du pardon m’a été offerte »
Après ce sommet émotionnel du souvenir et de la colère, nous pouvons passer sur l’autre versant de la montagne, celui de l’acceptation, de la paix retrouvée, voire, parfois, de la réconciliation. Suivons Dieu sur cette pente douce du pardon. Le chemin qu’il suit est parfois paradoxal. Par exemple, parfois, renoncer à comprendre. Oui, dans la Bible, même Dieu ne comprend pas tout. En tous cas, il ne comprend pas toujours pourquoi l’homme agit ainsi. En voici un exemple. Dans le récit de la Genèse, lorsque Noé sort de l’arche, Dieu lui dit en substance : je sais désormais que l’homme est capable du pire. Je ne comprends pas pourquoi. Je renonce à comprendre, je renonce à punir. Je ne renonce pas à agir. Au contraire, je pardonne, je conclus une alliance avec l’homme tel qu’il est.
Il en est de même entre nous. Nous pensons volontiers que pardonner nécessite de comprendre. Souvent, au contraire, il nous faut renoncer à comprendre pourquoi ; pourquoi tel homme s’est acharné sur sa victime, pourquoi tel peuple a édifié des camps d’extermination, pourquoi tel conjoint a détruit soudainement son couple. Bien sûr, il est toujours possible de dénicher des causes psychologiques, historiques, sociologiques mais aucune explication n’est suffisante. Le mal commis vient toujours en excès. Pardonner consiste donc parfois à se dire : je ne comprends pas totalement, je renonce à comprendre, je renonce à juger. Je pardonne Pour pardonner, Dieu met également de la distance entre le coupable et ce qu’il a commis. « Comme l’Orient est loin de l’Occident » écrit l’auteur du psaume 103, « Dieu met loin de nous nos mauvaises actions ». Tu as pu commettre des erreurs et des fautes, tu as pu blesser, intentionnellement ou par inadvertance, mais Dieu ne te confond pas avec ce que tu as fait. Tu es infiniment plus complexe et divers. Tu es capable d’autre chose. De même, après la seconde guerre mondiale, la réconciliation avec l’Allemagne est devenue possible parce que le peuple allemand n’a pas été confondu avec ce qu’il avait fait.

La dernière étape est la plus profonde. Tout au long de la Bible, Dieu se sent légitimement trahi et abandonné par les hommes. Alors, il réagit en pardonnant. Ainsi, il se rapproche des hommes, il renforce son alliance avec eux, il s’incarne en Jésus, il entre en communion spirituelle le jour de la Pentecôte. Un mystique chrétien compare notre foi à une corde qui nous relie à Dieu. Régulièrement, la corde se brise. Régulièrement, Dieu pardonne, fait un nœud dans la corde et renoue ainsi le lien. Ainsi, de pardon en pardon, il se rapproche de nous. Cette promesse est peut-être la plus folle et la plus belle. Naturellement, les trahisons, les crises, les souffrances subies ou commises isolent, séparent, enferment. Le pardon peut les transformer en tout autre chose : en communion plus grande, en amour plus profond. Combien de couples ont grandi, de pardon en pardon ! Cette promesse s’étend à notre vie intérieure.

En pardonnant, en recevant le pardon, en intégrant ce qui nous fait souffrir dans notre vie, nous pouvons grandir intérieurement, spirituellement. Alors, « Pardonnez-vous mutuellement, comme Dieu vous a pardonnés en Christ ». [Ephésiens 4, 30- 5,1]

Merci au pasteur Vincent Nême-Peyron !


Catégorie : - REFLEXION
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