Texte à méditer :  

Rêver un impossible rêve
Porter les chagrins des départs
Brûler d'une possible fièvre
Partir ou personne ne part
Aimer jusqu'à la déchirure
Aimer même trop même mal
Tenter sans force et sans armure
D'atteindre l'inaccessible étoile
Telle est ma quête
Suivre l'étoile ...

  
Jacques Brel
 
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  « Je relis Les Caractères, si claire est l’eau de ces bassins qu’il faut se pencher longtemps au-dessus pour en comprendre la profondeur » André Gide

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L’ENVERS DU SECOND EMPIRE

« Spectaculaire », le Second Empire commence par le coup d’État du 2 décembre 1852 et le célèbre mot de Victor Hugo : « Quoi ! Après Auguste, Augustule ! Quoi ! Parce que nous avons eu Napoléon-le-Grand, il faut que nous ayons Napoléon-le-Petit ! ». Au-delà des mots, on inclura les morts des barricades montagnardes parisiennes autant que provinciales : environ 400 (une trentaine dans l’armée), plus, les exilés pour qui la plaidoirie, en particulier de George Sand, amoindrit les sanctions. Spectaculaire, il se terminera par le massacre de LA COMMUNE : Napoléon III n’en a pas été directement responsable, mais pourquoi les informations données pour l’exposition se limitent-elles à l’incendie des Tuileries ? « L’Empire, c’est la paix » proclama Louis-Napoléon Bonaparte s’efforçant au développement économique du pays, aidé par la couronne_eugenie.JPGbourgeoisie. Cette dernière a choisi la dictature contre l’anarchie, y laissant sa liberté et son hégémonie politique au profit d’un confort matériel munificent. Un exemple superbe : l’inauguration du Canal de Suez (1869). Quant à l’embellissement de Paris grâce à Haussmann – n’oublions pas la spéculation immobilière…

Ce spectaculaire Second Empire oscille ainsi entre une cour somptueuse, et une vie parisienne endiablée par, entre autres, Offenbach. Napoléon III paraît détenir plus de goût que son oncle s’entourant d’une nuée d’apparatchiks stylés. On tenait à prouver l’enrichissement général par des fêtes éblouissantes à travers, par exemple, le luxe des costumes : triomphe de la crinoline, bijoux éclatants qu’on aime afficher autour de l’impératrice… bref un clinquant peut-être élégant mais un brin tapageur. Nonobstant l’étalage d’un tel faste, Compiègne connut des séries ou des soirées plus intimes avec leurs jeux : la célèbre dictée de Mérimée au cours de laquelle l’empereur fit 43 fautes, son épouse 62, Octave Feuillet et A. Dumas 19 et 24 – l’ambassadeur d’Autriche : 3 ! Quant à Paris, il redevient le centre de l’Europe et les opérettes d’Offenbach, chantées par Hortense Schneider, leur joyau, poussent le Tsar à retenir ses places et le Prince de Galles, futur Edouard VII une loge officielle. [« L’Entente Cordiale » - et ses petits arrangements coloniaux – commencée sous Louis Philippe - continuera avec « le neveu »]…

Le Musée d’Orsay avait consacré, en 2015, une exposition aux « Splendeurs et Misères de la Prostitution » [voir article « Artistes et prostitution » sur ce site] Or, sous le Second Empire, l’exemple venant d’en haut, Napoléon III dégustait ses « petites distractions », comme220px-Contessa_di_Castiglione.jpg le souligne son biographe Pierre Milza. Magnifiquement emblématique la Castiglione apparentée à Cavour qui désire se servir d’elle pour hâter l’indépendance de l’Italie contre l’Autriche – d’autant que la comtesse Castiglione est fort intelligente, parle plusieurs langues et peu prude ! Qui ne céderait : « Elle est, écrit la princesse de Metternich, Vénus descendue de l’Olympe ! Jamais je n’ai vu une beauté pareille et n’enverrai plus comme celle-là ! ». Mission accomplie par la belle florentine à qui Cavour avait dit : « Réussissez, ma cousine, par les moyens qu’il vous plaira mais réussissez ». [L’empereur ne souhaitait pas se laisser manœuvrer, c’est l’Autriche, elle-même qui commit l’erreur d’ouvrir les hostilités]. S’ajoutèrent bien d’autres « petites distractions » qui firent couler l’encre et déridèrent l’ennui des salons en fournissant les commérages venus de la cour. Des rumeurs qui ne touchaient guère une France majoritairement rurale. Les électeurs des campagnes, instruits par l’Almanach ou l’imagerie d’Épinal – parfois le journal, lors des voyages d’une famille impériale contemplée en modèle ! Seuls, à Paris, des cafés-concerts, l’Eldorado, l’Alcazar, le Ba-Ta-Clan voit des chansonniers se hasarder à des allusions sur la vie privée du souverain car la censure veille en particulier contre Cham ou Daumier dans le Charivari – mieux valait s’en prendre à l’Empereur de Chine ou s’en tenir aux allusions pour les gourmets d’Offenbach ! [Voir \"LA VIE PARISIENNE\"].Inutile de souligner l’indifférence substantielle à l’égard les tribulations des prolétaires de toute cette futilité…. 1862 « Les Misérables » de Victor Hugo. La société du Second Empire inspire l’essentiel des « Rougon-Macquart », de Zola, qui commencent à paraître en 1872 …

En réalité, l’opinion est majoritairement puritaine et coincée par ses préjugés. Lisons la préface des « Malheurs de Sophie » (1858) par la comtesse de Ségur (Née Rostopchine) : « Chère enfant, tu me dis souvent : Oh ! Grand-mère que je vous aime ! vous êtes si bonne ! Grand-mère n’a pas toujours été bonne et il y a bien des enfants qui ont été méchants comme elle et qui se sont corrigés comme elle. Voici des histoires vraies d’une petite fille que grand-mère a beaucoup connue dans son enfance ; elle était colère, elle est devenue douce ; elle était gourmande, elle est devenue sobre ; elle était menteuse, elle est devenue sincère ; elle était voleuse, elle est devenue honnête ; enfin elle était méchante, elle est devenue bonne. Grand-mère a tâché de faire de même. Faites comme elle mes chers enfants ; cela vous sera facile à vous qui n’avez pas tous les défauts de Sophie ». Et précisons que le livre commence ainsi : « Ma bonne, dit un jour Sophie en accourant dans la chambre… », car les petites filles modèles avaient leur bonne ! De sorte que ce mot bonne se rabâche entre ce sens-là et la bonté (au sens gentillesse obéissante) qui dégouline partout !

Recréation d’une nouvelle alliance du trône et de l’autel, selon l’ancien adage, l’impératrice Eugénie, plutôt « bigote », son mari compense ses « écarts » par non seulement la place faite à l’Église catholique mais un retour étatique et flagrant à l’ordre moral, une surveillance universelle de tous les instants. Celui qui en souffrit le plus, Charles Baudelaire : 1857 procès des « Fleurs du mal » pour offense à la morale publique et à la morale religieuse... Les diatribes des journalistes ont attiré l’attention de la justice sur un certain nombre de poèmes, repérés comme un défi aux lois qui protègent la piété et l’éthique. Aux arguments de ceux qui incriminent quelques expressions ou passages jugés choquants, Baudelaire oppose le Baudelaire2.jpgsens général de son œuvre, « Le livre doit être jugé dans son ensemble, et alors il en ressort une terrible moralité. » En vain interviennent ses amis, Théophile Gautier ou Prosper Mérimée. Barbey d’Aurevilly écrit un article élogieux mais les journaux refusent de le publier. La police saisit les exemplaires des « Fleurs du mal ». Le réquisitoire est prononcé par Ernest Pinard, qui était aussi le procureur général dans le procès intenté à « Madame Bovary ». Il accuse la poésie de Baudelaire de manquer « au sens de la pudeur », de multiplier « les peintures lascives ». L’avocat du poète plaide l’indépendance de l’artiste et la beauté de l’œuvre.  Persuadé qu’il sera acquitté, Baudelaire est abasourdi quand tombe la sentence. En effet, le livre est condamné pour « délit d’outrage à la morale publique et aux bonnes mœurs », à cause de «passages ou expressions obscènes et immorales». Baudelaire et son éditeur doivent payer une amende de 300 francs (paraît-il réduite à 50) et retirer six poèmes du livre, Les Bijoux, Le Lébé, A celle qui est trop gaie, Femmes damnées, Lesbos. Hugo ne rate pas l’occasion de soutenir son confrère : « Une des rares décorations que le régime actuel peut accorder, vous venez de la recevoir. Ce qu’il appelle sa justice vous a condamné au nom de ce qu’il appelle sa morale ; c’est là une couronne de plus. Je vous serre la main poète ».

Sybil Swan


Catégorie : ARTICLES - HISTOIRE
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