Texte à méditer :  

Rêver un impossible rêve
Porter les chagrins des départs
Brûler d'une possible fièvre
Partir ou personne ne part
Aimer jusqu'à la déchirure
Aimer même trop même mal
Tenter sans force et sans armure
D'atteindre l'inaccessible étoile
Telle est ma quête
Suivre l'étoile ...

  
Jacques Brel
 
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  « Je relis Les Caractères, si claire est l’eau de ces bassins qu’il faut se pencher longtemps au-dessus pour en comprendre la profondeur » André Gide

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LA FÉE ÉLECTRICITÉ

« Mettre en valeur le rôle de l'électricité dans la vie nationale et dégager notamment le rôle social de premier plan joué par la lumière électrique », tel était l'objectif de la commande passée à Dufy par la Compagnie parisienne de distribution d'électricité pour être montrée au Pavillon de l'Électricité à l'Exposition Universelle de 1937. Avec son frère Jean, plus 2 aides, il doit accomplir, en un an, une peinture démesurée dans un hangar de la Centrale électrique de Saint-Ouen. La composition : 250 panneaux de 2 m de hauteur sur 1,20 m de largeur, totalisant 600 m2…

Raoul Dufy commence par feuilleter Lucrèce : « Nous voyons maintes choses projeter de larges dufy_raoul-la_feee_eelectricitee_pour_.jpgondes, non seulement du fond d’elles-mêmes mais de leur surface, la couleur par exemple. Ainsi les voiles jaunes, rouges, vertes, tendues entre les mâts et les traverses…s’imprègnent et vibrent de leurs fluides couleurs… ». Quel écho à la fois révélateur et typique de Dufy ! L’historien d’art Bernard Dorival en témoigne (après la mort de l’artiste) : « Il ne lui fut pas imposé de sujet mais Dufy relut Lucrèce et élabora, en 3 semaines, un projet ». Après avoir compulsé une énorme documentation sur l’électricité, finalement : « Il a tout oublié pour produire un chef-d’œuvre spontané qui n’a pas d’équivalent dans l’histoire de la peinture » (John Ashbery, New-York Herald tribune, 1964).

« Dites-vous bien que dans ma peinture il n’y a ni sol, ni lointain ni ciel, il y a des couleurs dont les rapports entre eux créent l’espace » nous avertit Dufy. S’offre à nous, plus de cent philosophes, savants et ingénieurs mis en relief par leur nom, la couleur et le vêtement de leur époque, le seul fil conducteur étant la chronologie. On raconte que des acteurs de la Comédie Française posèrent spécialement tandis que le coup de crayon de Dufy se caractérise par un trait elliptique. L’évocation est pourtant forte en dépit du griffonnage apparemment désinvolte. D’ailleurs en ne dessinant que des formes ouvertes, Dufy fait sortir les êtres et les objets de leur isolement tout en se ménageant la possibilité de traiter un sujet à plusieurs reprises sans tomber dans la monotonie : il y a tant de liberté, de verve FeeElectriciteDufy_a_gauche.jpgdans chaque sujet qu’il apparaît à la fois une invention unique et l’effet d’une réjouissante surprise.

Alors que dans le belvédère azur tonne Zeus, au dessous, Archimède et Aristote autour de Thalès, l’ancêtre, en jaune, car il semble que ce dernier entrevit la propriété électrostatique de l’ambre jaune – en grec, ELEKTRON, d’où « électricité » - qui amorce le cortège… A partir de là on va de Galilée à Isaac Newton ; de Blaise Pascal à Dimitri Mendeleïev ; de Thomas Edison à Alessandro Volta…etc. Et, perdu sous la verrière bleue, un petit personnage tout en bleu lui aussi : Wolfgang Von Goethe celui-là même qui s’écria en mourant : « Qui a éteint la lumière ? ». Loin de se limiter à la silhouette de ces personnages ayant contribué, de prés ou de loin, à son invention, cette fresque nous vante les mérites de l’électricité : reliant les pionniers avec la mise au point, Ampère et Faraday, devant la centrale éclectique (bleue !) véritable idéalisation telle la présence du mécène dans un retable de la Renaissance !

C’est pourquoi il fallait représenter les bénéficiaires actuels de dame électricité et susciter, comme dans un conte, la métamorphose provoquée : méli-mélo de paysages bucoliques, vendanges et moissons en contraste flagrant avec les enseignes étincelantes, sinon aveuglantes – toutes récentes - des capitales. Jusqu’au profil de la gare Saint-Lazare (comme l’avait peint Monet). En filigrane – sous l’immense aplat rouge de part et d’autres de la gare à la fois l’usine électrique d’Imply et dans une onde bleutée, des cyclistes et une envolée d’oiseaux. L’aplat vermillon de la coque : le transatlantique « Normandie » selon l’affiche de Cassandra (1935), en chantier à Saint-Nazaire, jusqu’au Bourget en cours de construction (où avait atterrit Lindbergh en 1927). Plus le panache hétéroclite et poétique d’un grand orchestre en l’honneur de Graham Bell pour son téléphone, Thomas Edison le phonographe et microphone ; Gustave Ferrié dont la télégraphie sans fil augmentèrent énormément l’émetteur de la tour Effel : les trois favorisant la diffusion de la voix humaine et de la musique ! …

Fondamentale cette allégorie illustrative et spectaculaire trône encore dans l’aile gauche du Musée d’Art Moderne de Paris pour notre plus grand bonheur ! On peut passer de longs moments à la contempler saisi parla magie. Déchiffrer quelque explication ? Car il y a l’exécution, c'est-à-dire au-delà de la sophistication du graphisme : LA COULEUR !

 « Imaginons qu’on puisse retrouver les secrets perdus de la peinture à l’huile des anciens, dufy-400.jpgleurs couleurs brillantes, ductiles, transparentes. Considérons d’autre part l’apport de la sensibilité de notre temps, les discussions critiques accumulées depuis un siècle, les exigences nouvelles de notre sens décoratif. Que ne verrions-nous pas » ? Question essentielle pour Dufy sur laquelle repose la grâce de «La Fée électricité ». Car il a su emprunter aux classiques Louis Figier (vulgariste scientifique) et surtout Jacques Maroger (son contemporain) qui retrouva la recette du médium de Giorgione, à base d'huile noire, également utilisé par Véronèse, Titien puis Rubens : « Je me rendis compte que la transparence devait être dans la couleur, et non dans un glacis recouvrant un camaïeu et devait s’obtenir du coup dans la même pâte… L’idée s’imposait à moi qu’il faudrait l’alléger en y ajoutant de l’eau… Je réalisais en effet l’émulsion de mon vernis : ce fut une révélation… Le médium est donc essentiellement une chose de peintre…c’est une erreur de croire qu’il ne permette de peindre qu’« ancien ». La complexité des besoins de la peinture moderne doit y trouver une nouvelle facilité d’expression ». Et particulièrement Raoul Dufy puisqu’il répond directement : « Vous me parlez de la lutte pour la couleur ; oui, c’est ma vie, et pour être tout à fait satisfait je voudrais qu’on dise ma lutte pour la lumière qui est l’âme de la couleur. Sans lumière, la couleur est sans vie. Ma recherche a été précisément de trouver un ordre de la couleur, de la couleur matérielle de nos tubes qui leur fait engendrer la lumière ».

Ainsi, cette couleur aiguillonne l’ensemble de « La Fée Électricité ». Elle avive les formes, les épanouie, les transforme par une sorte de vibration. Mais, suivant les sujets, personnages ou décors, l’expression change de style : tantôt une étincelle chatoyante, tantôt une sveltesse presque terne. Le tout parfois stridulent jamais brutal. Dufy tient trop à la dextérité si exacte des tons pour laisser ternir des coloris qui semblent en apesanteur. Et on ne peut qu’y respirer cet air spécifiquement cristallin, dans une atmosphère si doucement figurative, comme une éclosion remplie de rosée… « Une légèreté mozartienne » (John Ashbery, New-York Herald tribune, 1964).
"Alors qu'elle ne devait être qu'une oeuvre éphémère, incarnant l'optimisme d'une société persuadée que le bonheur ne pouvait passer que par le progrès technique...un statut de chef-d'oeuvre hors norme...la "Fée Electricité" continue de nous enchanter" F. HerGott (directeur du musée d'Art Moderne) 

Antoine Fignes inspiré par les compétences lyriques de « La Fée électricité » de Martine Contensou


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