Texte à méditer :  

Rêver un impossible rêve
Porter les chagrins des départs
Brûler d'une possible fièvre
Partir ou personne ne part
Aimer jusqu'à la déchirure
Aimer même trop même mal
Tenter sans force et sans armure
D'atteindre l'inaccessible étoile
Telle est ma quête
Suivre l'étoile ...

  
Jacques Brel
 
ARTICLES
CITATION

  « Le vrai travail c'est quand je cherche avec l'air de ne rien faire...chercher une idée et espérer qu'elle vienne, ça oui c'est du travaii !" René Gosscinny

Préférences

Se reconnecter :
Votre nom (ou pseudo) :
Votre mot de passe
Captcha reload
Recopier le code :


  Nombre de membres 40 membres
Connectés :
( personne )
Snif !!!
Recherche
Recherche
Visites

   visiteurs

   visiteurs en ligne

rss Cet article est disponible en format standard RSS pour publication sur votre site web :
http://www.abrulepourpoint.fr/data/fr-articles.xml

LA BRUYÈRE (1645/96)

   Les milliers de visiteurs, éblouis par les splendeurs de Versailles, s’avisent-ils seulement de savoir comment on y vivait ? Un château peuplé d’êtres revêtus de la même magnificence ? Faut-il les déciller face à cette beauté si trompeuse ? Molière s’en est chargé de façon intemporelle ! Quelqu’un, s’est appliqué, avec la modestie du moraliste tel qu’on le concevait à l’époque et l’acuité pénétrante d’un homme de lettres du XVIIème à dresser des portraits AVT_Jean-de-La-Bruyere_4631.gifsatyriques de des courtisans, comme des citadins et des campagnards. La Bruyère, issu de la petite bourgeoisie, fut considéré assez « savant » pour être précepteur du duc de Bourbon, petit-fils du grand Condé. Chantilly devient un poste d’observation idéal ! Mais, devant un élève odieux et sachant se contenter de peu financièrement, La Bruyère se lança dans l’écriture des fameux « CARRACTÈRES » : « Ce sont les nouveaux acteurs qui importent et si peu la pièce ! » dit-il. Exemple : "Iphis" voit à l’église un soulier d’une nouvelle mode ; il regarde le sien et en rougit ; il ne se croit plus habillé. Il était venu à la messe pour s’y montrer et il s’y cache ; le voilà retenu par le pied dans sa chambre tout le reste du jour… ». Au de-là de l’élégante ironie ce trait n’est-il pas terriblement actuel ?

 "Arrias" a tout lu, a tout vu, il veut le persuader ainsi ; c’est un homme universel et il se donne pour tel : il aime mieux mentir que de se taire ou paraître ignorer quelque chose. On parle, à table d’un grand d’une cour du Nord : il prend la parole et l’ôte à ceux qui allaient dire ce qu’ils en savent ; il s’oriente dans cette région lointaine comme s’il en était originaire ;…il récite des historiettes qui y sont arrivées et il en rit le premier jusqu’à éclater… ». "Gnathon" ne vit que pour soi et tous les hommes ensemble sont à égard comme s’ils n’étaient point. Non content de remplir à une table la première place, il occupe lui seul celle de deux autres ; il oublie que le repas est pour lui et pour toute la compagnie ; il se rend maître du plat et fait son propre de chaque service…il voudrait pouvoir les (mets) savourer tous à la fois. Il ne se sert à table que de ses mains ; il manie les viandes, les remanie, démembre, déchire et en use de manière que les conviés, s’ils veulent manger, mangent ses restes. Il ne leur épargne aucune des malpropretés dégoûtantes capables d’ôter l’appétit aux plus affamés… ». "Diphile" commence par un oiseau et finit par mille : sa maison n’en est pas égayée mais empestée…Ce n’est plus un agréable amusement mais une affaire laborieuse à laquelle à peine il peut suffire. Il passe des jours, ces jours qui échappent et qui ne reviennent plus, à verser du grain et à nettoyer des ordures. Il donne pension à un homme qui n’a point que de siffler des serins au flageolet et de faire couver des canaries. Il est vrai que ce qu’il dépense d’un côté, il l’épargne de l’autreLouis_XIV.jpg car ses enfants sont sans maître et sans éducation. Il se renferme le soir fatigué de son propre plaisir… ». "Ménélaque" descend son escalier, ouvre sa porte, il la referme : il s’aperçoit qu’il est en bonnet de nuit et venant mieux s’examiner il voit que son épée est mise du côté droit, que ses bas sont rebattus sur ses talons…C’est lui encore qui entre dans une église, et, prenant l’aveugle qui est collé à la porte pour un pilier, et sa tasse pour le bénitier, y plonge la main, la porte à son front, lorsqu’il entend tout à coup le pilier qui parle… ».

Cependant, La Bruyère ne se limite pas aux ridicules bizarreries de ses contemporains profilées avec cette plume caustique. Il s’enhardit à tancer les abus : il estimait le « Tartuffe » de Molière trop clinquant : son Onuphre est dessiné au burin mais avec une subtilité d’impressionniste que je vous invite à lire (XIII § 24). Et au moment du règne dévot de Mme de Maintenon, il décrit, lui, certaines conversions féminines : « La dévotion vient à quelques uns, et surtout aux femmes, comme une passion, ou comme le faible d’un certain âge, ou comme une mode qu’il faut suivre. Elles jouissaient autrefois du plaisir présent et de celui qui ne pouvait leur manquer…Autres temps autres mœurs il y a chez elles une émulation de vertu et de réforme qui tient quelque chose de la jalousie ; elles ne haïssent pas de primer dans se nouveau genre de vie, comme elles faisaient dans celui qu’elles viennent de quitter par politique pu par dégoût. Elles se perdaient gaiement par galanterie, par bonne chère et par l’oisiveté ; elles se perdent tristement par présomption et par l’envie ». Il détestait la guerre (que Louis XIV) a tant pratiquée !). Insensée et monstrueuse elle rabaisse l’homme à l’animal : « …Que si l’on vous disait que tous les chats d’un grand pays se sont assemblés par milliers dans une plaine, et qu’après avoir miaulé tout leur soûl, ils se sont jetés avec fureur les uns sur les autres et on joué ensemble de la dent et de la griffe ; que de cette mêlée il est demeuré de part et d’autre neuf à dix mille chats sur la place, qui ont infecté paysans-sous-louis-xiv.pngl’air à dix lieues de là par leur puanteur, ne diriez-vous pas Voilà le plus abominable sabbat dont on ait jamais ouï parler ? ».

Enfin, pour La Bruyère, l’opulence arrogante des nantis blesse les pauvres (et lui-même !) : les aristocrates sont-ils de nature différente du reste des humains ? Pour l’auteur, à leur éminente gloire manque les qualités de cœur du peuple ! Et les visiteurs de Versailles ne devraient-ils pas avoir entre les mains ce texte sur l’état de la population dans les campagnes : « L’on voit certains animaux farouches, des mâles ou des femelles, répandus par la campagne, noirs, livides et tout brûlés du soleil, attachés à la terre qu’ils fouillent et qu’ils remuent avec une opiniâtreté invincibles ; ils ont comme une voix articulée, et, quand ils se lèvent sur leurs pieds, ils montrent une face humaine , et en effet, il sont des hommes. Ils se retirent la nuit dans des tanières où ils vivent de leur pain noir, d’eau et de racines… Si je compare ensemble les deux conditions des hommes les plus opposées, je veux dire les grands avec le peuple, ce dernier me paraît content du nécessaire, et les autres sont inquiets et pauvres avec le superflu. Un homme du peuple ne saurait faire aucun mal ; un grand ne veut faire aucun bien et est capable de grands maux… Le peuple n’a guère d’esprit, et les grands n’ont point d’âme : celui-là a un bon fond et n’a point de dehors, ceux-ci n’ont que des dehors et qu’une simple superficie. Faut-il opter ? Je ne balance pas, je veux être peuple » ?

Ainsi va-t-il jusqu’à stigmatiser la monarchie : le roi, responsable de ses sujets, n’est pas supérieur aux lois. L’inégalité : le luxe rend égoïste devant les affamés. D’où, pour La Bruyère, le rôle de la valeur : « Combien d’hommes admirables, et qui avaient de très beaux génies, sont morts sans qu’on en ait parlé ! ». Il pointe là la vanité insupportable des courtisans. Et même la torture (avant les philosophes de Lumières) : « La question est une invention merveilleuse et tout à fait sûre pour perdre un innocent qui a la complexion faible, et sauver un coupable qui est né robuste. Un coupable puni est un exemple pour la canaille ; un innocent condamné est l’affaire de tous les honnêtes gens ».

Nous sommes à la fois séduits et persuadés par ces figures spirituelles tellement acérées criantes d’une vérité nous conduisant à la réflexion – loin d’une morale pesante !

Anne-Flore Urielle


Catégorie : ARTICLES - LITTERATURE
Page lue 143 fois


Réactions à cet article

Personne n'a encore laissé de commentaire.
Soyez donc le premier !