Texte à méditer :  
« Ce toit tranquille, où marchent les colombes,
Entre les pins palpite, entre les tombes ;
Midi le juste y compose de feux
La mer, la mer toujours recommencée !
O récompense après une pensée
Qu’un long regard sur le calme des dieux !
…Le vent se lève ! il faut tenter de vivre !... »
Paul VALERY  « Le cimetière marin »
  
 
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« Les choses sont nombres » Pythagore

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  “Rien de plus futile, de plus faux, de plus vain, rien de plus nécessaire que le théâtre.” Louis Jouvet

      "C'est une extraordinaire chose que le théâtre. Des gens comme vous et moi s'assemblent le soir dans une salle pour voir feindre par d'autres des passions qu'eux 800px-Comedie-Franaise.jpgn'ont pas le droit d'avoir - parce que les lois et les mœurs s'y opposent".  André Gide

                           Aurais-je l’outrecuidance des vieilles charrues ?
J’idolâtre le théâtre – mais, « ma bonne dame, le théâtre n’est plus ce qu’il était. » …
Endosserais-je la peau de mon cher « CYRANO de BERGERAC » (E. Rostand) pour rejouer l’Acte I : certes, le style Monfleury du XVIIème siècle était détestable, cependant, aujourd’hui, ne sommes-nous pas dans l’excès inverse ? Y a-t-il encore des acteurs, de la télévision en premier, bien sûr, et jusqu’à la Comédie Française qui articulent correctement ?
    Je suis, ici, sur le fil du rasoir ! Arborer les miasmes passéistes d’extrême droite en étant socialiste (façon Jaurès ou Léon Blum) et avancer des thèses opposées aux tendances théâtrales contemporaines, est-ce envisageable ? Pourtant, je ne dois pas être un cas unique : m’interroger sur mes facultés auditives lorsque je regarde la télévision ou que j’assiste à une pièce de théâtre ? !

    Cette fameuse et sublime langue française ne serait-elle pas mieux goûtée prononcée avec cet art de la tâche exécutée avec passion - comme « autrefois » au Théâtre Français ?
L’auteur a ciselé son mot comme un diamant précieux ; enjolivé, raffiné ses phrases et leurs liaisons, amoureusement. Pourquoi le soi-disant acteur s’autorise-t-il à les transformer en borborygmes ? Pourquoi les mots bousculent-ils à ne nous délivrer que clapotis ou râles ? ÉCOUTER, n’est-ce pas participer à un moment d’échange ineffable, tel un acte d’amour avec celui qui parle ?

    LE ROI EST NU ! Au diable ces farfadets ! ces metteurs en scène qui s’autoproclament « re-créateurs » à la place des génies ! On « revisite » Shakespeare, Racine ou Victor Hugo…  Et les soi-disant mises en pièces « innovantes modernes » des chefs-d’œuvres ne sont que poudre aux yeux de songes creux ronflants ! Préférant panurger pour avoir l’air « évolué » le public semble avoir perdu le droit de critiquer ! Comme à la télévision, il avale tout sans discernement ! Ou bien s’est-il laissé berné par la « pub ». Quel art oratoire ne déploie-t-on pas autour d’une nouvelle mise en scène pour suborner tout un chacun !
comedie-francaise-jean-luc-boutte-un-itineraire-livre-874933653_ML.jpgJ’ai vu, à Nanterre, je préfère oublier quand, un « Hamlet » (Shakespeare) - l’une de mes pièces d’élection d’une monstruosité innommable… Ils se sont mis à deux (M.M Caurier et Leiser) pour placer le pauvre Charles Berling ( inexistant) dans un fourbi obscène ! Le peintre Bacon et les expressionnistes ont exprimé l’état de la condition humaine à travers des tableaux que l’on pourrait qualifier de « glauques ». Mais leur puissance se mutait en beauté ! M.M Caurier et Leiser ont joué avec le faisandage, les affres du sordide, pour le plaisir – leur plaisir ! Comment imaginer le « Il y a quelque chose de pourri au royaume du Danemark » au premier degré de la LAIDEUR ? … La rage au cœur, je suis partie au premier changement de décor ! Depuis, je me méfie du théâtre « actuel » !
    Quand on a reçu le privilège de « faire ses humanités classiques » - même en une province égarée, appris à savourer le lyrisme du vers racinien ! apprécié Molière à la manière de Musset : « Cette mâle gaieté, si triste et si profonde que lorsqu’on vient d’en rire, on devrait en pleurer… » ; et Madame de Sévigné  … Tout un monde qui enchante notre intelligence et notre goût !
Quand on a eu la chance d’avoir, un peu, connu la Comédie Française à l’époque de Jacques Charron et Robert Hirsch. Et surtout celle de
Jean-Luc Boutté (qui lui a donné sa courte vie … ) !
    Qui n’a pas vu « Le Songe d’une Nuit d’été »  (Shakespeare) mis en tango par la grâce de Jorge Lavelliimages2.jpeg et la musique d’Astor Piazzola, avec toute la troupe de la Comédie Française, Jean-Luc Boutté en tête ne connaîtra jamais le nirvana du théâtre ! ! Un véritable conte de fées ! ! ! Jorge Lavelli sait aussi aborder les classiques français les plus austères : « POLYEUCTE » ! Louis Bercut, architecte scénographe avait installé un dispositif circulaire et clos aux immenses parois métalliques rouillées dont l’ouverture ou la fermeture exprimait l’intériorité des personnages. Une touche orientaliste pour les costumes et la présence incandescente de Claude Mathieu, Richard Fontana (décédé et trop oublié) Jean-Luc Boutté ont dépoussiéré l’antique pièce de Corneille complètement délaissée en un éblouissement immortel. Une critique de Télérama souhaitait qu’une telle splendeur puisse être sauvegardée par le filmage, mais qui s’en est soucié ? … l’audimat !
On avait confié à Jorge Lavelli la responsabilité d’ouvrir le « Théâtre de LA COLLINE » (XXème arrondissement) qu’il a assumé avec sa maestria habituelle : il monta un Lorca digne de Dali, à la fois baroque, surréaliste, magique …
        Enfin, pour parachever ce bonheur de spectateur, il faut avoir en tête cette scène extraordinaire entre Jean-Luc Boutté (le Capitaine) contrefaisant une démence qui galvanisait le plateau  et Catherine Samie (la nourrice) dans « Père » de Strindberg au moment où cette dernière lui passe la camisole de force  : « Je lui ai dit : « Donne-moi le serpent ou bien il va te mordre ! Alors il a laissé tomber le couteau. (Elle lui arrache le revolver des mains.) Et quand il ne voulait pas se laisser habiller, je devais m’y prendre doucement, lui mettre un bel habit pour qu’il ait l’air d’un prince…» Jean-Luc Boutté, un Prince mort pour le théâtre !


L’éphémère insigne subsiste dans la mémoire : moments d’extase enchantée qui illuminent une vie…
Anne-Flore Urielle


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