Texte à méditer :  
« Ce toit tranquille, où marchent les colombes,
Entre les pins palpite, entre les tombes ;
Midi le juste y compose de feux
La mer, la mer toujours recommencée !
O récompense après une pensée
Qu’un long regard sur le calme des dieux !
…Le vent se lève ! il faut tenter de vivre !... »
Paul VALERY  « Le cimetière marin »
  
 
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« Les choses sont nombres » Pythagore

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"APACHES ! "

De nos jours on se cristallise sur ce sentiment d’insécurité élucubré par les médias et les réseaux sociaux : oublie-t-on les Jacqueries provoquées par la Guerre de Cent Ans ou la description de La Bruyères des paysans aux temps des ors versaillais : « L’ont voit certains animaux farouches … »

En cette année du centenaire des « Les Misérables » de V. Hugo – dans le sillage des « Les Mystères de Paris », (Eugène Sue) qui raconte les bas-fonds parisiens, auxquels s’ajoutent  « Les Mémoires de Vidocq » (1828), figures de proue des « dommages collatéraux » lors du formidable essor économique au Second Empire et pendant la Troisième République.  Véritable panégyrique social élevé par le poète – « Ce voyant… car la poésie est l’étoile /Qui mène à Dieu rois et pasteurs ». Méditation infinie : « « Tant qu’il existera, par le fait des lois et des mœurs, une damnation sociale créant artificiellement, en pleine civilisation, des enfers… tant que les trois problèmes du siècle, la dégradation de l’homme par le prolétariat, la déchéance de la femme par la faim, l’atrophie de l'enfant par la nuit, ne seront pas résolus ; tant que, dans de certaines régions, l’asphyxie sociale sera possible… » 

LES APACHES Avec la Troisième République, malgré certaines 4042734_jpeg_preview_medium.jpgréformes, les expulsés du progrès, abandonnés à la rue, comme les héros de Hugo surnagent dans l’indifférence générale (comme de nos jours). Au contraire, les « bien pensants » les considèrent comme des fauves ! Et avec la liberté de la presse on vent du papier grâce aux « méfaits » de ces malheureux ! Il y a « L’œil de la police », « Détective » et surtout « Le Petit Journal » quotidien parisien, (1million d'exemplaires en 1890). Amène envers tous avec ses textes habiles : faits divers, feuilleton, horoscope etc.… il incarne le nouveau journalisme.

signoret.jpg    Pour qui ignore ce sens d’« apache » on évoquera le sublime « Casque d’or » (Jacques Becker1952). L’histoire vraie d’Amélie Élie, surnommée « Casque d’or ». Du coup de foudre à l'échafaud, une tragédie Belle Époque, l’amour fou et fatal entre Simone Signoret et Serge Reggiani – fabuleux !

   L'APACHE EST LA PLAIE DE PARIS  : « On évalue aujourd'hui à au moins 30 000 le nombre de rôdeurs — presque tous des jeunes gens de quinze à vingt ans — qui terrorisent la capitale. Et, en face de cette armée encouragée au mal par la faiblesse des lois répressives et l'indulgence inouïe des tribunaux, que voyons-nous ? ... 8 000 agents pour Paris, 800 pour la banlieue et un millier à peine d'inspecteurs en bourgeois pour les services dits de sûreté. Ces effectifs qui, depuis quinze ans n'ont guère été modifiés, sont absolument insuffisants pour une population dont l'ensemble — Paris et banlieue — atteint, le chiffre énorme de 4 millions d'habitants. »: « Le Petit Journal illustré » du 23 janvier 1910, indique les origines du terme : «C'est au commissariat de Belleville que, pour la première fois, ce terme fut appliqué à nos jeunes malandrins des faubourgs…. En attendant, les gredins subissaient un premier interrogatoire. Aux questions du secrétaire, le chef de la bande, une jeune « Terreur » de 18 ans, répondait avec un cynisme et une arrogance extraordinaires. les siens étaient en lutte ouverte… Il faisait de ses exploits une description si pittoresque, empreinte d'une satisfaction si sauvage, que le secrétaire du commissariat l'interrompit soudain et s'écria : PetitJournal.jpg

 - Mais ce sont là de vrais procédés d'Apaches. Apaches !... le mot plut au malandrin... Apaches ! Il avait lu dans son enfance les récits mouvementés de Mayne Reid, de Gustave Aimard et de Gabriel Ferry... Apaches !... oui l'audace acharnée des guerriers du Far West était assez comparables à celle que déployaient aux alentour du boulevard extérieur les jeunes scélérats qui composaient sa bande... Il ne manque plus que de la voir accueillie par le dictionnaire de l'Académie... »

Le coup du père François : vol à l'étranglement ou coup en traître, vielle recette de strangulation à l'aide d'un foulard ou d'une ceinture : on accoste la victime (renseignement, pour du feu, etc.), l'agresseur par-derrière passe une ceinture ou un foulard tenu dans ses mains, pivote sur lui-même en tirant la ceinture des deux mains sur une épaule, comme pour charger un gros sac sur le dos : pendant ce temps on déleste l’agressé qui se retrouve tout esbaudi, incapable non seulement de mettre la main sur les fuyards mais de les reconnaître (puisqu’il ne les a pas vus). Quant il n’y perd pas la vie !On va même jusqu’à réclamer l’extermination des Apaches  (comme les américains l’ont pratiquée pour s’emparer de leur territoire)

Du fait divers à la mode se crée une sorte culture typique chantée par Aristide Bruant au « Chat Noir ». Portraituré par Toulouse-Lautrec qui mourut d’alcoolisme à 30 ans mais charmé par cette liberté qui lui permettait de provoquer ses congénères nantis, « Badernes concupiscents engoncés dans leur habits ». C’était Montmartre où le sang de la commune n’avait pas encore séché : en bas on s’encanaillait auprès de ces « Apaches » redoutés mais attirants… Dans les guinguettes (« Le MOULIN de la GALETTE » de Renoir fera le tour du monde) coulait l’absinthe immortalisée par Degas. Atmosphère insoumise et bohème pour tous les grands noms de la peinture  à la «Taverne de la nouvelle Athènes » : le « BATEAU LAVOIR » où régnait Picasso : qui dira « Nous n’aurons jamais été aussi libres », les fauves etc. Mais où un Modigliani « mourra d’avoir trop bu et pas assez mangé » Roland Dorgelès.    

jaures-jean_1_-29544.jpgResterons-nous à ces scories de l’Histoire en pleine TROISIÈME RÉPUBLIQUE ? Or, ici, l’école laïque, la séparation des Églises et de l’État, le socialisme parlementaire d’où naît le syndicalisme ouvrier sont contrebalancés par ses scandales, en particulier par l’affaire Dreyfus, le scandale de Panama ou autres… En témoigne cette harangue de JEAN JAURÈS lors de la crise ANARCHISTE :« Est-ce que vous imaginez qu’il y a quelqu’un qui n’ait pas pu être touché, remué, bouleversé dans sa conscience, si isolé que vous le supposiez lorsque pendant 6 mois tout ce pays, toute cette Chambre ont été suspendus à l’affaire (Panama) que vous connaissez bien ; lorsque le pays a appris tout à coup que sur les centaines de millions qu’il avait versés plus des 2 tiers avaient été gaspillés de façon criminelle ; lorsqu’il a pu voir que cette corruption capitaliste et financière avait voisiné avec les pouvoirs publics, que le pouvoir et le Parlement causaient dans les coins et trinquaient ensemble ? Est-ce que vous croyez que cela n’est rien quand ils ont appris que les ministres allaient être traduits en cour d’assises, quand ils ont appris que les dénégations hautaines, portées à la tribune ou devant la commission d’enquête, allaient être suivies de révélations écrasantes et foudroyantes condamnations, lorsqu’il y a eu un moment où devant cette commission d’enquête, les uns comparaissaient la tête haute, les autres balbutiant, où pour le public que regardait, le Palais Bourbon et la cour d’assises semblaient de niveau, où les puissants passaient des grands salons éclairés du pouvoir dans les couloirs obscurs de la Justice et où, comme sur un disque tournant, les couleurs se confondent, le pays vit se mêler sur le disque la couleur parlementaire et la couleur judiciaire ? ».

 Qui oserait prétendre à l’inutilité d’enseigner l’HISTOIRE ?

Cécile Sorel


Catégorie : ARTICLES - HISTOIRE
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