Texte à méditer :  
« Ce toit tranquille, où marchent les colombes,
Entre les pins palpite, entre les tombes ;
Midi le juste y compose de feux
La mer, la mer toujours recommencée !
O récompense après une pensée
Qu’un long regard sur le calme des dieux !
…Le vent se lève ! il faut tenter de vivre !... »
Paul VALERY  « Le cimetière marin »
  
 
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« Les choses sont nombres » Pythagore

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LES « CHRONIQUEURS »


  parchemin.jpegNous avions survolé l’âpre impartialité indispensable à toute biographie – que dire des « Chroniqueurs » du Moyen Age ou de la Renaissance ! Ils content les évènements auxquels ils ont assisté, presque comme des légendes, insouciants d’une quelconque authenticité - loin de nos méthodes historiques !

  VILLEHARDOUIN (1150/1212) : La IV ème CROISADE et « La conquête decroisades.jpeg Constantinople ». Malgré sa volonté d’édification face à une entreprise qui s’était détournée de son but religieux vers un pillage flagrant, l’auteur atteste un art d’écrivain : il met en valeur la complexité de l’âme humaine, dans cet appât du gain tout en soulignant la situation tragique des Croisés. Fortuitement, on notera la spectaculaire représentation de Constantinople, peut-être plus fastueuse que l’expédition de Bonaparte en Égypte qui donna à rêver aux futurs orientalistes du XIXème siècle de Chateaubriand à Delacroix en passant par Champollion lui-même !
Ne nous attardons pas sur JEAN sire DE JOINVILLE en champagne (1224/1317) et sa « VIE DE SAINT LOUIS » qui tient plus de l’édification hagiographique (un sujet sera consacré à ces vies de saints) : au-delà de l’édification, sa foi candide ne manque pas de rapporter des « miracles »… Joinville a côtoyé Louis IX : Péguy admirait la justesse de sa pondération, son esprit curieux Sa franchise : il n’hésita pas à morigéner PHILIPPE LE BEL, petit-fils de Saint Louis… [ ce n’est qu’après 27 années d'enquêtes et dans l'espoir d'amadouer le roi de France que le pape Boniface VIII annonce la canonisation : 1297]
  Death_of_Wat_Tyler_Froissart.jpgFROISSART (1337/1400) Grand bourgeois voyageur : en Angleterre assistant Philippe de HAINAUT, il joue un rôle dans le fameux épisode des « Bourgeois de Calais ». Il sait nous émouvoir avec ces vaillants nantis qui se dévouent face à l’Anglais pour épargner une population catastrophée ! Ensuite ce fut la cour de Gaston Phœbus comte de Foix. Ses « Chroniques » couvrent les débuts de la Guerre de Cent Ans, certes avec plus ou moins d’objectivité, selon ses informations et, paraît-il, celui qui le rétribuait. Nonobstant cet avis, il tient à nous peindre des hauts faits chevaleresques, réverbération de la société féodale de son temps  et de la « Légende Dorée » - ceux de Du Guesclin par exemple. Prouesses stériles car peu de personnes étaient lettrées à l’époque, toutefois sans ces descriptions nous n’aurions aucune trace des débâcles réitérées des batailles Crécy et Poitiers.
  L’un des plus connus, PHILIPPE de COMMYNES (1445-1511) en prologue de ses « Mémoires », justifie ses intentions : « Écrire ce que j’ai su et connu des faits du roi Louis le Onzième ». En fait, une seconde partie présente également le règne de Charles VIII. Au fil des pages, au-delà du compte rendu, un je ne sais quoi de perception vivace y ajoutent des finesses méticuleuses faisant de Commynes le plus évolué : on décèle, ainsi, les ombres et les lumières dans la physionomie de Louis IX :« Entre tous ceux que j’ai jamais connu, le plus avisé pour se tirer d’un mauvais pas, en temps d’adversité, c’était le roi Louis XI, notre maître, et aussi le plus humble en paroles et en habits et l’être qui se donnait le plus de peine pour gagner un homme qui pouvait le servir ou qui pouvait lui nuire. Et il ne se dépitait pas d’être rebuté tout d’abord par un homme qu’il travaillait à gagner, mais il persévérait en lui promettant largement et en lui donnant, en effet, argent et dignités qu’il savait de nature à lui plaire ; et ceux qu’il avait chassé  et repoussé en temps de paix et de prospérité, il les rachetait fort cher quand il en avait besoin, et se servait d’eux sans leur tenir nulle rigueur du passé… »  
Avec Commynes, on passage du Moyen Age à la Renaissance.
 Mais aussi en ces temps de Guerres de Religions entre Catholiques et Protestants où on n’échappe pas  à la littérature engagée :
Blaise de Montesquiou, seigneur de Monluc, (1500-1577) : Serviteur de 5 rois (François Ier, Henri II, François II, Charles IX et Henri III) et maréchal. Il rédigea des « Commentaires » dédiés au duc d'Anjou (futur Henri III), en cas de décès de son frère Charles IX. Bréviaire du soldat et défense de ses propres combats contre les « Huguenots ». Riches en précisions réalistes et en conseils pratiques.
  agrippa_d_aubigne.jpgDans le camp huguenot justement,AGRIPPA d'AUBIGNE  (1552-1630), militant jusqu’au bout : écuyer d’HENRI de  NAVARRE (Henri IV), à la fois soldat et mystique [ à pointer :  lointain géniteur de Madame de Maintenon, convertie au   catholicisme et pure copie du « Tartuffe » de Molière ]
  La renommée d’Agrippa d'Aubigné dut attendre le Romantisme   pour être goûtée à travers ses outrances, son réalisme  intrépide jusqu’au cru, et une rhétorique quelquefois   rebutante. Pourtant des traits fulgurants, fresques puissantes ( à la Hugo !), tableaux dantesques : une poésie qui enserre à la fois l’homme, la nature, Dieu, les mystères de ce monde et de l’au-delà… bref un don baroque – déjà romantique dans l’aplomb de son originalité ! Son œuvre la plus connue : «     Les Tragiques ». Mouvement d’ensemble catégorique et grandiose : devant le scandale de la guerre civile (« de Religion »), le poète pousse un long cri d’horreur :
  « Je veux peindre la France une mère affligée,
  « Qui est entre ses bras de deux enfants chargée,
  « Le plus fort, orgueilleux, empoigne les deux bouts
  « Des tétins nourriciers… »
A la même époque circulent des galanteries : Pierre de Bourdeille, dit Brantôme, (1535-1614), abbé et soldat, une mauvaise blessure le porte à l’écriture. Particularité : l’amour des femmes de la cour, la reine Margot ou Catherine de Médicis devenant l'historiographe flatteur et leste de ces dames de la Renaissance.
Quant à SULLY, ministre d’Henri IV, ses chroniques sont plutôt des leçons d’économie, rédigés à la deuxième personne.
Ainsi, les Chroniqueurs relatent ce que leurs yeux ont vu sans grand embarras pour la recherche de la vérité ! Aucune distinction entre le primordial et le subsidiaire ; donc un sens critique presque inexistant.
Cependant, pour l’historien d’aujourd’hui, ils ont œuvré à la présentation des évènement tel qu’ils l’envisageaient : au-delà de l’attachement à tel prince ou à telle cause c’est une peinture inachevée mais vivante des siècles passés. Précieuse, certes, qui subsiste uniquement comme base à recouper avec d’autres archives – tel que le nécessite le travail du bon historien.


Narcisse Castel Jarnac


Catégorie : ARTICLES - HISTOIRE
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