Texte à méditer :  

Rêver un impossible rêve
Porter les chagrins des départs
Brûler d'une possible fièvre
Partir ou personne ne part
Aimer jusqu'à la déchirure
Aimer même trop même mal
Tenter sans force et sans armure
D'atteindre l'inaccessible étoile
Telle est ma quête
Suivre l'étoile ...

  
Jacques Brel
 
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  « Je relis Les Caractères, si claire est l’eau de ces bassins qu’il faut se pencher longtemps au-dessus pour en comprendre la profondeur » André Gide

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L’HISTOIRE, un métier 559px-Place_Marc-Bloch_Paris_20.jpg  

    Par la fascination exercée sur leurs contemporains ou la volonté de laisser une trace de leurs gestes, les grands personnages se sont toujours imposés à l’Histoire. La Révolution Française de 1789 s'avisa que « le peuple » avait également son mot à dire. Enfin, au XIXème siècle, Michelet, en particulier, inséra l’économie, le social, la morale même dans le récit historique – malgré un lyrisme trop subjectif pour un historien moderne.
A l’Université, l’Histoire, devient un métier austère avec ce modèle :
« APOLOGIE pour L’HISTOIRE ou Le MÉTIER d’HISTORIEN » du médiéviste Marc Bloch (1886-1944). [ il a fallut quelques années aux strasbourgeois pour accepter de donner son nom à l’une de leur université…]
Marc Bloch publia en 1924 un livre qui fit date :
"Les Rois thaumaturges ", innovant vis-à-vis des analogies et les contrastes. En 1931,"Les Caractères originaux de l'histoire rurale française", nouvelle création grâce à une interdisciplinarité (botanique, démographie, etc.) pour mieux étudier les améliorations agraires de l'Occident Médiéval et Moderne. Après l’invasion nazie, le gouvernement de Vichy chasse Marc Bloch de la fonction publique - parce que juif (octobre 1940) ; puis, la clandestinité en 1942 et la Résistance en 1943, dont il devient un des chefs pour la région lyonnaise au sein des "Francs-Tireurs"… Marc Bloch, arrêté à Lyon le 8 mars 1944 par la Gestapo, torturé fut fusillé. Et c’est, précisément en prison qu’il a terminé son livre "Le métier d’historien", bible des nouveaux historiens. Dédié à Lucien Febvre, s’ajoute une introduction touchante : " - "Papa explique-moi donc à quoi sert l’histoire.". Ainsi un jeune garçon qui me touche de prés interrogeait, il y a peu d’années un père historien : je n’imagine pas, pour un écrivain, plus belle louange que de savoir parler du même ton aux doctes et aux écoliers… "
Devant l’impossibilité de résumer en quelques lignes  la densité de cet opus, (pourtant court), on en piquera peut-être une des idées profondes :
« Un effort vers le mieux connaître ». On n’a jamais fini de cerner, avec certitude et intégrité, ce passé par essence insaisissable dans sa globalité comme dans ses détails. Malhabile on ressortira les 4 chapitres en panorama :
1 - « L’histoire les hommes et le temps »
2 - « L’observation historique » : témoignages et leur transmission
3 -  « La critique » : esquisse de la méthode 
4 -  « L’analyse historique » : juger et comprendre
Certes, le métier d’historien évolue sans cesse, aiguillonné par l’ouverture d’archives, de découvertes archéologiques, par exemple et maintenant d’outils sophistiqués.

524px-Holy_Roman_Empire_crown_cutout.pngL’odyssée des « ANNALES » : en 1929, avec le « groupe strasbourgeois », dont Lucien Febvre, Marc Bloch met en route d’autres sciences sociales (sociologie, géographie etc.) Rappelons : entre les deux Guerres Mondiales Strasbourg redevenue française ! Ainsi l'Histoire rejoint non seulement l’économie mais aussi l’ethnologie, la psychologie et après 1945, la psychanalyse ! Jusqu’à la culture aux dépends de l'histoire politique traditionnelle :
_"Tout est source" disait Lucien FEBVRE :
Quelques grands noms : Fernand BRAUDEL, Robert MANDROU, Pierre GOUBERT, Marc FERRO, Jacques LE GOFF, Emmanuel LE ROY LADURIE, Jacques REVEL, André BURGUIERE, François FURET ...Jacques Le Goff (dans sa préface à une nouvelle parution de « l'Apologie »), remarque que Marc Bloch prolonge un "premier principe" non "épistémologique", mais "éthique". Pour lui, l'historien doit justifier son activité dans une société démocratique. La réalité historique est architecturée par l'historien : l'histoire récit au détriment de l'histoire science, l'évènement contre la longue durée, etc. ? Certains philosophes, Raymond Aron ou Michel Foucault critiquèrent ces prétentions scientifiques …Quant à la politique, l'historien risque de tomber dans la "manie du jugement" que déplorait Marc Bloch. La familiarité avec les archives et la mise en œuvre scrupuleuse de la "méthode historique" ne suffisent pas à définir la spécificité. Aujourd’hui historien et journalistes sont menacés de compétition (cf. le procès Papon). L'historien s'efforce d'expliquer les agissements des acteurs des mondes passés, le journaliste enquête pour débusquer le mensonge.
Certes, il y a une sorte de "crise de l'histoire" dans la nébuleuse des sciences sociales, l'émiettement de ses centres d'intérêt, la place envahissante des philosophes ou des écrivains qui se présentent "historiens". C'est pourquoi, Marc Bloch au lieu de centrer sa réflexion sur "l'objet" de l'histoire, épluchait le "métier d'historien". L’appartenance à une même "humanité" permet à l'historien, à la fois, d’appréhender les hommes d'autrefois et de communiquer avec les hommes d'aujourd'hui.

Je n’imagine pas, pour un écrivain, plus belle louange que de savoir parler du même ton aux doctes et aux écoliers…" s’applique joliment à Georges Duby (1919-96) dont j’ai eu la chance d’être l’élève à Aix en Provenceimg-1.jpg où il détenait la chaire d’histoire du Moyen Age. Côté romantique - quand on a 20 ans ! - ces cours sur l’Empire Carolingien (« Charlemagne partant en guerre avec ses petits copains ») comme s’il s’agissait d’un exploit sportif…   égrené sur un diapason monocorde et doux, l’azur astral des prunelles rivées au plafond… au-dessus de cerveaux plus ou moins réceptifs… la Paléographie en petit comité et la délectable excursion à l’abbaye du Thoronet…Côté sérieux, le prodige : un savant qui possède le don de rendre délicieux et accessible, d'un coup de baguette magique, son savoir ! En 1962, nous avions à étudier l’ouvrage de référence : « L’économie rurale et la vie des campagnes dans l’occident médiéval »  (France, Angleterre, Empire, IX-XVème siècles, Essai de synthèse et perspectives de recherches). Georges Duby reconnaît qu’à la faveur de Marc Bloc, et l’esprit des « Annales », « …un intérêt fort vif se porta aussitôt vers l’histoire agraire et qui n’a pas faiblit … ». Car, sa première phrase est : "De toutes les civilisations du monde, aucune peut-être n'apparaît plus foncièrement rustique que ne le fut, en réalité, la civilisation médiévale… ". Arrêtons-nous sur l’un des autres livres de Georges Duby : "Le dimanche de Bouvines" (1973).Son "Avant-Propos" nous explique tout. "En 1968, dans la collection "Trente journées qui ont fait la France", le 27 juillet 1214. Ce dimanche-là, dans la plaine de Bouvines, le roi de France Philippe Auguste s'attaqua à la coalition de l'empereur Otton, du comte de Flandre Ferrand et du comte de Boulogne Renaud ; il était, grâce à Dieu, resté le soir maître du champ. L'empereur avait détalé ; les deux comtes rebelles étaient pris. Victoire, comme on l'a rabâché, fondatrice : assises de la monarchie française. Retentissant. Mes amis, des historiens qui, comme moi, s'affirmaient les disciples de Marc Bloch et de Lucien Febvre, s'en étonnèrent, rejetant sur les marges "l'événement ". C’était pour moi, comme pour mes confrères et élèves, l’occurrence : sortir de l'atelier… J’avoue avoir pris goût à cette liberté : publier mes réflexions, résultat de mes recherches sans être astreint à faire étalage de mes références en notes érudites au bas des pages ; m'abandonner à la satisfaction d'écrire à ma guise. Moyen de parvenir jusqu'aux soubassements obscurs se déplacent lentement au cours des âges. Bien sûr je pense comme Fernand Braudel que « le simple "fait divers", peut être l'indicateur d'une réalité longue…Parce que son irruption suscite un torrent de discours, l'évènement « sensationnel » prend une inestimable valeur. Brusquement, il éclaire des traces qui seraient demeurées dans les ténèbres. Or, de Bouvines, on commença le soir même de parler abondamment. Depuis cinquante ans déjà, des chercheurs sagaces, rompus aux méthodes d'investigation les plus fines, avaient démêlé le nœud d'intrigues qui fut tranché le 27 juillet 1214 et ses répercussions politiques. Ce travail antérieur me soulageait ; je pouvais sans scrupule renvoyer le lecteur à ces analyses excellentes. Le matériau était là. Je le repris. Enfin, je tâchai de voir comment un évènement se fait et se défait, puisque, en fin de compte, il n'existe que par ce qu'on en dit, puisqu'il est plus ou moins fabriqué par ceux qui en répandent la renommée; j'ébauchai donc l'histoire du souvenir de Bouvines, de sa déformation progressive par le jeu, rarement innocent, de la mémoire et de l'oubli"

Anne-Flore Urielle


Catégorie : ARTICLES - HISTOIRE
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