Texte à méditer :  

Rêver un impossible rêve
Porter les chagrins des départs
Brûler d'une possible fièvre
Partir ou personne ne part
Aimer jusqu'à la déchirure
Aimer même trop même mal
Tenter sans force et sans armure
D'atteindre l'inaccessible étoile
Telle est ma quête
Suivre l'étoile ...

  
Jacques Brel
 
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  « Je relis Les Caractères, si claire est l’eau de ces bassins qu’il faut se pencher longtemps au-dessus pour en comprendre la profondeur » André Gide

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                « Impérialisme cinématographique » américain ?
       Quand on va au cinéma – si on en a les moyens – que cherche-t-on ? exclusivement l’évasion ?
Le film de Bertrand Tavernier « La Princesse de Montpensier » symboliserait-il une sorte d’antagonisme entre la « vieille Europe » et « les nouvelles frontières » hollywoodiennes ? L’esthétisme face à la distraction plus ou moins maçonnée par les « effets spéciaux » à la recherche de bénéfices financiers… Bien trop primaire ! Nombre de cinéastes français de « la nouvelle vague» avouèrent leur émerveillement lorsqu’ils virent, à partir de 1945, la généalogie magnifique et glorieuse du cinéma américain.
A commencer par François Truffaut qui affirmait dans « La Nuit Américaine » :
- « … Les films sont plus harmonieux que la vie, Alphonse. Il n’y a pas d’embouteillage dans les films, il n’y a pas de temps morts. Les films avancent comme des trains, tu comprends, comme des trains dans la nuit… ».

LE WESTERN - genre, par excellence, nord-américain et John Ford (1894-1973) : seul à recevoir quatre fois l'Oscar du meilleur réalisateur, célèbre pour « La Prisonnière du désert » (1956), « La Charge héroïque » (1949) avec John Wayne ou « La Poursuite infernale », (1946). Dualisme manichéiste, fondamental du mélodrame pour tous les romans et cinémas mondiaux… Mais dès 1930 les films américains s'intéressaient aussi aux problèmes sociaux (la crise de 1929 et le « New Deal » du président Roosevelt) : John Ford adapta « Les Raisins de la colère », (1940) de John Steinbeck ; et, passionné par Lincoln avait donné « Vers sa destinée » avec Henry Fonda et « Je n’ai pas tué Lincoln ». [Notons, à l'encontre d’une légende immodérée, que John Ford - « l’Homme tranquille » (1956) – soutint l’I.R.A, les Républicains Espagnols, la lutte anti- nazie et s’engagea dans la Seconde guerre Mondiale…]
    Deux exemples hors normes : Fred Zinnemann, (né en 1907 à Vienne, Autriche et mort en 1997 à Londres) présenta un superbe western, « Le train sifflera trois fois » (1952), avec Gary Cooper et Grace Kelly, qui réussit le tour de force de respecter la règle des trois unités du théâtre au XVIIème siècle ! Et John Sturges en 1960, changea également les règles du western, avec « Les Sept Mercenaires », transposé d'Akira Kurosawa (1954) « Les sept samouraïs ». Ses "dégaines" comme Charles Bronson ou James Coburn et ses stars : Yul Brynner et Steve McQueen … il récupérera ce dernier dans une autre réussite internationale : « La Grande Evasion » (1963).

Ainsi, grâce au fameux « melting-pot » des États-Unis triomphera le britannique – qui le restera - Charlie Chaplin, 1889-1977, Sir Charles Spencer Chaplin, Jr. Son personnage « Charlot », pour les francophones, « The Tramp » (le vagabond) : un « SDF » aux manières raffinées d'un gentleman, astucieux, contestataire et romantique. Fut-il inspiré par le burlesque français Max Linder ? Après le poétique « Les lumières  de la ville » (1931), l’un des plus parfait : « Les Temps Modernes » (1936) la date n’est sans doute pas un hasard… et la dénonciation du fascisme : « Le Dictateur » (1940) ! (avant ses déboires avec les « ligues de vertu » et le maccarthysme…
Que serait, donc, l’histoire du cinéma américain sans ce creuset dans lequel se sont mêlés moult nationalités, alluvion de ceux qui fuyaient le nazisme !

                Otto Ludwig Preminger : né en 1906 dans l’Empire d'Autriche-Hongrie –mort en1986 aux USA. 1945 : « LAURA », policier «208_2766.jpg psychologique », Gene Tierney radieuse ! La drogue dans « L'Homme au bras d'or ». Un procès "sexuel" dans « Autopsie d'un meurtre » avec James Stewart et Ben Gazzara. La création de l'État d'Israël dans « Exodus ». « Tempête à Washington »…
           Frank Capra, Né en 1897 en Sicile, mort en 1991 en Californie : 1934 « New York - Miami », d’après la nouvelle de Samuel Hopkins Adams, avec Clark Gable et Claudette Colbert… comédie loufoque, genre à succès qui intègre le marivaudage français aux rythmes trépidants USA … affabulations toujours en deux temps : d’abord une exposition dramatique, puis le dénouement en éclat de rire euphorique. 1936 « L'Extravagant Mr. Deeds » avec Gary Cooper, 1939 « Monsieur Smith au Sénat » avec James Stewart et Jean Arthur (Oscar en 1940). 1941 : « L'Homme de la rue » : le clochard Gary Cooper saisi par des politiciens fascistes qu’ils tentent de manipuler. 1946 « La vie est belle » avec James Stewart.
          Ernst Lubitsch. né en 1892 à Berlin, mort en 1947 aux États-Unis : la même année il reçut un Oscar d'honneur car il n’en avait jamais obtenu. Apprécié en France et inversement : de 1930 « Love Parade » à 1939 « Ninotchka » (Greta Garbo) la quasi-totalité de ses films s’y passent et l'on s’exprime en français chez Lubitsch (dans « Le ciel peut attendre », et dans « Sérénade à trois », une scène entière. En 1942, l’incontournable  « To be or not to be » (entre « Le Dictateur » et « Les  bourreaux meurent aussi » de Fritz Lang). La « Lubitsch touch » brocarde la sanglante tyrannie nazie en Europe : gageure qui combine un authentique esprit de résistance avec les ressorts classiques du vaudeville…
De Résistance il en est encore question dans « Casablanca » recensé en deuxième position des 100 meilleurs films du cinéma américain – après « Citizen Kane ». Son auteur, Michael Curtiz (1888-1962), d’origine hongroise… Ici, l’allégorie d’Humphrey Bogart et Ingrid Bergman, l’expérience du réalisateur, l’astucieux agencement de la romance et de l’espionnage ; jusqu’à la musique viennoise de Max Steiner, éloignent
Cooper.jpgle cliché !
           William Wyler (né en 1902 à Mulhouse, mort en 1981 à Los Angeles, son péplum,  « Ben-Hur », reçut onze Oscars. André Bazin, perçoit un « style Wyler », dans les plans séquences qui diluent la progression dramatique comme un révélateur de la psychologie des personnages : Olivia de Havilland « L'Héritière » d'après Henry James, (1949), Audrey Hepburn « Vacances romaines », (1953), ou encore Barbara Streisand « Funny Girl », (1968).
             Billy Wilder, d'origine polonaise ! (1906-2002 Beverly Hills). « Boulevard du crépuscule » (Oscar du meilleur scénario original 1950). : introduction du cynisme ! A côté, des comédies : Marilyn Monroe dans « Sept Ans de réflexion » (1955) et dans  le délectable « Certains l'aiment chaud » (1959) avec Jack Lemmon et Tony Curtis.
             King Vidor, lui est américain d’origine texane (1894-1982). Homérique et exubérant, il aiguillonnera de David Lean à Michael Cimino,
d’Orson Welles à Martin Scorsese. « Guerre et Paix » ; « Le Rebelle » (1949). Composition brasillante, (d’après le roman à succès d'Ayn Rand) : affrontement entre un architecte révolutionnaire traîné en justice qui revendique que ses édifices ne soient pas soumis à l’archétype de la société…
     Enfin, l’excellence typiquement américaine : la comédie musicale, manifestement passé de mode. « Un américain à Paris » (1951) de Vincente Minelli (musique Georges Gershwin). 1952 « Chantons sous la pluie » de Stanley Donen. 1964 « My Fair Lady » de George Cukor avec Audrey Hepburn etc.… 

            Quelqu’un est à la croisée des cinémas français et américain : le « maître du suspens » : sir Alfred HITCHCOCK, né dans la banlieue londonienne en 1899 – mort en  1980 à Los Angeles.
Jean Douchet, critique, dans les années 1950-1960, aux
« Cahiers du cinéma », où il rencontra les futurs protagonistes de « la Nouvelle Vague », Rohmer, Godard, Chabrol, Truffaut... étudia Hitchcock de près. Les Cahiers, à l'initiative notamment de Claude Chabrol et François Truffaut, contre une certaine réticence de la part du rédacteur en chef André Bazin, publièrent un numéro spécial. Ces entretiens soulignent l'autorité artistique du réalisateur dans le processus de fabrication d'un film. Jean Douchet analyse dans le célèbre suspense « la dilatation d'un présent pris entre les deux possibilités contraires d'un futur imminent ». Selon lui, « l'anxiété naît de ce que acteurs ou spectateurs sont partagés, déchirés entre l'espérance d'un salut et la crainte de l'irrémédiable, entre la vie et la mort. Elle est donc fonction de la durée du conflit, de sa dilatation. Elle aiguise notre perception du temps. »
Conclusion du livre sur Hitchcock d'Éric Rohmer et Claude Chabrol, 1957 :
« … l'un des plus grands inventeurs de formes de toute l'histoire du cinéma. Seuls peut-être,
Audrey-Hepburn-002.jpg Murnau et Eisenstein peuvent, sur ce chapitre soutenir la comparaison avec lui... À partir de cette forme, en fonction de sa rigueur même, tout un univers moral s'est élaboré. La forme, ici, n'enjolive pas le contenu, elle le crée. Tout Hitchcock tient en cette formule. »
En 1966, François Truffaut publie « Le Cinéma selon Hitchcock », aboutissement de prolixes dialogues plus ou moins bricolés (problème de langue). Certains admirateurs envisageront même la publication comme l’un des fleurons des études sur septième art ! (La première rencontre avec Hitchcock se déroula en 1954, sur le tournage de « La Main au collet ».
Hitchcock, lui, admettra l'impact du cinéma muet allemand expressionniste : Murnau et Fritz Lang. parmi les œuvres qui l'auront imprégné…
Le « suspense » se différencie de la stupéfaction ou de la commotion, spécificité du cinéma d'horreur ou d'épouvante. Chez Hitchcock, il naît de la dissonance entre ce que le spectateur a pénétré et ce que le personnage observe sans critère sûr. Et la musique martèle son expectative curieuse et inquiète doublée par les ricochets de lumières et ombres… Dans le cinéma d'horreur, l’explosion vient d’une chose ou un personnage monstrueux ou effroyable que ni le « héros » ni le spectateur n’imaginaient. Loin de là, à travers le « suspense » hitchcockien, l'effroi s’accroît petit à petit, lorsque l’abîme, invisible pour le comédien, se précise : que va-t-il se passer au moment où l’homme ou la femme auquel on s’assimile décèlera le péril ? La plupart des thrillers d'Hitchcock sont basés sur cette dépendance. Ainsi, dans « Fenêtre sur cour » (1954), seul le spectateur repère le voisin d'en face pendant que Jeffries dort. De même, quand le détective Arbogast monte l’escalier de la maison de Norman Bates dans « Psychose » (1960), la porte s'entrouvre et le public peut anticiper l’assassinat. Pour « Sueurs froides » (1958), on est averti sur l’état civil de Judy par un flash-back et la machination contre Scottie au début de la seconde partie du film D’où les questions sur les aléas de l’aventure…

Pourrait-on comparer – sinon opposer Steven Spielberg à Hitchcock ?
Steven Spielberg qui monta le premier « Blockbuster » pour « Les dents de la mer » ["Blockbuster"  (en anglais :« qui fait exploser le quartier ») jargon théâtral américain pour une pièce à succès. Probablement d’origine militaire : blockbuster étant le nom de la plus puissante bombe utilisée par l'armée anglaise et américaine durant la Seconde Guerre mondiale. ]
Beaucoup partagent la  filmographie de Steven Spielberg en deux parties. La première de divertissement qui accroche les affabulations funambulesques plus ou moins infantiles assorties d’une violence prosaïque commerciale : « Les Dents de la mer » (1975), « E.T. l'extra-terrestre » (1982), « Jurassic Park » (1993) … « La Guerre des Mondes » (2005). La seconde concerne des chapitres plus réfléchis, en particulier la Seconde Guerre mondiale : « Empire du soleil »(1975), « La Liste de Schindler » (1993), « Il faut sauver le soldat Ryan » (1998), ; l'esclavage : « La Couleur pourpre » (1985), « Amistad » (1997) et plus récemment, sous un angle partisan, le conflit israélo-palestinien « Munich », (2006).
Spielberg est-il la rançon du mercantilisme hollywoodien ? L’artiste, professionnel prodige effaçant le créateur, dépassé par le délassement futile et le « business » ? A la « récréation » il aurait ajouté une cruauté frénétique pour amasser la foule. Et lorsque Spielberg attaque un terrain grave : Schindler tient davantage de Chuck Tatum, archétype hollywoodien du personnage beau parleur qui s'adapte et profite d'un système [« Le Gouffre aux chimères » de Billy Wilder], que du nazi fanatique. Ce décalage de « La Liste de Schindler » fit débat en France. Restent les canevas sur le terrorisme, le clonage, les dérives sécuritaires américaines, l’esclavage, le racisme, la guerre : une conception de l’univers plus pertinente, et moins manichéenne…

Ainsi la dimension internationale fait depuis toujours partie intégrante de l’industrie cinématographique – partout dans le monde –  mais essentiellement aux U.S.A. Méthode fructueuse : d’un côté la mise de fonds pour l’élaboration d’un film est parfois exorbitante ; de l’autre les duplications peu onéreuses. Donc, il faut un maximum de copies pour rentabiliser l’investissement. Les marchés étrangers furent toujours dans l’optique des firmes hollywoodiennes. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, la débauche de, soi-disant libre-échange, est telle que les autres pays subi rent cette omniprésence. Et aux États-Unis l’industrie cinématographique a un équilibre commercial positif… sans compter la télévision !

Anne-Flore Urielle


Catégorie : - CINEMA
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