Texte à méditer :  

Rêver un impossible rêve
Porter les chagrins des départs
Brûler d'une possible fièvre
Partir ou personne ne part
Aimer jusqu'à la déchirure
Aimer même trop même mal
Tenter sans force et sans armure
D'atteindre l'inaccessible étoile
Telle est ma quête
Suivre l'étoile ...

  
Jacques Brel
 
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  « Le vrai travail c'est quand je cherche avec l'air de ne rien faire...chercher une idée et espérer qu'elle vienne, ça oui c'est du travaii !" René Gosscinny

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 475px-Modigliani_Amedeo_1884-1920_-_Ritratto_di_Jean_Cocteau_1889-1963_-_1916.jpg
Cocteau par Modiglian                                    « Impérialisme" cinématographique américain ?
 
                                     chapitre
2 France années 30
« A revoir aujourd’hui l’Insoumise de William Wyler, la chevauchée fantastique de John Ford ou Le jour se lève de Marcel Carné, on éprouve le sentiment d’un parfait équilibre, d’une forme d’expression idéale : la plénitude d’un art classique » Hervé Bazin
. En 1930, pile, des aristocrates, les de Noailles, subventionnent judicieusement « Le sang d’un poète » de Jean Cocteau, « L’âge d’or » de Bunuel et « Le mystère du château du Dé » de Man Ray…

Jean Cocteau, touche à tout de génie, savoura le cinématographe, « ce rêve dormi debout » qui harponnait ses phantasmes. Dans un entretien avec Roger1303197963.jpg Stéphane  : « Mais ce qui fait que ce film est peut-être remarquable, ce sont les fautes. C’est par les fautes que nous sommes le plus vrais ; seulement il faut assez de poigne pour que ces fautes prennent force de dogme et cessent d’être des fautes. Dans « Le Sang d’un Poète », comme je ne savais rien, je faisais des fautes qui donnaient du relief… ». Par contre, en 1946,  dans « La Belle et la Bête » la musique d'Auric brisait le clinquant. Tourné en pleine nature il rend vraisemblable la maison de la Belle et le château de la Bête. Une morale apprivoisée par toutes sortes des sortilèges : on entre dans un monde magnétique qui se rie du songe et du réel à la fois ! En 1950 « Orphée », synchronisé dans la modernité…mais « Les miroirs sont les portes par lesquelles entre La Mort. Regardez-vous toute votre vie dans un miroir et vous verrez la mort travailler sur vous ». « La mort d'un poète" doit savoir se sacrifier pour le rendre immortel ». La Mort, c’est l’extraordinaire Maria Casarès. Les légendes s’entrelacent dit Cocteau aux « Cahiers du cinéma ». D’ailleurs, c’est François Truffaut qui financera « Le Testament d’Orphée » en 1960. « Ce film est beau parce que c'est le film d'un homme qui sait qu'il va mourir et qui ne parvient pas, quelque désir qu'il en ait, à prendre la mort au sérieux. » (Les Cahiers du Cinéma). Film terriblement fantastique auquel nombre d’acteurs internationaux prêteront leur concours…
Marcel Pagnol suivra le chemin de Cocteau qui avait transposé ses pièces au cinéma. « Marius » (1931) et ses suites nous plonge en « plein pastis sentimental ». Peu soucieux de photographie (héritage du muet), Pagnol parie sur la royauté des mots… Et ses films feront le tour du monde dans leur version originale !
Cependant, la Première Guerre mondiale occupera une place primordiale, en particulier avec
: « Les Croix de bois » adapté de Roland Dorgelès et réalisé par Raymond Bernard (1932). On y retrouve de grands acteurs : Pierre Blanchard, Antonin Artaud, Charles Vanel…
 
PierreRichard-Willm.jpg1934 « Le Grand Jeu » de Jacques Feyder avec l’épouse de ce dernier, Françoise Rosay, Charles Vanel, Marie Bell (de la Comédie Française), Georges Pitoëff et Pierre Richard-Willm qui, dans son livre de souvenir, « Loin des étoiles » notera sur son metteur en scène : « … tout en intelligence et sang-froid, « despote éclairé », sachant et voulant tenir compte de ses interprètes – et même de leur point de vue dans le but du meilleur rendement… ». « Le Grand Jeu » dont Pirandello influa le thème, réverbère une certaine société du Paris des « années 30 » et surtout cette atmosphère coloniale de la Légion Étrangère. Autre grand succès de Jacques Feyder : « La Kermesse Héroïque », reconstitution à la fois poétique et vaudevillesque des Flandres occupées par l’Espagne dans laquelle interviennent des décorateurs connus : Alexandre Trauner et Georges  Walkevicch.
1934 : « Zouzou » : centré sur la vedette de l'époque, Joséphine Baker. dont l’argument motive ses apparitions chantées. Souvent, les films offraient au music-hall quelque intermède… Jean Gabin, lui-même, qui y fit ses débuts, l’accompagne et Georges Van Parys ne dédaigne de jouer un pianiste !
  1936 l’un des premiers film de Marcel Carné sous forme de mélo social : « Jenny », mais Jacques  Prévert est déjà là ainsi que Françoise Rosay, Albert Préjean, Jean-Louis Barrault, Mouloudji et Joseph Kosma qui joue de l’harmonium…
  1936 « Le roman d’un tricheur » de Sacha Guitry : avènement du « Maître » : comme au théâtre, il crée des personnages, une situation un rythme…en l’occurrence une voix off - la sienne bien entendu ! décrié mais réhabilité par François Truffaut ce cinéma fantaisiste, voisin de Lubitsch. avalé tel une coupe de champagne, libertinage fringant dont on oublie les scories.

1937 « La grande illusion » de Jean Renoir : éloge remarquable du président Roosevelt : « Tous les démocrates du monde devraient voir ce film ». Le fils du prince de l’impressionnisme et0c8be2b8b7ddfd51a1735321d4a84bc6.jpg son scénariste, Charles Spaak – « de la classe 14 » - font vibrer l’égalité et la fraternité dans un camp de prisonniers ! « même en temps de guerre les adversaires peuvent rester des hommes ». Ainsi soulignent-ils la réalité de la Grande Guerre pendant laquelle les terribles combats brisèrent toutes les hiérarchies. Un film dont l’aspiration à la paix aurait du secouer les consciences ! Jean Renoir est fort soutenu par une interprétation tellement juste : Jean Gabin, Pierre Fresnay,  Dalio (quelle intuition !) Carette – pour la note comique et… l’extraordinaire Éric von Stroheim ! Autre prémonition de Jean Renoir en 1939 « La Règle du Jeu », farce tragique, qui décrit avec la finesse d’un Beaumarchais la société française à la veille de la guerre : « …On est à une époque où tout le monde ment : les prospectus des pharmaciens, les gouvernements, la radio, le cinéma, les journaux. Alors pourquoi veux-tu que nous autres, les simples particuliers, on ne mente pas aussi ? » – caste qui a vertement excommunié le miroir tendu !De sorte qu’après toutes les mutilations, interdictions ou infortunes, « La Règle du Jeu » se dévoile en « film culte ». Il y a tant à inventorier que de multiples exégèses sont lancées autant en France qu’à l’étranger.
1937 « Pépé le Moko » de Julien Duvivier : qui a d'ores et déjà fait ses preuves : « Poil de carotte », « La Bandera », « La Belle équipe » (reflet du Front Populaire) ; et plus tard : « Panique », « Voici venu le temps des assassins » et.c. « Pépé le Moko est l’installation, dans le cinéma français d’avant-guerre, du romantisme des êtres en marges,  la mythologie de l’échec. C’est la poésie populiste à fleur de peau : mauvais garçons, filles de joie, alcool, cafard, fleur bleue » J. Siclier. Jean Gabin impose une force qui ne se démentira pas – mis en valeur par les seconds rôle comme l’inimitable Saturnin Fabre ou Damia  dont la chanson enracine la mélancolie et l’on devient claustrophobe dans cette Casbah. En face, une séductrice, qui balade ses bijoux, prisonnière d’un riche entreteneur. Au-delà de cette trame on dépistera une réflexion fructueuse sur les détails de « la vie des indigènes dans les colonies ». Sorte de « Casablanca » noir…

grande_illusion2.jpg1938 « l’Entraîneuse » d’Albert Valentin. Une série B : Michèle Morgan, aux cheveux bruns et mal à l’aise dans ce rôle, en vedette et François Perier en débutant, évoquent de façon affûtée la hiérarchisation d’un corps social dont on se demande s’il est cloisonné ou sclérosé.
1938  « Hôtel du Nord » Carné(et H. Jeanson d’après le roman d’E. Dabit). Ici, le petit monde du Canal Saint Martin (en studio) se débrouille avec les papillons noirs de la fortune. Arletty  « atmosphère ! »et Louis Jouvet volent la vedette à Annabella  et J. P Aumont – plus, entre autres, B. Blier et F. Perier. La gouaille interlope contre le lyrisme ? 
  1938 « Le Quai des Brumes » de Marcel Carné (adaptation par Prévert du roman de P. Mac Orlan) :  le couple Gabin-Mongan : « T’as de beaux yeux, tu
quai_des_brumes-00a17.jpg sais… ».(malheureusement le B/N nous cache leurs beaux yeux bleus !). Mais aussi Michel Simon Pierre Brasseur Robert Le Vigan. [ Prix Louis-Delluc 1938, Grand Prix national du cinéma français 1939 ;Prix Méliès, ex-aequo avec La Bête humaine, décerné par l’Académie du film ; Lion d’Or à la VIe Mostra de Venise (1938) ;meilleur film étranger pour 1939 aux États-Unis et à Cuba. Interdit aux moins de seize ans à sa sortie, le film l’est totalement sous l’Occupation par la censure française.] « Cinéma d’aujourd’hui » 1965 (Robert Chazal) : « Quai des Brumes a, à ce point, marqué le cinéma français que lorsque Godard sortit À bout de souffle, vingt et un ans après, on trouva des points communs entre Gabin le déserteur et Belmondo l’assassin fugitif, entre les deux films aussi. Il en sera de même pour L’Insoumis, où Delon sera comparé à Gabin. Et il en sera probablement encore de même chaque fois qu’apparaîtront à l’écran des personnages qui, à un moment ou à un autre, sont coupés de leurs racines et tentent d’échapper à leur passé en s’enfermant dans un amour hors de toute mesure… ».Les Cahiers De La Cinémathèque, hiver 1972 (Raymond Borde)On ne peut plus « sentir » Quai des Brumes comme nous l’avons senti à l’époque. Même avec un énorme effort d’imagination, on ne revit pas le « frisson nouveau » qu’apportaient les ciels bas à la Vlaminck, les pavés gras du Havre et l’amour fou déserteur… ». Dictionnaire des films, Éd. du Seuil 1975 (Georges Sadoul) « Le film se trouva si bien exprimer (inconsciemment) l’inquiétude des Français devant la fatale venue d’une guerre terrible qu’en 1940 divers porte-parole de Vichy proclamèrent : « Si nous avons perdu la guerre, c’est par la faute au Quai des Brumes…».
1939 « Le jour se lève » de Marcel Carné (et Prévert)  :
un prolétaire traqué remâche sa malédiction dans un huis clos sartrien. Sémaphore du « réalisme poétique » avec un Gabin en retrait et Jules Berry excessif : une prostration flottait, autour des amusements de cette avant-guerre.
1943 En pleine occupation et la même année d’un coté la transposition de Tristan et Iseut par Cocteau sous la houlette de Jean Delannoy « L’éternel retour » avec J. Marais et Madeleine Sologne…

  corbeau-1.jpg« LE CORBEAU » d’Henri-Georges Clouzot : fresque féroce d’une petite ville de province (fait divers réel) dont les habitants ressemblent à des cafards se dévorant les uns les autres…Virtuosité de la mise en scène et sa pléiade d’acteurs. Chaque personnage est le siège de conflits, de remords, de désirs inavoués, mais aussi de pureté, et de courage. Le Corbeau consacre la naissance d'un grand cinéaste français – inconfortable ! Le bureau de presse de la Continentale prépare néanmoins une importante campagne publicitaire sur le thème "La honte du siècle : les lettres anonymes". Informées, les kommandanturs de province alertent les autorités parisiennes ; comment dénoncer une pratique si utile pour la chasse aux juifs et aux résistants ? « L'affaire » du Corbeau entre dans sa phase surchauffée : « Le Corbeau équivalait-il à une peinture zélée des vichystes ? …Claude Mauriac clame (1947) la tradition de moralistes dont la cruauté apparente naît d'une pathétique exigence de lucidité servant la France : leur génie confortait l'homme. « …Les persécutions abusives dont ont été victimes Clouzot et son « Corbeau » découlent du formidable désordre des idées, des institutions, par les événements considérables de l'époque. Mais c'est ce désordre aussi qui a permis au « Corbeau » d'exister. Le film n'aurait jamais obtenu de visa de censure sous la IIIème république ni la IVème. Il n'aurait jamais obtenu l'autorisation de tournage des autorités vichyssoises ni des autorités allemandes. Seule la Continentale qui détestait le film et l'accepta à contrecœur, pouvait lui donner vie, grâce à l'indépendance administrative que lui fournissait son statut de société allemande… ». Extrait – « L’Avant-scène Cinéma » - du dialogue entre le docteur Vorzet psychanalyste (époustouflant Pierre Larquey) et le docteur Germain ( Pierre Fresnay) :  la conjoncture est à son comble et ils sont confinés dans une salle de classe autour d’une estrade éclairée par une lampe.
 Dr Germain : « Enfin, mon cher, tout de même… Quand vous rencontrez une mauvaise bête… »
Dr Vorzet
(contrechamp) : « j’en rencontre une chaque matin dans ma glace (souriant)en compagnie d’un ange…(d’un ton supérieur) Vous êtes formidable ! Vous croyez que les gens sont tout bon ou tout mauvais ! Vous croyez que le bien, c’est  la lumière (il tire sur l’abat-jour pour le faire balancer ; son visage est très éclairé ) et que l’ombre, c’est le mal. Mais où est l’ombre ? (il pousse la lampe qui commence à se balancer) où est la lumière ?" (Plan américain en plongée de Germain. Vorzet en amorce.)
Dr Vorzet : (off) « Où est la frontière du mal ? Savez-vous si vous êtes du bon ou du mauvais côté ?
Dr Germain : « C’est de la littérature ! il n’y a qu’à arrêter la lampe ! » (panoramique et travelling latéral d’accompagnement)
Dr Vorzet : (ton de défi)  « Arrétez-la ! (travelling arrière les cadrant en contre-plongée, plan américain des deux côtés de l’ampoule qui se balance. Germain attrape l’ampoule ; il se brûle. Vorzet les mains dans les poches se moque de lui) : « Ah ! Ah ! vous vous êtes brûlé ! vous voyez, l’expérience est concluante… ».
  1944 « Le ciel est à vous » de Jean Grémillon : le couple Charles Vanel, Madeleine Renaud rééditent l’exploit officiel d’Andrée Dupeyron, épouse d’un garagiste de Mont-de-Marsan qui battit en 1937 le record féminin de vol en ligne droite. Prôner « une petite bourgeoise bornée et égoïste , purifie et grandie » selon son auteur et son scénariste Charles Spaak ?
Reste que ce film avec « ses personnages pleins de couleurs authentiques, de santé morale »(Lettres Françaises clandestines), rehaussera à la Libration,  la perversion du « Corbeau » de Clouzot (tournés la même année). En fait, 2 films complémentaires de l’Occupation : l’un galvanisant, l’autre dont l’acidité bouleversera l’enracinement conformiste.

Enfin, feu d’artifice de la Libération (mais tourné avant dans les studios de la Victorine à Nice) au vu du succès des « Visiteurs du soir » :1945 enfants_paradis_02.jpg

« Les Enfants du Paradis » : toujours Carné et Prévert ! Tout a déjà dit sur ce film classé « meilleur film français de tous les temps » par plus de six cents professionnels du cinéma en 1993 et que beaucoup, de par le monde, considèrent comme le plus grand film de tous les temps. Cette histoire d'amour entre le mime Baptiste et la femme libre Arletty nous fascine par la grâce de son romantisme. La manière dont les personnages secondaires, et leurs histoires parallèles, se croisent durant les trois heures de ce film hors norme, éblouissent tout comme la reconstitution de ce quartier de Paris autour de 1840. Outre que le scénario est plus complexe qu'il n'y paraît, les dialogues montrent que Jacques Prévert a été transcendé par cette histoire et par l'équipe qui l'a rendue réelle. Qui ne se souvient de Frédérick Lemaître (Pierre Brasseur) lorsqu'il rencontre Garance (Arletty) : « Paris est tout petit pour ceux qui s'aiment comme nous d'un aussi grand amour ! » Garance qui quelques années plus tard dira à Baptiste : « Vous m'avez aidée à vivre pendant des années, vous m'avez empêché de vieillir, de devenir bête, de m'abîmer... Je me disais : tu n'as pas le droit d'être triste, tu es tout de même heureuse puisque quelqu'un t'a aimée. » etc.… François Truffaut en 1956 se chargea avec ses amis des « Cahiers du Cinéma » piquer Marcel Carné « qui n'a jamais su évaluer un scénario, n'a jamais su choisir un sujet... » Truffaut qui finira en 1984 par avouer à Carné, qu'il a fait 23 films et qu'il les  « donnerait tous pour avoir fait « Les Enfants du Paradis. » …

Avant d’aborder, dans un prochain chapitre, comment le Cinéma emploiera la liberté retrouvée après la Seconde Guerre Mondiale, réfléchissons un peu. Quelle leçon d’Histoire vivante ! Du chef d’œuvre à la bluette inodore (tels les films dans lesquels on a tenté de mettre en valeur Charles Trenet ou Tino Rossi) le moindre détail effleure l’air du temps : le décor, la mode, bien sûr, la façon de parler et de se mouvoir… ces films des « années 30 » devraient vivifier les orpailleurs du Temps qui passe… Quant à la veine orientaliste – tant prisée à l’époque  - une mine d’infinis développements pour recouvrer la justice contre la colonisation !

Cécile Sorel


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