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TELEVISION - La philosophie sur Arte

Enthoven.jpg  Interview de Raphaël Enthoven

     Comment est née l’idée du magazine "Philosophie" ?

Tout est parti d’une conversation assez abstraite sur la question de savoir si la philosophie était compatible avec la télévision. Il s’agissait d’inventer une émission où l’image ne serait plus un masque mais une alliée. Or le commentaire d’image a une fonction philosophique. En témoigne la tradition qui enseigne à se méfier des apparences et à ne pas être dupe des phénomènes. Ici, à partir de phénomènes familiers aux gens, de l’actualité, des images fameuses, nous essayons de tirer la matière d’une réflexion, en somme de montrer que le réel est fourni de questions que nous avons en nous. Mon travail et celui des invités est de faire surgir ces questions.

    J’ignore s’il s’agit d’une demande de certitude ou de doute. Mon métier est de transmettre du doute.

À qui s’adresse-t-il ?

À absolument tout le monde, sinon il manquerait sa vocation. Il propose à la fois de la nourriture à ceux qui connaissent les textes, et de ces moments qui, en philosophie, exigent la plus grande candeur et sont, pour le coup, le privilège de chacun. Professeur de philo, je n’ai d’autre intention que de répandre, autant que possible, cette façon d’appréhender le monde, d’être une passerelle entre ceux qui savent et ceux qui veulent apprendre. Le fond de l’affaire, c’est qu’avec un peu d’effort, un peu de candeur, celle-là même qu’on perd en acquérant des préjugés, on est capable de réfléchir et de s’intéresser à toutes les vérités.

      Pourquoi ce parti pris de la déambulation ?

Il me vient d’un aphorisme du « Crépuscule des idoles » de Nietzsche, qui disait "les bonnes idées sont celles qui viennent en marchant". Depuis dix ans que j’enseigne, je ne peux pas faire cours sans marcher. La pensée n’est pas la même lorsqu’on déambule. Quand on regarde une vérité, il faut regarder celle d’en face. Le danger de la philosophie, ce sont les idées fixes qui sont des idées mortes. Pour conjurer cela empiriquement, nous avons choisi ce dispositif simple. Mais on s’arrête de temps en temps. À l’intérieur de ce magnifique lieu d’enregistrement, une ancienne usine, nous passons devant des affiches dont le commentaire vient scander la conversation, soit pour l’illustrer, soit pour lui permettre de changer de perspective. Nous ne prétendons pas faire le tour d’un sujet mais en dire juste assez pour suggérer à celui qui nous regarde d’aller y voir lui-même. D’où l’importance du site Internet de l’émission, construit comme une banque de données. D’où aussi un geste auquel je tiens beaucoup : un livre en main, je vais chercher chez un auteur classique des paroles entrant en résonance avec notre conversation apparemment ordinaire. C’est magique de voir qu’il y a 500 ou 2500 ans, on pensait déjà les problèmes qui nous occupent.

    Vos invités appartiennent pour la plupart à la jeune génération…

      S’il n’y a pas d’âge pour être jeune, j’ai le sentiment, pour les avoir côtoyés, qu’a émergé une nouvelle génération d’excellents philosophes, d’autant qu’ils ne sont pas pris dans la trame d’une idéologie comme l’étaient leurs prédécesseurs. Des penseurs singuliers, riches de leur diversité intime, car la plupart d’entre eux ne sont pas uniquement philosophes, mais aussi danseur, musicien, chanteur…  Et surtout, ils pensent par goût. C’est aussi l’occasion de donner la parole à des talents qui ne l’ont pas encore.

    La philosophie est une façon de répondre au monde par le sourire plutôt que par la plainte, une école de légèreté.

Comment êtes-vous devenu philosophe ?

En 1ère année d’hypokhâgne, un cours sur le Mémorial de Pascal a littéralement changé ma vie, en me donnant le sentiment d’accéder pour la première fois à des vérités d’une saveur supérieure. Je suis tombé amoureux de cette discipline, de ses paradoxes, de son austérité et de sa difficulté. Et je ne voyais aucune raison de ne pas passer ma vie à éprouver de telles joies. La philosophie est une façon de répondre au monde par le sourire plutôt que par la plainte, une école de légèreté. J’ai décidé de m’y consacrer pleinement et de la transmettre, de toutes les façons possibles, à l’université, à la radio, à l’écrit et maintenant à la télévision.

     Comment expliquer le regain d’intérêt qu’elle suscite ?

      La philosophie est éternelle mais le regain d’intérêt qu’on lui porte aujourd’hui est lié à ce qu’on appelle pompeusement la défaite des idéologies ou la perte des valeurs dont je fais, moi, une excellente nouvelle. Pourtant, cette quête de sens est ambivalente. J’ignore s’il s’agit d’une demande de certitude ou de doute. Mon métier est de transmettre du doute.

Propos recueillis par Sylvie Dauvillier

http://www.arte.tv/fr/Comprendre-le-monde/philosophie/2235124.html


Date de création : 21/12/2010 @ 18:45
Dernière modification : 05/04/2014 @ 17:38
Catégorie : TELEVISION
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