Texte à méditer :  

Rêver un impossible rêve
Porter les chagrins des départs
Brûler d'une possible fièvre
Partir ou personne ne part
Aimer jusqu'à la déchirure
Aimer même trop même mal
Tenter sans force et sans armure
D'atteindre l'inaccessible étoile
Telle est ma quête
Suivre l'étoile ...

  
Jacques Brel
 
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  « Je relis Les Caractères, si claire est l’eau de ces bassins qu’il faut se pencher longtemps au-dessus pour en comprendre la profondeur » André Gide

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AVOIR ou ÊTRE

parfum3.jpg

  Affronter la publicité dans laquelle nous baignons à l'heure du renouvellement des cartables ? Il faut absolument changer celui de l'an dernier et puis tant d'autres choses s'offrent à nous sans quoi nous nous sentons rien ! Arrêtons-nous un instant sur une la phrase d'un certain BLAISE PASCAL (17ème siècle) : "L'homme n'est un roseau, le plus faible de la nature, mais c'est un roseau pensant". PENSER, c'est croire peut-être mais aussi  réfléchir, raisonner, juger, prendre ses distances ? !
Il y a BORIS VIAN ou COLUCHE

Autrefois pour faire sa cour  
 
On parlait d'amour...

Ah Gudule, viens m'embrasser, et je te donnerai...
Un frigidaire, un joli scooter, un atomixeur
Et du Dunlopillo
Une cuisinière, avec un four en verre
Des tas de couverts et des pelles à gâteau!
Une tourniquette pour faire la vinaigrette
Un bel aérateur pour bouffer les odeurs
Des draps qui chauffent
Un pistolet à gaufres
Un avion pour deux...
Et nous serons heureux !

« Ah, il est bien le nouvel O
C'est celui qui lave encore plus blanc.
Moi j'avais l'ancien O qui lavait plus blanc ……
Mais il lavait bien déjà hein
Et maintenant il y a le nouvel O qui lave encore plus blanc ! Moi j'ose pas changer de lessive : j'ai peur que ça devienne transparent après ! »

Mais certains sorciers philosophes nous embarquent dans une analyse prémonitoire de ce qu’on considère comme « normal » : tel fut le livre de François Brune « Le BONHEUR CONFORME » (essai sur la normalisation publicitaire) Gallimard 1981 !
« Les vrais paradis sont ceux qu’on a perdus ». Est-ce sur cette belle phrase de Proust que se fondent les publicitaires déployant leurs arguments pour nous convaincre que « face à une vie moche », nous pouvons « rêver » grâce à eux ? Quel massacre d’un mot éblouissant ! quelle imagination, quelle énergie et par dessus tout quel argent dilapidés pour nous aliéner ! Ils s'adjugent le droit d’affirmer revêtir la consommation de poésie alors qu’ils dégradent la POÉSIE en une répugnante spéculation.

 1. Le principe de la Publicité : un renversement essentiel de valeur. L’humain devient le faire-valoir de l’OBJET à vendre seulmeubles.jpg héros actuel dont on exploite l’existence dans l’unique dessein de rehausser l’achat, l’auréoler pour le rendre magnétique.
2. La finance, les banques triomphent  et attirent vers l’endettement au risque de mettre notre avenir en danger.
3. L’érotisme, pivot du marché, précepte proféré dans « Stratégie » (n°164) : « L’objet du désir et le désir de l’objet ». Mais ce désir-là, issu de la collectivité marchande aboutit fatalement à la mécanique d’insatisfaction et frustration.
4. A l’affût de notre passé, traditions, Histoire et même religiosité pour justifier l’impératif consumériste. On se projette sur l’objet héros imitant les moutons de Panurge.
5. En l’occurrence les spots ou affiches effleurent savamment pour contaminer et ne pas louper l’objectif en attaquant de front le pantin (proie) que nous sommes.
6. Capturer la première acquisition ne suffit pas. Le « client » doit subir la convoitise de la prochaine…
   
 
Attention ! ainsi gavés comme des oies ne touchons-nous pas au processus infernal de la drogue ?  
Et F. Brune note que le rêve d’une chose ne se réduit pas au rêve de sa possession. On ignorerait toute la contemplation fantaisiste et gratuite de l’inspiration humaine selon Bachelard et d’autres : « Il faut vivre pour rêver et non pas rêver pour vivre » Henri Jeanson.
  On pense au film réaliste, cynique mais avec une fin réjouissante à pleurer « Bellissima » de Luchino Visconti. Une mère cramponnée par l’obsession que sa petite fille devienne actrice de cinéma.
     Comment ne pourrait-on pas évoquer ces abus, cette exploitation de bébés ou de jeunes enfants servant toute la panoplie de la puéricultrice idéale et articles avoisinants ? Comment le prescripteur d’achat qu'est devenu l'ENFANT se transformera-t-il en ADULTE ?
Voie tracée pour comédiens ou figurants, plus ou moins célèbres qui plagient la ménagère (de moins de 50 ans !)? le cul-terreux fantasmagorique, le curé angélique (quand ce ne sont pas attributs de Dieu lui-même)… Je vous invite, donc, à vous procurer cet ouvrage prophétique
.
Prophétique également sur le plan social et idéologique, François Brunehabits.jpg posait, déjà, les jalons que l’on observe aujourd’hui. Singerie du « cueillez dés aujourd’hui les roses de la vie » de Ronsard, la jouissance immédiate équivaut au bonheur d’oublier les miséreux de nos contrées, la faim dans le monde, les enfants soldats (et leurs marchands d’armes), les tsunamis…
         Métamorphose perverse de la consommation : l’ascension sociale et « la performance technologique » provoquent l’apogée de la dérision qui détruit le lien social et déchaînent tous les racismes ! « Pastichant Camus, on pourrait dire : il n’y a pas de destin social qui ne se surmonte par le mépris. Chaque fois qu’on exacerbe l’aspiration à s’élever celui qu’on flatte ne peut s’empêcher d’être honteux de sa condition réelle. Seule issue : trouver quelqu’un de plus méprisable. Toute ambition méprise implicitement. La loi de notre société, subordonnée par la publicité: on a toujours besoin d’un plus minus que soi. »,note F. Brune.      
      parfum5.jpgAinsi en arrive-t-on à la « normalisation », dispositif d’unanimisme dans la conformité élaboré par le terrible « 1984 » d’Orwell. Ou Guy Debord :Commentaires Sur La Société Du Spectacle (1988)« … quand l’image construite et choisie par quelqu’un d’autre est devenue le principal rapport de l’individu au monde qu’auparavant il regardait par lui-même, de chaque endroit où il pouvait aller, on n’ignore évidemment pas que l’image va supporter tout ; parce qu’à l’intérieur d’une même image on peut juxtaposer sans contradiction n’importe quoi. Le flux des images emporte tout, et c’est également quelqu’un d’autre qui gouverne à son gré ce résumé simplifié du monde sensible… L’individu, paradoxalement, devra se renier en permanence, s’il tient à être un peu considéré dans une telle société. … Enfin sa principale contradiction actuelle, c’est qu’elle surveille, infiltre, influence, un parti absent : celui qui est censé vouloir la subversion de l’ordre social. Mais où le voit-on à l’œuvre ?… »
Aujourd’hui, comme le cinéma, pour continuer le décervelage, la publicité a augmenté en violence. La politique subsiste défigurée en music-hall, les candidats sont mis en scène par des publicitaires et le peuple réduit en spectateurs. On peut se demander si la citoyenneté n’a pas disparu au seul profit d’une inertie consommatrice : véritable lavage de cerveau puisqu’on égare la conscience morale bien loin des réalités socio-économiques. La « communication » du « politicien », normalement responsable de l’État, abaissée, bafouée en slogan ! Comment comprendre le sens de LIBERTE, EGALITE, FRATERNITE obnubilé par la consommation des "clefs du BONNEUR"?la_marianne.jpg
Payer pour la sécurité sociale du chômeur ? pour ces vieux qui n'en finissent pas de vieillir ? pour ces étrangers loqueteux ou incendiaires qui ne pensent pas comme nous ? etc... le racisme est là !
Qu’en sera-t-il de la démocratie, c’est à dire du gouvernement par le peuple ?

Et on s'étonne de l'agressivité d'une jeunesse "délinquante" au point d'abaisser l'âge d'incarcération...
La sensualité approche le sado-masochisme, corsée par un narcissisme égocentrique qui pousse l’être humain à rejeter quiconque s’aviserait à lui barboter « l’objet » ! On voit partout le crime et l'insécurité de consommer en paix !...
Enfin il faut mentionner la « pollution » : ces affiches publicitaires démesurées et innombrables qui vitriolent notre cadre de vie. Des villes défigurées, partout les mêmes enseignes, disparition des petites librairies, disquaires, cinémas, magasins à taille humaine dans lesquels on pouvait bavarder tranquillement sans se sentir attaqué... 
Les Écologistes trop faibles et aveuglés ? Et nos arbres mutés en tracts ! La "bonne bouffe" est à la mode ainsi que le jardinier du dimanche matin (qui a remplacé le curé ?) : avec les O.G.N ?,mais le gaspillage du papier , de l'eau, etc....
Tant qu’on verra sempiternellement trôner l’automobile dans la publicité comme un phénoménal âge d'or quel avenir pour notre planète ?
Or ce livre vient d'être réédité et Bernard Brunes s'en explique:

5528174-bright-pansy-fleurs-fond.jpg« L’intérêt de cette réédition à l’identique est d’abord historique. Elle entend faire date. Si elle montre en quoi la « normalisation »  publicitaire a réussi, elle rappelle aussi par quels moyens les rebelles au système ont tenté de lui résister, et lui résistent encore. Lorsque a été fondée Résistance à l’Agression Publicitaire en 1992 (RAP), la plupart de ses co-fondateurs, dont l’académicien Bertrand Poirot-Delpech, adhéraient en effet aux analyses du « Bonheur conforme », et à sa proclamation initiale : « Il ne sera pas dit que nous nous laissions faire ». La seconde raison de maintenir en vie cet ouvrage, c’est l’intérêt didactique que lui ont reconnu ses lecteurs. Résister implique un effort d’élucidation à la fois sur soi(en quoi suis-je vulnérable aux messages ?) et sur notre environnement mental (comment le système me piège-t-il?). Le décryptage des spots, l’approche méthodique des niveaux d’influence auxquels nous sommes soumis (depuis la conduite d’achat jusqu’au mode de pensée), le repérage de l’idéologie qui imprègne ce qu’on prend pour de simples techniques de signification, rien de tout cela ne saurait s’improviser, et requiert une sorte d’apprentissage. Sans cette prise de conscience, aucune action militante ne peut être efficace, ni aucun citoyen vraiment libre.

Au delà de ces pièges à déjouer, il nous faut promouvoir une société fondée sur des valeurs radicalement opposées à l’idéologie de la consommation. C’est-à-dire une société de « dé-croissance » (je tiens à ce tiret), ou de frugalité. Aux effets nocifs inhérents à la « société de croissance », la publicité ajoute en effet le mal de nous les faire oublier. C’est elle qui nous maintient dans l’illusion que nos existences individuelles et collectives pourront ignorer les urgences planétaires du monde actuel (déplétion du pétrole et autres ressources, effet de serre, pollutions catastrophes,menaces sur la matrice Gaïa, etc.). Or, la décroissance a commencé. Elle découle de notre hyper consommation de dinosaures croulant sous leur propre poids (gigantisme des mégalopoles, monstruosité des embouteillages, obésités des enfants). Mais en même temps, cette fatalité de la décroissance est aussi… notre chance, puisqu’elle nous impose de choisir entre la frugalité et la barbarie. La catastrophe étant déjà là, il nous faut en neutraliser les conséquences, et apprendre à la vivre sans trop de casse. Prévenir plutôt que guérir. Chercher partout, dans les éléments du passé comme dans les prémices du futur, des moyens salutaires d’ordonner les transitions. Articuler les esquisses de solutions individuelles (la simplicité volontaire) aux inévitables transformations collectives, dans le respect des droits de l’homme. Revivifier l’humanisme hérité de notre tradition millénaire, tout en l’épurant de l’idéologie du progrès qui l’a perverti. Retrouver enfin la dimension spirituelle de notre humaine condition, loin de l’actuelle folie des fanatiques de la Croissance. Tel est le doux programme qui nous attend... "
A lire  de Jacques Généreux : "Nous on peut" (5£)

Il faut absolument consulter : http://larbremigrateur-fb.blogspot.com/  ainsi que : http://www.editionsdebeaugies.org/


Anne-Flore Urielle


Catégorie : - REFLEXION
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