Texte à méditer :  

Rêver un impossible rêve
Porter les chagrins des départs
Brûler d'une possible fièvre
Partir ou personne ne part
Aimer jusqu'à la déchirure
Aimer même trop même mal
Tenter sans force et sans armure
D'atteindre l'inaccessible étoile
Telle est ma quête
Suivre l'étoile ...

  
Jacques Brel
 
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  « En lui était la vie et la vie était la lumière des hommes" évangile de Jean

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C’est le mois du CINEMA !

   Luchino Visconti di Modrone, comte de Lonate Pozzolo (1906-1976) descend des Visconti qui régnèrent sur Milan jusqu'au Xve. Cinéaste, directeur de théâtre, metteur en scène et écrivain. 45589783.jpg"Le Guépard" : Palme d’or au Festival de Cannes 1963

1860 l’unité italienne : tandis que Garibaldi débarque en Sicile, le premier parlement italien se réunit à Turin et proclame roi Victor Emmanuel II… Le prince Fabrizio Corbera de Salina (Burt Lancaster dans son plus grand rôle) quitte son palais, prés de Syracuse, avec sa famille, pour la villégiature d’été dans son domaine de Donnafugata. Il disséquera les effets du tourbillon historique sur l’aristocratie sicilienne. Se sentira-t-il diminué par le mariage de son neveu Tancrède (Alain Delon ) avec la fille du maire arriviste nationaliste du village de Donnafugata, Angelica (Claudia Cardinale)… Le récit s'ajuste au roman de Giuseppe Tomasi di Lampedusa.
guepard.jpg  Apothéose : la scène finale du bal dure plus d’une heure. Fantasmagorique illimité, immortel bal faramineux : époque mirifique ? Ineffables, crinolines  taffetas luxuriants, éventails, aumônières, perles, pierres précieuses empourprées tressent un horizon enchanté. Le noir rutilant des fracs. Diaprures papillonnantes parmi les galeries ; sortilège des chandelles : les stucs ruisselaient d’or ; parures sophistiquées pour le souper… Cortèges démesurés des légendaires salons ! Déploiement somptueux, afflux, grandiose dans son raffinement et lyrique plan rapproché d’une valse intemporelle : la maestria de Burt Lancaster et Claudia Cardinale. Le prince Salina supporte de s’afficher pour qu’Angelica puisse faire son entrée dans le monde. …Au milieu de la futile fête se jouent les destins. Mise en place de l’« ordre » : au petit matin, mutins ( ?) on fusille les godillots de Garibaldi. Or, derrière les apparences fastueuses, légères et joyeuses se devinent les barrières sociales, les tensions politiques, les misères corporelles (large plan sur les vases de chambres débordants d’urine), masquées par l’apparat élégant de l’étiquette. Crépuscule de la haute aristocratie à travers ce prince Salina, despotique au début du film, il émerge, ici, affaibli et seul face à une mort masquée. Et la montée en puissance de Tancrède, qu’il a favorisée, fasciné par la beauté du couple…

1971 « Mort à Venise ». Prix du 25 ème anniversaire du Festival de Cannes

(et pour son œuvre).

A l’origine écrit par Thomas Mann,  (1875-1955), prix Nobel de littérature en 1929…et les vers Platen mis en exergue par Visconti :

« Celui dont les yeux ont vu la Beauté
A la Mort dès lors est prédestiné. »

[August von Platen, 1796-1835, poète allemand, avide d'absolu d’une sensibilité exacerbée.]
muerte-en-venecia2.jpgLe sujet de Thomas Mann : la passion fatale de l’écrivain Gustav Von Aschenbach pour un adorable adolescent polonais, Tadzio, survenant à la plage du Lido. Alors que, dans Venise le Sirocco souffle la mort, extasié, il occultera le dépeuplement du Grand Hôtel Des Bains face aux dangers d’une épidémie de choléra et mourra avec le sourire émerveillé envers l’enfant face à la mer… Mais cette mélancolie sibylline dépasse la mort : l’idolâtrie amoureuse ( ?) ne risque-t-elle pas de ravager l’œuvre ?
Chez Visconti Aschenbach, musicien, l’adagio de la Cinquième Symphonie de Mahler frissonne tout au long du film - (Évidente connivence entre Mann et Mahler…) - parmi  la nébuleuse des regards frémissants. Seul le "flash-back" insère les dialogues au dans l’échange entre Aschenbach et son ami Alfried sur la création. Enfin, le Tadzio, si chéri, s’avère réceptif alors que la nouvelle excluait toute connivence entre l’artiste et l’enfant.
Décadence et contemplation esthétique symbolisées par le sablier : « … C’est au dernier instant, lorsqu’il n’est plus temps que naît en nous l’envie de méditer". Par ces mots le spectateur se projette dans le "trop tard" de Gilles Deleuze repris par Visconti. Ainsi apparaît le moment où intervient « l’idée ou plutôt la révélation que quelque chose vient alors qu’il n’est plus temps ». A travers la « révélation » (Tadzio), le compositeur prend conscience du comble de son irréflexion par le biais d’un autre flash-back : Alfried : " La Beauté fruit du labeur ! Quelle illusion ! Non ! La Beauté jaillit d’un éclair et ne doit rien aux cogitations de l’artiste ni à sa présomption !"
bogarde6.jpgInfluence de Schopenhauer (1788-1860) - non seulement sur Th Mann mais, évidemment, Nietzche, Wagner, Maupassant ou Proust : pour ce pessimiste radical, par l’Art, l’homme se libère du vouloir vivre qui l’attache au monde comme à un banc de galérien : l’Esthétique métamorphose la douleur en Idéal. Osmose, également, chez Visconti avec « À la recherche du temps perdu », de Marcel Proust : les Bains du Lido, le Grand-Hôtel de Balbec, les fards d'Aschenbach rappellent ceux du baron de Charlus, sa mort celle de Bergotte, etc. Pour obtenir « Tadzio », un casting étourdissant explora toutes les villes d’Europe Centrale et du Nord, jusqu’à ce qu’enfin, se dessina à Stockholm, Björn Andresen, un adolescent de 15 ans !
Dirk Bogarde : «  Quand j’ai vu la première fois Andresen, …C’était l’Ange de la Mort !… Dès lors j’ai gardé le silence… j’étais complètement seul… une mélancolie insondable ». Sujétion du musicien qui hante, palpitant, l’enfant et sa famille dans les rues de Venise déjà infectées par la maladie. Et cette familiarité obsessionnelle avec les deux protagonistes enveloppe le spectateur : de nombreux zooms nous plongent au sein du vagabondage envoûté. Le rythme très lent des images, leur style authentique : vues de Venise, toutes tournées à l’aube, superbes décors, objets et costumes, plans sublimes de la plage et la mer, Visconti nous sollicite puissamment au recueillement esthétique. Avec cette touche néoréaliste : la dévastation du choléra dans Venise pour les indigents ! Simultanément Aschenbach connaît un bonheur intense et tentera d’y échapper (les événements le contraindront à rester à Venise et à endurer son supplice). Visconti le souligne par deux flash-back, souvenirs tragiques: la mort de sa petite fille (qu’il faut mettre aussi en rapport direct avec un élément biographique de la vie de Gustav Mahler) et les huées d’un concert qu’il dirige (avatar arrivé à Visconti lors de la présentation de "ROCCO ET SES FRERES").Aschenbach ne combattra pas contre sa destinée : il meurt en face de Tadzio, symbolique de la toute-puissance de l’Infini.
Dirk Bogarde : le compositeur Gustav von Aschenbach
Silvana Mangano : la mère de Tadzio
Björn Andresen : Tadzio
Tandis qu’on pourrait estimer « Le Guépard » presque plus sublime que le roman, « Mort à Venise », crée un univers original et baroque.


Anne-Flore Urielle


Catégorie : - CINEMA
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