Texte à méditer :  

Rêver un impossible rêve
Porter les chagrins des départs
Brûler d'une possible fièvre
Partir ou personne ne part
Aimer jusqu'à la déchirure
Aimer même trop même mal
Tenter sans force et sans armure
D'atteindre l'inaccessible étoile
Telle est ma quête
Suivre l'étoile ...

  
Jacques Brel
 
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  « Le vrai travail c'est quand je cherche avec l'air de ne rien faire...chercher une idée et espérer qu'elle vienne, ça oui c'est du travaii !" René Gosscinny

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TATI

Jacques Tati, (Tatischeff 1907-1982) le plus génial et l’un des plus mal aimé des cinéastes comiques. De plus, la vie de ses ancêtres, comme la sienne, ressemble à un roman ! Son grand-père, un aristocrate russe attaché 86601666centre-culturel-jacques-tati-66290.jpgmilitaire à Paris, eut un fils illégitime (Georges-Emmanuel père de Tati) avec une jolie française et mourut prématurément. Le bébé, enlevé par la famille russe, sa mère le retrouva et le ramena à Paris où il se mariera avec Claire van Hoof, follando-italienne fille d’un riche encadreur de la place Vendôme… Tati a coupé le chef antinomique à sa vocation d’homme libre et rebelle ! A 30 il choisit d’être clown, rompant avec son père. Mais, au music-hall COLETTE a eu l’intuition de sa carrière :"…Il a inventé d’être ensemble le joueur, la balle et la raquette, le ballon et le gardien de but, le boxeur et son adversaire, la bicyclette et le cycliste. Les mains vides il crée l’accessoire et le partenaire. Sa force de suggestion est celle des grands artistes".

C’est pourquoi MONSIEUR HULOT (qui n’a pas de prénom) aura une posture physique issue de cet immense corps en mouvement, une existence presque irréelle à l’instar du spectre quetennis.jpg joua Tati dans "Sylvie et le fantôme" de Claude Autant-Lara (1945) avec une élégance ineffable. Tout est paradoxal en lui : pas de classe sociale, une touche roturière dans sa mansarde, ses vêtements étroits et démodés, une touche seigneuriale grâce à la fine agilité de ses gestes (même quand ils sont loupés) ; ni maison, ni famille, ni métier, ni histoire mais sa silhouette et sa pipe crèvent l’écran ! Est-ce une projection fantasmée de son créateur ? Dans "Les Vacances de Monsieur Hulot" (1953) il déploie quelques déboires équestres ou nautiques, se montre un pongiste aussi exalté qu’un gamin, un tennisman peu orthodoxe malgré la dégaine british et même un excellent danseur très pudique. Cependant c’est un être qui ne s’extériorise pas car rien ne semble avoir de prise sur lui et c’est ainsi que se révèle non seulement le comique mais aussi une infinité de notes portées à notre réflexion sur certains ridicules (ou malignités) de caractères. Car l’analyse nous percute à la fin du film : tous les vacanciers ignorent superbement Hulot à l’exception de la vieille anglaise et des enfants !

MON ONCLE (1958) : 2 fenêtres rondes et des murs au cordeau, la vedette thb_365_villa-arpel.jpgc’est la villa en béton et acier équipée hight tech et meublée design. Derrière la façade le vide et la solitude, l’ennui et les conventions. Monsieur Arpel, parvenu, s’enorgueillit dans sa maison ultramoderne farcie de gadgets à l'utilité aléatoire et craint que son beau-frère, M. Hulot, rêveur bohème, ne déteigne sur son fils. Son emploi dans son usine sera la source de gags qui scinderont les deux mondes… le Paris encore légendaire début des années 1950 vis à vis de l’univers technologique émergeant. Fameux décor où le paraître prend une place excessive : M. Arpel réprimande sa femme quand elle ouvre la fontaine de leur jardin au moment où il rentre chez lui (ce n'est pas la peine, voyons, c'est moi !). On aseptise jusqu'aux tartines de pain. Et Arpel s’indigne devant Hulot assoupi dans un canapé si inconfortable qu’il a été mis à l’envers sur sa tranche. On ne célébrera jamais assez ce tableau prophétique : l’objet up to date écrase la chaleur humaine. Les personnages deviennent des robots sans âme : scène extraordinaire du couple qui ne desserre pas les dents au cours d’un spectacle – normalement distrayant - où ils se sont bien amusés, tandis que, là-bas, dans le coin de Paris où habite Hulot, tout le monde se connaît papote, bonimente, potine peu être : l’attache altruiste naît simplement, sans fard – puisqu’il n’a pas l’écran de tous ces ustensiles d’un soi-disant opulent confort !  Mais le film se terminera sur une pirouette affective… Aujourd’hui n’observe-t-on pas tous les jours et partout les gens, comme dans une bulle individuelle, agrippés à leur musique ou leur téléphone portable impénétrables et insensibles au reste de la planète ? Difficile de faire face à ce joyeux cauchemar qui annonce le XXIème siècle : le matérielTati.jpg brise et l’emporte sur le spirituel ! Ne dit-on pas que nous avons perdu nos repères et que chacun s’est fabriqué une sorte de religion subjective – sinon portative ? Pièce centrale de la carrière de Tati, ce nouveau bijou marque son purgatoire en France contrairement à l’extérieur : entre autres, Oscar du Meilleur Film Étranger… Son humour extravagant et ses ambitions virtuoses techniques sont décuplés ! "Mon Oncle" est-il le film le plus triste de Tati ? Un chef-d’œuvre sur le temps qui passe, et qui détruit les époques. Nostalgie caustique sans méchanceté… l’âge à travers les scènes avec la jeune fille devant la maison de Hulot, beaux moments de magie cinématographique. Et si "Mon Oncle" s’avérait non seulement un signal menaçant mais aussi une œuvre inexhaustible et capitale,... le plus grand film de l'histoire du cinéma français ? "Tati est le grand anticipateur " Olivier Mongin (Esprit)

    Une confidence touchante de Jean-Claude Carrière : « Je suis entré en cinéma grâce à Jacques Tati. C’était en 1957, il finissait de tourner "Mon Oncle"… Il m’a donc reçu : c’était la première fois que je je mettais les pieds dans une maison de cinéma et ce jour-là jacques Tati a changé ma vie. C’était quelqu’un qui parlait très peu, il avait JourFete.jpgtoujours une main devant la bouche. Il me dit « Que connaissez-vous au cinéma ? ». Moi : "J’ai vu tous vos films, je les ai vus plusieurs fois". Lui : "Que savez-vous de comment on fait un film ?". Je lui réponds : "Rien". Il appelle alors sa monteuse : "Suzanne, prenez ce jeune homme et montrez-lui ce qu’est le cinéma !". Elle m’a donc emmené dans son repaire et j’y suis resté dix jours… Autant il était parfois sombre, renfermé, inquiet pour ses films, autant, quand il était détendu, c’était l’homme le plus dôle du monde… Il avait en lui une grande force comique, il était né pour ça. Ce n’était pas un intellectuel, il venait de la sciure et des planches du music-hall. Le vrai travail consistait pour lui à s’asseoir à une terrasse de café et à observer les passants comme s’ils étaient des personnages de ses films, à repérer la petite faiblesse, le détail révélateur. C’était une vraie leçon de regard ». NICOLAS HULOT : « Mon grand-père, monsieur Hulot, était l’architecte de l’immeuble où habitait Jacques Tati… Un jour il lui a demandé s’il pouvait emprunter son nom pour le personnage de son prochain film, qui s’est donc appelé "Les vacances de Monsieur Hulot". Mon grand-père portait un long imperméable et un chapeau feutre mais la ressemblance s’arrête là car c’était quelqu’un de sérieux… Sa légende est encore tenace aujourd’hui y compris à l’étranger. Quand je vais en Afrique francophone, par exemple, il y a toujours un douanier pour plaisanter :"Ah, monsieur Hulot vous arrivez pour les vacances ?".

L’art du petit bruit. Chez Tati tout fait du bruit ce mystérieux procédé éclaire la phrase de Léonard de Vinci : "Pourquoi un petit bruit proche fait-il plus de bruit qu’un grand brui lointain ?". Tati scinde les sons et les raffine jusqu’à abstraction. Quintessence de cette création quand le silence remplace l'assourdissant bruissement...

Anne-Flore Urielle


Catégorie : ARTICLES - CINEMA
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