Texte à méditer :  

Rêver un impossible rêve
Porter les chagrins des départs
Brûler d'une possible fièvre
Partir ou personne ne part
Aimer jusqu'à la déchirure
Aimer même trop même mal
Tenter sans force et sans armure
D'atteindre l'inaccessible étoile
Telle est ma quête
Suivre l'étoile ...

  
Jacques Brel
 
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  « Je relis Les Caractères, si claire est l’eau de ces bassins qu’il faut se pencher longtemps au-dessus pour en comprendre la profondeur » André Gide

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Assemblée du Désert : culte du 4 septembre 2011

             Grand rassemblement protestant organisé chaque année le premier dimanche de septembre sur les terrains du Musée du Désert. La première Assemblée eut lieu le 24 septembre 1911, lors de l’inauguration du Musée avec ses fondateurs Franck Puaux et Edmond Hugues, réunissant 15.000 à 20.000 personnes dans une ambiance à la fois recueillie et joyeusement familiale. Sous les châtaigniers du Mas Soubeyran, pour un culte le matin terminé par la sainte Cène, et des allocutions l’après-midi.
  [ important: cette assemblée n’est pas seulement le souvenir biblique des Hébreux sauvés par Moïse ou des Camisards, elle pose, surtout, les résolutions partagées en vue de l'avenir ]

   Ici, nous célèbrerons l’anniversaire de :

        MARIE DURAND héroïne protestante

 En 1685 Louis XIV révoque L'ÉDIT DE NANTES (proclamé par son grand-père Henri IV) : le protestantisme est interdit en France.
Face à cela un « réveil religieux » des huguenots. Sur le plan militaire il est porté par la récolte des camisards (du languedocien « camiso », chemise) : les paysans protestants des Cévennes, se rebellent entre 1702 et 1705 par des insurrection contre les persécutions…

tour_de_constance.jpg

 Née le 15 juillet 1711 au Bouchet-de-Pranles (Ardèche, près de Privas), Marie Durand, protestante, emprisonnée à la tour de Constance d'Aigues-Mortes à 19 ans (1730) ne fut relâchée qu’en 1768 ! Dans la maison elle grandit son père avait gravé sur le fronton de la cheminée: « Loué soit Dieu ». Comme dans toutes les demeures protestantes un abri ménagé pour se dissimuler lorsque les soldats arrivaient ainsi qu’un trou pour une bible de petit format…
   A 4 ans sa mère avait été arrêtée, lors d’une assemblée. Son père Étienne Durand, écroué au fort de Brescou près d'Agde. Quand il en sortira, (1743), Marie était toujours à la tour de Constance et ils ne se verront pas. Marie épousa, à 17 ans, Matthieu Serres. Deux ans après les dragons du roi s’en saisissent : il rejoint Etienne Durand au fort de Brescou pendant l’enferment de Marie à la Tour de Constance. Son frère Pierre Durand s’échappe. Il part en Suisse au pour s’y former comme pasteur. Les fidèles protestants se cotisaient pour payer les frais des jeunes qui allaient suivre leurs études de théologie à Lausanne. Chaque année, trois ou quatre étudiants franchissaient la frontière, à leurs risques et périls. Lausanne n’offrait aux français qu’un enseignement simplifié – d’ailleurs, ils retournaient vite en France pour prêcher leurs coreligionnaires menant leur existence de hors-la-loi menacés de la pendaison.
   Enfermée à la tour de Constance, avec une vingtaine d'autres femmes, Marie vit dans la pauvreté, le froid, la promiscuité. On lui attribue le mot « RÉSISTER » gravé dans la pierre de la margelle au centre de la salle commune … Est-ce parce que tous les jours on les harcelait leur faisant miroiter la liberté si elles abjuraient ?

On éprouve un attrait spirituel en lisant les lettres de Marie Durand écrites entre 1715 et 1776 conservées: modestie et attachement envers sa terre ingrate avec une énergie farouche. On décèle, en elle, une intelligence remarquable puisque sans livres ni maîtres, elle a acquit une formation intellectuelle qui dépasse à la fois celle des femmes de son temps et de sa condition.
A une « bienfaitrice » :
« … Soutenez, s’il vous plaît, mes mains tremblantes tant que  la volonté de Celui qui dispose les maux et les biens voudra  m’infliger de maux et d’afflictions. En juste reconnaissance je ne peux vous offrir que des vœux faibles, mais du moins très sincères. Dieu veuille vous combler… et vous fasse éprouver toutes les douceurs de la nature et les trésors de la grâce, jusqu’à ce que cet Être Suprême vous introduise dans la souveraine félicité où vous serez couronnée de gloire et  d’immortalité pour récompense des sublimes charités que vous répandez à ceux qui souffrent sous la croix du Christ… ».
A un pasteur :

« …Il me paraît, Monsieur et très cher pasteur, que les événements s’accordent avec la Sainte Écriture et que la délivrance de notre Sainte Sion s’approche. Le bon Dieu hâte  cet heureux moment, fasse approcher notre cher Monarque de son Esprit de jugement… J’oubliai de vous dire qu’un des grands ingénieurs a décampé du Royaume, il y a autour de  quinze jours. Il a emporté le plan de cette ville et celui de Montpellier. Son évasion a jeté une terrible terreur. On l’accuse d’avoir volé la province aux fortifications qu’on a  faites à tous  ses endroits. A l’égard de la personne en question  je suspends encore mon jugement ; non que je me flatte, mais parce qu’un jeune homme d’ici lui a tenu compagnie et ses parents n’en ont aucune nouvelle. Vous me feriez plaisir de me dire si ce dernier a parut dans votre endroit. … Je vous suis infiniment obligée, Monsieur et très cher pasteur de la pieuse exhortation que vous avez la bonté de me faire. Je ferai de mon mieux pour en faire usage. Continuez-moi, s’il vous plaît, votre protection et votre chère amitié pastorale que je prise infiniment plus que tous les trésors du monde. Priez Dieu, je vous supplie, pour moi et soyez persuadé que je ne vous oublie jamais, ni votre chère famille, et si mes prières sont exaucées, vous la verrez couronnée de grâces et de la gloire de la maison de Dieu, et l’éternelle félicité en fera le couronnement à la fin des siècles… ».

                 Beaucoup de lettres se préoccupent, évidemment, de choses plus prosaïques… Mais ces deux exemples ne rendent pas compte des réminiscences bibliques qui imprègnent Marie Durand qui ne se limitent pas à quelques énoncés : dès qu’elle exprime ses idées, elle se réfère constamment aux versets sans en être esclave :
« …Permettez-moi de dire que je ne m’étonne pas si Dieu fait sentir ses verges d’une manière si terrible aux fidèles de notre misérable province, car ils ne suivent pas les ordres de ce divin Maître. Il recommande d’avoir soin des prisonniers et ils n’en font aucun cas. La charité est le véritable principe de notre religion… ». Le pasteur Henri Manen a découvert dans un hameau pas très loin de Prades, le manuscrit d’un sermon de J L Turretin (Genève 1696) :
« Qu’est-ce qui fait l’essence du christianisme, c’est la charité… Nous serons assurés que quand Jésus viendra pour juger le monde, il regardera comme fait à lui-même tout ce que nous aurions fait au moindre de ses membres… ».
   Dans la lettre du 25/11/1755 – en référence à Ruth – c’est la prisonnière Marie Durand qui console sa nièce : « Ainsi mon cher ange, ne t’afflige point. Le temps nous semble long, et, en effet il l’est parce que nous sommes naturellement impatients, notre chair murmure toujours… Délaissons nos voies et retournons à l’Éternel… car Dieu promet que ceux qui l’aiment auront prospérité ».
   Ce qui paraît remarquable, chez elle, c’est qu’il ne s’agit pas de citations récités mais de concepts bibliques utilisées de façon personnelle : la formation biblique s’est transformée en authentique initiation intellectuelle !
   Ces femmes résistaient : tous les jours on leur proposait la libération si elles voulaient bien abjurer. Quelques-unes unes cédèrent. Marie Durand jamais. Caractère indomptable qui, avec les seules armes de sa personnalité, sa conviction, l’assurance de la bonne route, a su se détacher parmi ses compagnes non seulement par son soutient mais anéantir les autorités chargées de l’humilier en l’abattant.
    Un cœur magnifique qui, dans ce dénuement terrible servait ses coreligionnaires, martyrs du fanatisme aveugle et buté d’un pouvoir tyrannique. Avec cette foi indéracinable au sein des pires épreuves. Sans doute Marie Durand a-t-elle souffert de découragement ou lassitude mais jamais du doute ou du désespoir. Et l’afflux des visiteurs qu Bouchet de Prades atteste  ce qu’elle a apporté aussi à l’épanouissement de la liberté de conscience – avec d’autres certes – par l’humanité de ses convictions les plus fermes et son combat pacifique sans défaillance.

CF : « Lettres de Marie Durand (1715/76) » texte revu et annoté par Etienne Gramonnet (Les presses du Languedoc)

Voir le site du Musée su protestantisme :http://www.museeprotestant.org/

Narcisse Castel-Jarnac


Catégorie : - HISTOIRE
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