Texte à méditer :  

Rêver un impossible rêve
Porter les chagrins des départs
Brûler d'une possible fièvre
Partir ou personne ne part
Aimer jusqu'à la déchirure
Aimer même trop même mal
Tenter sans force et sans armure
D'atteindre l'inaccessible étoile
Telle est ma quête
Suivre l'étoile ...

  
Jacques Brel
 
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  « Je relis Les Caractères, si claire est l’eau de ces bassins qu’il faut se pencher longtemps au-dessus pour en comprendre la profondeur » André Gide

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Jouvet2.jpg

     "Écoute mon ami"
  - C’est à moi-même que je m’adresse
  - « Il faut penser ses sensations »

        Recueil (peut-être introuvable) de LOUIS JOUVET acteur, metteur en scène et directeur de théâtre, professeur au Conservatoire national supérieur d'art dramatique, (1887-1951).

  Durant ses études en pharmacie, il se présente au concours d'entrée du Conservatoire d'Art dramatique de Paris : recalé 3 fois   (comme Bernard Blier, Dominique Blanc ou Antoine Vitez). Qu’importe s’il fut réellement pharmacien et l’origine de sa diction syncopée !
     1922 la célébrité : Jouvet joue « Knock" ou le triomphe de la médecine de Jules Romains. 1928, il déniche Jean Giraudoux dont il « accouchera » les pièces au théâtre de l'Athénée : « La guerre de Troie n'aura pas lieu « (1935), « Ondine » (1939) etc. louis_jouvet_personnalite_une.jpg
  C’est l’époque où Gaston Baty, Charles Dullin, Georges Pitoëff et Jouvet fondent une association d'entraide, le « Cartel des Quatre », jusqu’à la guerre pour jouer les auteurs contemporains.

  1940-45 Tournée en Amérique Latine et du Nord.
  Puis, Louis Jouvet s’installe au théâtre de l’Athénée qui deviendra une sorte de phare. Là, il lancera Maurice Sarrazin, André Barsacq, Jean-Louis Barrault et la plus part de grands metteurs en scène. Il créera  « Le Diable et le Bon Dieu », de Jean-Paul Sartre en 1951…
     Louis-Jouvet-fit-un-passage-de-quelques-mois-au-Pensio_large.jpgAujourd’hui, il n’est malheureusement connu qu’au cinéma qui rehaussa la puissance de sa maestria à changer de personnage dans 32 films : « Quai des Orfèvres » de Henri-Georges Clouzot, « Hôtel du Nord » aux côtés d'Arletty et son fameux « atmosphère, atmosphère » ou « Drôle de drame », de Marcel Carné, dans lequel il donne à Michel Simon la réplique retentissante: « Moi j'ai dit "bizarre, bizarre" ? Comme c'est étrange… ». (« Knock » sera porté à l'écran deux fois !). Avec Jean Renoir : « Les bas-fonds » (1936), face à Jean Gabin, et « La Marseillaise » en 1937. Dans « L'Alibi », de Pierre Chenal, ce sera Erich von Stroheim etc.LOUIS-JOUVET.jpg
  Toutefois, véritable mystique du théâtre, Louis Jouvet utilisait le cinéma surtout pour alimenter « sa » troupe car, fidèle en amitié, il acceptait de jouer les dialogues d’Henri Jeanson ou encore exigeait un rôle pour ses amis Charles Dullin et Harry Baur dans « Volpone », (d’après Ben Jonson). Enfin dans « Entrée des artistes » de Marc Allégret il interprètera son propre rôle : professeur de théâtre du Conservatoire, précieux document sur son art et soutien des jeunes acteurs tels que Bernard Blier…

       Elvire-jouvet-40.jpgAutre subtil et beau témoignage : « Elvire Jouvet 40 » spectacle de Brigitte Jaques, d’après « Molière et la comédie   classique de Louis Jouvet », créé en 1986 au Théâtre national de Strasbourg. Pièce basée sur sept leçons, données de février à septembre 1940 : Jouvet enseigne une unique scène du « Don Juan » de Molière, (les adieux d’Elvire, acte IV, scène 6). Évidemment accueilli au Théâtre de l’Athénée trois années consécutives en France et à l’étranger. Philippe Clévenot (qui recevra à juste titre le « Molière ») : Louis Jouvet et Claudia (Elvire) : Maria de Medeiros. Et Benoît Jacquot le filmera en noir et blanc.
  
« Choisis ce que tu veux devenir. Tu as pris une grave responsabilité envers toi-même, envers les autres, envers le Théâtre, envers l’esprit et envers Dieu. Pour être comédien il faut se montrer. C’est d’abord un plaisir de vanité pure et de présomption téméraire. Il dure (parfois) jusqu’à la mort. Mais si un jour tu t’aperçois de cela, tu auras découvert l’importance du métier ; peut-être est-ce son but, sa fin essentielle. Car tu comprendras, tu seras sur le chemin de comprendre, que pour bien pratiquer ce métier l’important est dans le renoncement de soi pour l’avancement de soi-même. Tu comprendras que la niaise manie d’un « nom » et de ton « moi » encombrant te possède, et que pour être personnel, il faut d’abord se dépersonnaliser. Et que la personnalité la plus haute est faite d’impersonnalité, d’une distillation et sublimation de soi-même. A travers le serpentin des opérations dramatiques. »
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Pour qui n’a pas vu « Elvire Jouvet 40 », épreuve en forme d’ordalie ne  pourra jamais ni appréhender ni s'engager dans le mystère et la dynamique de cette activité inhérente à toute civilisation !

JOUVET reflète un exemple inestimable : ouverture aux écrivains modernes et culte du classique le plus pur :
Jacques Lassalle, (administrateur de la Comédie Française 1990-93), assurait récemment que la proverbiale expression « théâtre classique », généralement assimilée à une antiquité réactionnaire, était, au contraire, le plus beau mot de la langue française car, il dépasse tout, l’histoire et la géographie, pour ne jamais se démoder et tonifie le public précisément par ce face à face entre l’actuel est le passé dans ce qu’il a de plus inédit.
Quant à la grande Catherine Hiegel, avec son irréfutable sagacité, elle se demande si on ne berne pas le spectateur en voulant « actualiser » Molière sur un plateau quasiment vide lorsque le personnage demande à son valet sa perruque carrée, son chapeau à plume et son carrosse !
Cardiaque, Jouvet meurt à la suite d'un infarctus dans son théâtre – comme Molière ? - alors qu'il dirigeait une répétition de « La Puissance et la Gloire », d'après Graham Greene. En plein mois d’août ce décès bouleversa les esprits : c’était peut-être encore l’époque où l’on respectait le théâtre et  vrais ses serviteurs…

« Si le comédien descend dans le profond, il est lourd et se noie. Il faut dans sa participation qu’il reste en surface, c’est là qu’il a le plus de chances, de facilités pour peser sur l’âme et l’esprit du spectateur. Telle est la règle du jeu que Diderot a mis en devinette » « Écoute mon ami » Louis Jouvet

Antoine Fignes


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