Texte à méditer :  

Rêver un impossible rêve
Porter les chagrins des départs
Brûler d'une possible fièvre
Partir ou personne ne part
Aimer jusqu'à la déchirure
Aimer même trop même mal
Tenter sans force et sans armure
D'atteindre l'inaccessible étoile
Telle est ma quête
Suivre l'étoile ...

  
Jacques Brel
 
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  « Je relis Les Caractères, si claire est l’eau de ces bassins qu’il faut se pencher longtemps au-dessus pour en comprendre la profondeur » André Gide

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 FOI et POLITIQUE

Conférences d'ALAIN HOUZIAUX, pasteur

protestantsdanslaville.org/

1) croyant ou citoyen ? croyant ET citoyen [A]
    La foi incite-t-elle à ne pas participer à la vie politique ?
Certains considèrent que le fait de confesser la foi devrait conduire à refuser toute implication dans la vie politique. Pourquoi ?
41330_vignette_plantu.jpg  L’Évangile ne pourrait être cultivé face à la politique – « la politique c'est sale ». Clausewitz (général prussien, 1780-1831) estime que « la politique, c'est la continuation de la guerre par d'autres moyens ». Roger- Martin du Gard écrit, dans Les Thibault « avoir le sens politique, c'est consentir à employer dans la lutte sociale des moyens qui, dans la vie privée, répugneraient à chacun de nous comme autant de malhonnêtetés et de crimes ». Ainsi le chrétien se considère « au-dessus de la mêlée » !

  • La vie spirituelle serait d'essence contemplative et mystique jetant son ancre dans l'immobilité éternelle de Dieu qui déterminerait l'histoire comme une providence (à accueillir comme un don) ou comme un destin (auquel il faudrait se soumettre). La vie politique, au contraire, s'exercerait sous forme de décisions visant à dominer le destin et à construire l'histoire.

  • La vie spirituelle serait d'essence individualiste, (à la rigueur dans la chaleur et l'homogénéité d'une communauté restreinte). Mais elle serait incompatible avec la politique, qui elle, se pratique sous forme de rapports de force entre des groupes sociaux importants.  
  • La vie spirituelle se pense non en termes de choix mais en termes d'obéissance : il y a un seul Seigneur, un seul chemin, une seule vérité, qu'il faut découvrir et accepter. Au contraire la vie politique s'exerce comme un choix entre deux voies qui peuvent l'une et l'autre être considérées comme bonnes. Donc le lieu de la subjectivité, du parti pris, et des passions alors que la foi se veut à l'écoute d'une vérité unique, universelle et objective.
  • La vie spirituelle ne concerne que les relations « courtes » (l'amour du prochain vécu comme gratuité, non-violence, pardon) et non les relations « longues » avec des inconnus et des étrangers qui elles recourent à la médiation de l'État, de la Loi, de la Justice, de structures impersonnelles.
  • Ainsi la vie spirituelle ne concernerait que la vie privée et non la vie publique.

On ne peut laisser les arguments précédents sans réponse :
      « Faire de la politique » est une nécessité spirituelle, une manière de confesser et de manifester que le plan de Dieu pour le monde ne concerne pas seulement les chrétiens et l'Église mais aussi l'ensemble de l'humanité. « Un croyant qui cesse de se préoccuper du domaine politique renonce à l'affirmation de l'universalité du salut et du projet de Dieu » André Dumas [B]. La mission du chrétien, et celle de l'Église, n'est pas de vivre dans un
« anti-monde », une sorte de secte hors du monde. Elle est de préparer un monde nouveau pour tous les hommes, croyants ou non. Le salut se manifeste non pas par l'édification d'une secte chaleureuse et élitiste mais par la construction d'une ville universelle et cosmopolite qui accueille l'ensemble des nations (cf. Ésaie et Apocalypse).
   Certes, selon la théologie de LUTHER, Dieu a institué deux règnes : d'une part un règne spirituel (exercé par l'Église qui prêche la grâce) dont relèvent les chrétiens,et d'autre part un règne temporel (exercé par l'État qui promulgue et fait exécuter la loi) dont relèvent tous les hommes, chrétiens ou non.
Mais, on interprète souvent mal cette « théologie des deux règnes » : on prétend à tort que la « théologie des deux règnes » implique que, pour ce qui est de ses options politiques, le chrétien n'a pas à se référer à ses convictions religieuses, celles-ci n'ayant d'incidence que sur sa vie privée et spirituelle et non sur la vie publique et politique. Rien n'est plus inexact.
312005_243578395684044_130244063684145_664199_3414178_n.jpg      La vie civique et politique du chrétien, c'est-à-dire sa participation au pouvoir de l'État, relève, tout autant que sa vie privée et spirituelle, de Dieu. Luther écrit « Dieu lui-même est, tout ensemble, le fondateur, le Seigneur, le maître, le promoteur des deux justices, la spirituelle et la temporelle, et dans tout cela il n'y a ni ordre ni pouvoir humain, mais c'est en fait entièrement divin ».
    La volonté de Dieu concerne à la fois l'interpersonnel (la vie privée) et le politique (la vie publique). Le thème de l'amour du prochain n'est pas étranger au politique pas plus que le thème du devoir politique n'est étranger à l'amour du prochain. Certes le politique concerne principalement les fonctions, les structures et les institutions et, par contre, la vie privée personnelle est d'abord le lieu des rencontres et des occasions. Mais le projet de Dieu pour les hommes et le monde concerne non seulement l'émotion des relations intersubjectives mais aussi l'organisation des peuples et des sociétés. Ni le Décalogue ni l'enseignement de Paul (Romains 13) n'opposent la vie privée à la vie publique Les deux ne sont pas dissociables. Et, selon Calvin l'action de l'État doit permettre la manifestation publique de la vie religieuse.
Ainsi il n'y a pas deux ordres séparés (un ordre privé qui serait celui de la vie spirituelle, et un ordre public qui serait celui de la vie profane).

  Ainsi l'État a une légitimité spirituelle et une fonction religieuse: le chrétien peut et doit participer à la vie politique, parce que, de la sorte, il légitime cette mission et il participe à sa mise en œuvre. L'État a une fonction dans le plan de Dieu parce que la Loi (qu'il est chargée de promulguer et de faire respecter) a une fonction spirituelle.
                    La Loi de l'État est indispensable :
- d'abord, elle réprime les iniquités (Luther) ;
- ensuite, elle permet à chacun de découvrir ses manquements pour découvrir la grâce et le pardon de Dieu (Luther) 
- enfin elle indique comment demeurer dans la grâce et elle forme à la vie spirituelle. Par conséquent elle a un rôle formatif (Calvin).
Pour toutes ces raisons, le croyant, au nom même de sa vie spirituelle, doit participer à la vie civique et ainsi veiller à ce que l'État soit tel qu'il pourrait exercer sa mission positive et dans le sillage de la justice divine.

 [A] Alain Houziaux : « Christianisme et conviction politique, 30 questions impertinentes », DDB 2008 et spécialement le chapitre : Les idéaux démocratiques sont-ils d’inspiration chrétienne ?
[B] André Dumas, ancien professeur, aujourd'hui décédé, à la faculté de théologie protestante de Paris.


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