Texte à méditer :  

Rêver un impossible rêve
Porter les chagrins des départs
Brûler d'une possible fièvre
Partir ou personne ne part
Aimer jusqu'à la déchirure
Aimer même trop même mal
Tenter sans force et sans armure
D'atteindre l'inaccessible étoile
Telle est ma quête
Suivre l'étoile ...

  
Jacques Brel
 
ARTICLES
CITATION

  « En lui était la vie et la vie était la lumière des hommes" évangile de Jean

Préférences

Se reconnecter :
Votre nom (ou pseudo) :
Votre mot de passe
Captcha reload
Recopier le code :


  Nombre de membres 40 membres
Connectés :
( personne )
Snif !!!
Recherche
Recherche
Visites

   visiteurs

   visiteurs en ligne

rss Cet article est disponible en format standard RSS pour publication sur votre site web :
http://www.abrulepourpoint.fr/data/fr-articles.xml

La poésie de RACINE

Racine face cachée de « La Princesse de Clèves » ? Racine qui d’un coup de baguette magique transforme par « Plaire et toucher » (Préface de « Bérénice ») la Tragédie du XVIIème siècle, et ses fameuses trois unités : temps, lieu et action - dénotant une toute autre idée du BEAU !
Andromaque1.jpgVérité artistique = poésie ?
 
Au-delà de la « bienséance », (la crédibilité),  l’authenticité de la tragédie racinienne tient aux spécificité d’un personnage ou aux coutumes d’un peuple. Ambiance singulière : Racine déclenche sa pièce à l’instant précis où le brasier, jusque là réprimé, éclate. C’est la crise : Pyrrhus aime Andromaque depuis longtemps, Hermione « pleure en secret le mépris de ses charmes », Oreste « traîne de mers en mers sa chaîne et ses ennuis.
La création « chargée de peu de matière », (intériorisée), se dénoue au cours de la pièce. Et ce dénouement, après un court « suspend », apparaît d’autant plus vrai qu’il est « tiré du fond même de la pièce »(préface d’ "Iphigénie »). Il passe par la mort, sauf dans
« Bérénice » : « Ce n’est point une nécessité qu’il y ait du sang et des morts dans une tragédie : il suffit que l’action en soit grande, que les acteurs en soient héroïques, que les passions y soient excitées et que tout s’y ressente de cette tristesse majestueuse qui fait tout le plaisir de la tragédie. »(Préface)

Innovation de l’atmosphère racinienne : 
  - Tragédie de palais sinon familiale : Néron s’affirme en assassinant son frère adoptif Britannicus…
   -  Majesté des héros qui revêt la somptueuse mêlée humaine face à la fatalité, selon le raffinement de l’époque.
   - Pourtant, cette langue si rigoureuse n’en est pas moins mélodieuse : Péguy releva le mot « cruel » comme un mot clé :
« Eh bien régnez, cruel ! » s’écrie Bérénice à Titus…
    -  Enfin la sublime nostalgie d’une chimérique félicité : dévotion d’Andromaque pour son époux Hector ; Phèdre quiRacine.jpg s'apitoie sur elle-même :

« …Hélas ! du crime affreux dont la honte me suit
« Jamais mon triste cœur n’a recueilli le fruit… ».

Autre plainte élégiaque :

« Ariane, ma sœur, de quel amour blessée
Vous mourûtes aux bords où vous fûtes laissée ! »

Les personnages raciniens rêvent de tendresse tandis que la malédiction les accule à la férocité. 
Ainsi, Racine se sert de la passion amoureuse - mais aussi de l’ambition (Athalie, Agrippine) ou l’amour maternel (Andromaque, Clytemnestre) - essence de la tragédie - pour en réverbérer l’irrésistible lyrisme.
Le tableau de cette passion est l’ardente clef de voûte du poème théâtral. Amour éperdu, sensuel, ineffable, de PHÈDRE par exemple – « fille de Minos  et de Pasiphaé » envers son beau-fils Hyppolite :

« Je le vis, je rougis, je palis à sa vue ;
« Un trouble s’éleva dans mon âme éperdue ;
« Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler ;
« Je sentis tout mon corps et transir et brûler. »

rachel_o_connell.jpgConsciente de ses torts, certes, elle revendique la fatalité :

« C’est Vénus toute entière à sa proie attachée… » 

Malgré cette lucidité, lors de la fallacieuse rumeur de la morts de Thésée, Phèdre se flattera encore après son aveu à Hyppolite :

« C'est peu de t'avoir fui, cruel, je t'ai chassé .
« J'ai voulu te paraître odieuse, inhumaine,
« Pour mieux te résister, j'ai recherché ta haine.
« De quoi m'ont profité mes inutiles soins ?
« Tu me haïssais plus, je ne t'aimais pas moins… »
« …J’ai déclaré ma honte aux yeux de mon vainqueur,
« Et l’espoir, malgré moi s’est glissé dans mon cœur… ».
« Tout m’afflige et me nuit et conspire à me nuire. »

Racine plonge en totalité dans l’atrocité dramatique et, comme les Grecs, il métamorphose l’horreur en beauté :

- Visions épiques : tirade de Mithridate sublimant les spéculations politiques ou stratégiques pour un triomphe: « Jamais on ne vaincra le Romains que dans Rome… » (Acte III, s 1). Andromaque évoque la prise de Troie par les Grecs :
« Songe, songe, Céphise à cette nuit cruelle
« Qui fut pour tout un peuple une nuit éternelle… »
(III,8).
     -  Chœurs bibliques : ceux d’ « Athalie ». Ainsi le troisième : la trêve de la prophétie de Joad :
    « D’un cœur qui t’aime,
« Mon Dieu, qui peut troubler la paix ?
« Il cherche en tout ta volonté suprême,
 « Et ne se cherche jamais… » (III, 8)
   - Tragédie poétique : si Racine enserre les affres de l’adversité sanguinaire, le lyrisme travestit le pathos de l’inexorable sauvagerie, leitmotiv phosphorescent la détresse de « Phèdre » qui s’est suicidée après la mort dramatique d’Hippolyte :

« Déjà je ne vois plus qu’à travers un nuage
« Et le ciel et l’époux que ma présence outrage ;
« Et la mort, à mes yeux dérobant la clarté,
« Rend au jour qu’ils souillaient toute sa pureté. ».

Le chant métamorphose la tragédie
Sorte de clair-obscur, le thème de la lumière enflamme la pureté d’Hippolyte : « Le jour n’est pas plus pur que le fond de mon cœur. » qui défie l’équivoque inclinaison de Phèdre. Elle-même avoue :
« J’ai conçu pour mon crime une juste terreur :
« J’ai pris la vie en haine et ma flamme en horreur.
« Je voulais en mourant prendre soin de ma gloire… ».

Quant à Oreste, il sombre dans les ténèbres de la folie :
« …Mais quelle épaisse nuit tout à coup m’environne ?… » qui montre à quel degré de véhémence peut atteindre la poésie tragique de Racine.
Et cela pose immédiatement la question : quel acteur aujourd’hui est capable de « chanter » le vers de Racine ? aujourd’hui où l’on « revisite » tout, quitte à donner dans l’immondice ? aujourd’hui où, sous prétexte que métro attend le spectateur, on prend le train même à la Comédie Française (on se demande si les acteurs savent ce que veut dire « articuler » s'autorisant à « moderniser »)… Et pire encore au cinéma ou à la télévision !

« …Dans un mois, dans un an,, comment souffrirons-nous
Seigneur que tant de mers me séparent de vous ?
Que le jour recommence, et que le jour finisse,
Sans que jamais Titus puisse voir Bérénice… »

Anne-Flore Urielle


Catégorie : - POESIE
Page lue 74450 fois


Réactions à cet article

Personne n'a encore laissé de commentaire.
Soyez donc le premier !