Texte à méditer :  

Rêver un impossible rêve
Porter les chagrins des départs
Brûler d'une possible fièvre
Partir ou personne ne part
Aimer jusqu'à la déchirure
Aimer même trop même mal
Tenter sans force et sans armure
D'atteindre l'inaccessible étoile
Telle est ma quête
Suivre l'étoile ...

  
Jacques Brel
 
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  « Je relis Les Caractères, si claire est l’eau de ces bassins qu’il faut se pencher longtemps au-dessus pour en comprendre la profondeur » André Gide

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René Goscinny 2

AnneGO.jpgDeux légitimes hommages viennent de paraître : « MILLE ET UN VISAGES » (chez IMAV) merveilleuse somme de son œuvre et « Le bruit des clefs » (chez NiL) d’Anne Goscinny sa fille : « …Maman est rentrée seule à la maison ce jour-là. Vous étiez partis tous les deux. Un seul trousseau de clefs jeté sur le meuble de l’entrée. Tu étais mort… Mort jusqu’à quand ?... Bruit anodin qui allait guillotiner mon enfance…Le plus difficile dans cette histoire-là, c’est qu’il faut tout apprendre. Les dimanches sans toi. Les vacances sans toi, la maison sans toi, maman sans toi…». Anne avait 9 ans ,il lui avait naturellement dit « Au revoir mon petit chat » !

1959 semble une année faste pour René Goscinny : après ASTERIX,nicolas.jpg « LE PETIT NICOLAS » apparaît en compagnie des dessins de Jean-Jacques Sempé dans « Le Moustique », « Pilote » et « Sud Ouest ». « Il [René] arriva avec un texte dans lequel un enfant, Nicolas, racontait sa vie e ses copains aux noms bizarres. C'était parti, René avait trouvé la formule ». Comment expliquer une telle réussite plus de 50 après alors que nous vivons dans une atmosphère qui bafoue si violemment l’éthique ? Cet enfant unique habite chez son papa et sa maman dans une maison avec jardin. Il a 8 amis (Agnan le chouchou, Alceste (mange tout le temps), Clotaire (le dernier de la classe), Eudes (bagarreur), Geoffroy (riche), Joachim, Maixent et Rufus. Élève moyen, son carnet de note comporte des zéros et « Élève turbulent, souvent distrait. Pourrait mieux faire. » Supplice quand les parents le lisent, il sera privé de dessert ! Dans les illustrations, Nicolas se discerne à ses cheveux noirs. Certes, il y bénéficie de la douceur à travers les croquis de Sempé ; certes ce petit garçon raconte ses histoires avec ses mots qui font mouche, mais ses « chouette » ou « terrible » de l’époque pourraient sembler aujourd’hui dépassés et pourtant on s’arrache encore « Le Petit Nicolas », « Les Récrés du petit Nicolas », « Les Vacances du petit Nicolas », « Le petit Nicolas et les Copains », « Le Petit Nicolas a des ennuis » dans l'univers actuel où les rapports vis-à-vis des enseignants, par exemple, sont devenus âprement irrespectueux ! Il y a là, une transcendance magique : la tendresse. Le ton du Petit Nicolas va droit au cœur, simple et naturel. Quel que soit le milieu, les jeunes ont d’autant plus besoin de savourer une affectueuse complicité peut-être pour compenser l’air contemporain irrespirable d’excès brutaux. La grâce de plonger dans un monde d’une gentillesse débordante de malice ! Preuve du nouveau triomphe : les producteurs ont du penser la même chose, en 2009, qui financèrent le film de Laurent Tirard, « Le Petit Nicolas », scénario co-écrit avec Grégoire Vigneron et Alain Chabat (Maxime Godart dans le rôle-titre) ainsi que Kad Merad et Valérie Lemercier ses parents, Fidélité Films pour le cinquantième anniversaire de sa création – avec succès ! « Ma passion pour cette œuvre m’impose le devoir de faire en sorte – mais c’est aussi ma fonction – que cette adaptation soit la plus réussie possible. Je n’avais pas le droit de laisser passer quelque chose qui m’aurait paru ne pas convenir. Et puis j’ai eu l’énorme chance d’avoir en face de moi Laurent Tirard et Grégoire Vigneron, qui ont toujours été à l’écoute, ouverts à la discussion et avec qui cela a été un plaisir de travailler. J’ai aussi eu grand plaisir à échanger avec Alain Chabat quand il est intervenu. » Anne Goscinny. « Avant de voir le film, je n’avais vu que des photos de ce petit formidable, et il m’a beaucoup étonné. Il est parfait ! Il a le même côté bondissant. Il est charmant et représente une très bonne incarnation du Petit Nicolas. » Jean-Jacques Sempé.

202x225_4393b8ac18a230b_IZNO_CRI.jpgRené Goscinny raconte : « La série IZNOGOUD est née d'une façon spéciale : elle est curieusement issue du Petit Nicolas que je faisais avec Sempé. J'avais écrit une histoire où Nicolas était en vacances dans une colonie, avec un moniteur qui racontait des histoires aux enfants. Et il leur avait raconté l'histoire d'un méchant grand vizir qui voulait toujours devenir calife à la place du calife. C'était tout. Et, lorsqu'on nous a demandé une série à Tabary et moi pour la revue Record, j'ai pensé faire une parodie des Mille et une nuits, en prenant toujours le thème du vizir qui veut devenir calife et qui n'y arrive pas. Et puis j'ai décidé que là je m'abandonnerais à mon péché mignon de trouver les calembours les plus atroces.» Ainsi naquit (1962) « Les aventures du calife « Haroun El Poussah », avec la formule célèbre « Je veux être calife à la place du calife », premier personnage principal féroce conçu … Au temps des Mille et une nuits, Haroun el-Poussah, Calife bien aimé de Bagdad, avec Iznogoud son dévoué vizir. Iznogoud accompagné de Dilat Laraht, son homme demain. Iznogoud a une idée fixe : « devenir calife à la place du calife ! ». L'expression, passée maintenant dans le langage courant, a été inventée par René Goscinny. Devant un calife magnanime, Iznogoud synthétise brutalité et vanité égoïstes. Toutes ses tentatives pour déposer le Calife finissent irrémédiablement en cataclysmes, situations embrouillées - qui n'empêchent cependant pas de le retrouver à l'épisode suivant à son rang comme si rien n’était arrivé. Le Calife, loin de la paranoïa, semble inconscient. Et la disparité entre ces deux personnages ainsi que la infortune du vizir si obtus dans la mise au point de ses cabales « machiavéliques » font toute l’audace comique de la série. Iznogoud personnifie le « don » de Goscinny qui entrelace d’allusions culturelles et historiques transposées (notamment les maires du palais et les rois fainéants), de jeux de mots sur les noms des personnages, et de calembours bigarrés. Tabary remarque :« Tout ce que j’avais lu de Goscinny était d’une grande qualité, donc, j’ai commencé cette collaboration uniquement parce que c’était lui. Nous avions la même mécanique du gag mais lui faisais rire à ses dépends, moi je faisais rire aux dépends des autres ». Face àPlantu-Sarkosy.jpg l’apothéose d’ASTERIX, Iznogoud aurait sans doute du demeurer un à côté : Goscinny avait une affection particulière pour ce dernier : « Je lui ai donné une telle perfection dans l’ignoble qu’on souhaite qu’il réussisse dans ses entreprises les plus basses ». Dans le « Journal du dimanche » du 8 décembre 1974, alors que le premier ministre Jacques Chirac rend visite à Saddam Hussein pour vendre le procédé SÉCAM, René Goscinny imagine de remplacer l'homme d'État irakien par le personnage d'Iznogoud. Depuis le 14 janvier 2005, PLANTU a souvent caricaturé Nicolas Sarkozy en Iznogoud (même tunique et burnous). Candidat déclaré de Jacques Chirac à l'élection présidentielle française de 2007 (« calife à la place du calife »), le ministre de l'intérieur Sarkozy s'oppose en 2005 au président de la République, refusant l'entrée de la Turquie dans l'Union Européenne, lui valant cette caricature sous le titre « Turquie, immigration, Sarkozy défie Chirac ».

Ainsi, l’énumération de ses œuvres expliquerait qu’en 1977, littéralement épuisé, René Goscinny meurt à 51 ans : le cœur probablement affaibli s’arrête de battre au cours d’un test d’effort… Car, s’ajoutaient des dizaines de séries, des milliers de personnages et de jeux de mots.

« Je ne suis pas moraliste, je ne donne pas de leçons, je n'ai jamais pu me prendre au sérieux, et j'aime faire rire. » telle serait la devise de René Goscinny et Anne, sa fille, réplique dans « Le bruit des clefs » : « Sais-tu, papa, ce que ton œuvre a de constant ? Tu n’as jamais donné la mort … De ton univers, tu es le seul mort. Moi j’aurais aimé être l’un de tes personnages : une enfance qui n’en finit pas…Tu es un puzzle qui ne sera jamais complet… Tu tapais (sur la machine à écrire) vite, très vite. Comme si tu avais su que tu n’aurais que peu de temps pour inventer un village breton, des villes du Far West, des enfants aux prénoms insolites…Quand je te lis, je ris aux larmes. Qui vient d’abord des larmes ou du rire ? ».

Lorsqu’on voulait lui présenter René Goscinny, MALRAUX répondait, « on ne mélange pas les torchons et les serviettes » ; mais lorsqu’il le rencontra vraiment il s’exclamera : « Moi j’ai parlé de mythes, vous vous en avez créé ! »

Anne-Flore Urielle


Catégorie : - ART
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