Texte à méditer :  

Rêver un impossible rêve
Porter les chagrins des départs
Brûler d'une possible fièvre
Partir ou personne ne part
Aimer jusqu'à la déchirure
Aimer même trop même mal
Tenter sans force et sans armure
D'atteindre l'inaccessible étoile
Telle est ma quête
Suivre l'étoile ...

  
Jacques Brel
 
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  « Le vrai travail c'est quand je cherche avec l'air de ne rien faire...chercher une idée et espérer qu'elle vienne, ça oui c'est du travaii !" René Gosscinny

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LE CINÉMA COLONIAL 1- Français

« Que serait l'Afrique sans les blancs ? Rien ; un bloc de sable ; la nuit ; la paralysie ; des paysages lunaires. L'Afrique n'existe que parce que l'homme blanc l'a touchée ».V Hugo, Discours à l'Assemblée Constituante (1879). « On me parle de progrès, de "réalisations", de maladies guéries, de niveaux de vie élevés au-dessus d'eux-mêmes. Moi, je parle de sociétés vidées d'elles-mêmes, des cultures piétinées, d'institutions minées, de terres confisquées, de religions assassinées, de magnificences artistiques anéanties, d'extraordinaires possibilités supprimées ». Aimé Césaire (1950)

« Le GRAND JEU » de Jacques Feyder, 1934 – assisté par Marcel Carné, dialogues de Charles Spaak. Vedettes qualifiées : Marie Bell, Pierre Richard-Willm, Charles Vanel, Françoise Rosay (épouse de Feyder), Georges Pitoëff et Pierre Larquey. Un jeune rentierGrandJeu.jpg parisien, Pierre, dilapidateur, surtout pour Florence sa maîtresse, est obligé par sa famille à s’engager dans la Légion Étrangère pour échapper au déshonneur de la ruine: ici cette dernière est considérée comme une punition. Il se liera d’amitié avec Georges Pitoëff (un russe ayant sans doute fuit la Révolution de 1917) et Françoise Rosay (tenancière de leur hôtel). Et là va se jouer un jeu de miroir qu’on retrouve dans beaucoup de films de l’époque (cf. « Copie Conforme » immortalisé par Louis Jouvet de Jean Dréville, 1947). Pierre rencontre Irma, une prostituée, véritable sosie de Florence… (Marie Bell jouait les 2 rôles avec une autre voix pour Irma). Toujours amoureux de  Florence, il se laisse bercer par l’illusion et prend Irma sous sa protection. Au moment où son engagement dans la légion aurait pu se terminer, la rencontre avec Florence (entretenue par un quelconque richissime « bey ») qui ne l’aime plus depuis longtemps (« il fallait vivre »), le pousse à se réengager et sans doute mourir au combat, mort prédite par Françoise Rosay lui tirant les cartes du « grand jeu ». Cette bluette est heureusement transcendée par l’interprétation stupéfiante des acteurs, Pierre Richard-Willm, « idole » à la mode, donne une chaleur humaine à son personnage. Le 6 février 1935 dans « Le Canard enchaîné », Henri Jeanson révèle qu'une partie des dialogues fut censurée à la sortie du film. Conversation entre légionnaires : supprimer « La guerre, quoi ! Avant-hier les Rifains, hier les Chleuhs, demain... ». Au moment où Françoise Rosay tire les cartes pour la première fois, rayer: « Tu vas tuer un homme, tiens, parbleu ! Ce ne sera pas la première fois ». Pendant la construction de la route effacer: « Ils défendent leur terre ». Cette censure s'avère révélatrice ! L’économie locale repose sur la présence de la Légion. Certes il s’agit de « petits blancs » mais les arabes sont cantonnés à l’état de décor…  

LA BANDERA de Julien Duvivier réalisé, d'après un roman de Pierre Mac Orlan, en 1935. Adaptation, dialogues : Julien Duvivier, Charles Spaak. Avec Jean Gabin, Annabella, Viviane Romance, Robert Le Vigan, Pierre Renoir…Pierre Gilieth, un criminel français ayant tué un homme dans un bar de la rue Saint-Vincent à Paris, décide de fuir la France et s'engage dans la Légion étrangère espagnole. Sans le savoir, celui-ci est suivi par Fernando Lucas, un indicateur de pepe268.jpgpolice tenté par la prime. Mais les deux hommes vont s'unir et devenir amis...

« PEPE LE MOKO » de Julien Duvivier (1937). Scénario d'après le roman d'Henri La Barthe (alias Ashelbé). Dialogues d’Henri Jeanson. Avec Jean Gabin et une pléiade d’acteurs: Mireille Balin, Fernand Charpin, Marcel Dalio, Fréhel, Gilbert Gil et l’inénarrable Saturnin Fabre (au langage très châtié face au français approximatif soit des truands soit des « indigènes »). « Pépé le Moko, c'est l'installation officielle, dans le cinéma français d'avant-guerre, du romantisme des êtres en marge, de la mythologie de l'échec. C'est de la poésie populiste à fleur de peau : mauvais garçons, filles de joie, alcool, cafard et fleur bleue ». (Jacques Siclier). Graham Green décèle même « Un thriller poétique ». La police veut arrêter le chef de la pègre parisienne, Pépé le Moko, réfugié dans la Casbah d'Alger avec sa bande. Il y est intouchable, mais ne peut en sortir sans se faire arrêter. Sa vie bascule lorsqu’il tombe amoureux de Gaby, mirifique demi-mondaine couverte de bijoux – tentants pour ses acolytes ! - passée là par hasard. Parisienne et sophistiquée, haïe par Inès, maîtresse de Pépé. Mais rien n’échappe à l'inspecteur Slimane: avec finesse il guette le triangle amoureux qui délogera le populaire malfrat  de sa tanière. Pourtant il s’entendra traiter de « paresseux » parce qu’il n’a pas encore passé les menottes à Pépé le Moko, « Je tiens à ma peau car je n’en ai qu’une ! ». La présentation de la Casbah a des relents raciste, (fâcheusement ordinaire à l’époque), d’ailleurs reconstruite en studio à Paris) : « Il n’y a pas une Casbah, il y en a 100 » - avec toutes sortes de « races », plus la vermine et les odeurs nauséabondes »… «Un maquis, grouillant comme une fourmilière, un vaste escalier dont chaque terrasse est une marche et qui descend vers la mer. Entre ces marches des ruelles en forme de guet-apens, des ruelles qui se croisent, …dans un fouillis de labyrinthes… des cafés obscurs PepeM.jpgbondés à toute heure. ». Un je ne sais quoi de poisseux réaliste et xénophobe… Ainsi verra-t-on Gaby et ses amis s’y « aventurer » pour « le pittoresque » - en touristes ! Fréhel chanteuse qui a perdu son public, interprète « Où est-il donc ? », nostalgie qui évoque Paris ; Jean Gabin chante aussi, comme à ses débuts dans le music-hall. Or, à travers les dialogues de Jeanson l’exotisme s’inverse : la Casbah devient prison et  Paris une chimère. Contraste entre la description du début, « « une mer colorée, vivante, multiple, brûlante », avec les scènes sinistres et visqueuses à l’intérieur de la Casbah. L’enfermement ressenti par Pépé, alors qu’il en est le maître, s’exacerbe. Avec sa gouaille inimitable il dit à Gaby, « avec toi, je m’évade ». Elle incarne le spleen : «Tu sens bon, tu sens le métro. En première… »… Pour la petite histoire Gabin aura une liaison avec Mireille Ballin qui tombera ensuite dans les bras de Tino Rossi pour finir jugée par les tribunaux de l’épuration. [Les américains en firent un mauvais remake « Algiers »]. Néanmoins, ici, le monde français supérieur et la masse colonisée sont ouvertement séparé selon une normalité sans états d’âme : difficulté des français à s’habituer au climat et au genre de vie local. Très révélatrice cette visite des « touristes » Parisiens dans la Casbah comme s’ils pénétraient dans un univers sauvage à la limite du terrifiant ! Certes l’inspecteur Slimane (algérien qui semble pratiquer l’islam) écrasera Gabin mais il n’en reste pas moins un inférieur simple auxiliaire de police et les honneurs reviendront aux français… seul le drame occidental épicé se rehausse enchantera les foules.

« L'HOMME DU NIGER » (1940) réalisé par Jacques de Baroncelli. Scénario, Albert Dieudonné d'après le livre de Jean Paillard etx-hommeduniger-nb2.jpg dialogues, Joseph Kessel. Encore un mélo – cette fois en Afrique ! Le commandant Breval (Victor Francen) souhaite construire un barrage sur le Niger pour fertiliser le Soudan. Un homme politique, en mission, arrive avec sa fille (Annie Ducaux) qui s’éprend de cet intrépide tandis que le petit lieutenant Parent (Jacques Dumesnil) s’en amourache… L’héroïque  Breval épaule un village ! Le soir des fiançailles Victor Francen disparaît et la délaissée se consolera avec Jacques Dumesnil. En fait, Victor Francen avait attrapé la lèpre (lors du sauvetage), soigné par le Major Bourdet (Harry Baur), réfugié au Niger, il édifie son cher barrage déguisé en africain. Ensuite cela tourne au vaudeville : Victor Francen, guéri, avoue son amour à Annie Ducaux : ils sont découverts par le mari Jacques Dumesnil ! Etc. Pour couronner le tout un agitateur africain provoque une émeute contre le barrage et tue le commandant. Tristement révélateur de l’idéologie impériale de la IIIème République ! Les africains représentés en grands enfants incapables et inconscient de ce qui est bon pour leur pays sans le soutien dévoué des gentilles religieuses blanches et des officiers de la Coloniale. En plus ils sont ingrats ! Ils préfèrent aller chez le sorcier plutôt que dans le bel hôpital offert par les français – exprès pour eux. De surcroît, ils se rebellent contre ce barrage, symbole du progrès ! Ce discours nauséabond, recouvert d’un déluge de pathos à travers la tragédie d’un commandant, prétendument humaniste, qui découvre qu’il a la lèpre à la veille de son mariage… Rien de reluisant, donc, à part quelques dialogues soi-disant comiques entre officiers… Le film semble uniquement porté par le grand Harry Baur : or sa maestria, attirant des jalousies, le fit passer pour juif. Goebbels « poursuivra le cas Bauer». Arrêté, par la Gestapo, en 1942 et libéré 4 mois plus tard, il ne se remettra jamais des tortures subies.

Anne-Flore Urielle


Catégorie : ARTICLES - CINEMA
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