Texte à méditer :  

Rêver un impossible rêve
Porter les chagrins des départs
Brûler d'une possible fièvre
Partir ou personne ne part
Aimer jusqu'à la déchirure
Aimer même trop même mal
Tenter sans force et sans armure
D'atteindre l'inaccessible étoile
Telle est ma quête
Suivre l'étoile ...

  
Jacques Brel
 
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  « En lui était la vie et la vie était la lumière des hommes" évangile de Jean

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CINÉMA COLONIAL 2 - U.S.A

Nous avons vu comment dans le cinéma français d’avant guerre le romanesque des élégants costumes blancs, l’aura de la Légion Étrangère et l’exotisme masquent la réalité de la colonisation réduite à un faire valoir pour les « blancs »… Les américains semblent encore moins scrupuleux : au XIXe siècle, on confine lesMarlene_Dietrich_Gary_Cooper_Morocco.jpg Indiens dans des réserves (cf. « l'Indian Removal Act » du président A. Jackson) et l’apartheid contre les noirs, dans les États du Sud, disparait grâce au président Kennedy et Martin Luther King… 

« Cœurs brûlés » (MOROCCO) 1930, Josef von Sternberg. Après « L'Ange bleu », deuxième film qui réunit le couple Marlene Dietrich / Josef von Sternberg. La chanteuse Amy Jolly (Marlene Dietrich) arrive au Maroc dans un cabaret de Mogador où elle remarque le beau légionnaire (pléonasme !) Tom Brown (Gary Cooper)…Finalement Amy délaissera un milliardaire pour se précipiter vers son militaire, soumise au sort des épouses indigènes qui suivent les unités dans le désert. Marlene Dietrich surannée meneuse de beuglant, étincelante à travers la maîtrise du noir et blanc de Sternberg qui l’exhaussait pour relancer sa carrière aux U.S.A. Gary Cooper, lui, saisissait la chance d'affirmer son type de séducteur souverain. Peu importait la peinture sociale de la femme ou des marocains colonisés ! « Cœurs brûlés » recopie les banales ficelles du cinéma: amour contrarié et exploits… Véritable escroquerie, l’espace brûlant d’un Sahara en carton pâte et surtout ses habitants pressurés non seulement par leurs colonisateurs mais aussi par Hollywood !

« LES TROIS LANCIERS DU BENGALE » d’Henry Hathaway, 1935. «…de génération en génération, une poignée d'hommes a assuré l'ordrethe-lives-of-a-bengal-lancer-movie-poster-1935-1010456196.jpg pour 300 millions de personnes grâce au colonel et aux hommes qui ont fait les Indes britanniques, qui font passer le devoir avant tout… Lorsque les hommes de sa trempe s'éteindront, ce sera la fin ». Cette phrase résume excellemment le film gratifié de clichés du genre : le méchant lâche et rétif (contre la colonisation) avec sa vilaine religion, l’islam. L’ombre traîtresse d’une femme. Un colonel inflexible, même envers son fils. (la phrase ci-dessus le définit). Ainsi s’affrontent la discipline Britannique et l’affectivité américaine: Gary Cooper qui dans ce régiment des lanciers du Bengale protége le fiston du colonel ! Banale opposition entre l’honneur et le cœur. Seuls les splendides décors (Sierra Nevada) et l’interprétation, en particulier de Gary Cooper, ravalent ces stéréotype et un scénario mal bâti. Hathaway, à l’aise dans sa propagande colonialiste, est incapable de justifier la révolte contre la main de fer impérialiste, traitée de « rebelle ». Ainsi s’adresse-t-on à un serviteur indien : « Je suis là pour salir mes bottes, tu es là pour les essuyer ». [On y déniche la réplique, « Nous avons les moyens de vous faire parler » (Mohammed Khan) que Francis Blanche, affublé d’un uniforme de la gestapo, tournera en dérision dans « Babette s'en va-t-en guerre » avec B. Bardot].

« STANLEY ET LIVINGSTONE », 1939, d’Henry King et Otto Brower avec Spencer Tracy et Cédric Hardwicke. Sujet historique d’une équipée humaine édifiante, car face à la crise de 1929, Hollywood retourne aux exploits pionniers idéalistes (même au prix du sang). Occasion de favoriser ces colons modèles qui œuvrent pour le bien de l’humanité. Mais le projet sera raté et la belle Afrique, ses peuples et sacasablanca.jpg civilisation, est arbitrairement occultée, reléguée à une atmosphère !

"CASABLANCA" (1942) de Michael Curtiz, scénario Julius J. Epstein…« FILM CULTE » selon le cliché à la mode. Mélodrame  avec, en têtes d'affiche, Humphrey Bogart et Ingrid Bergman ! Pendant la Seconde Guerre mondiale dans la ville contrôlée par Vichy : Rick Blaine (Humphrey Bogart) partagé entre l'amour et le devoir ! Oscar du meilleur film (1944), Casablanca deviendra le troisième plus grand film américain, après « Citizen Kane » et « Le Parrain ». La chanson racoleuse « As Time Goes By » (comme le temps passe), interprétée par Dooley Wilson est de Herman Hupfeld (1931). Curtiz ennoblit son art du noir et blanc en clairs-obscurs, effets divinement nostalgiques jusqu’à l’expressionnisme autour d’Ingrid Bergman. Selon Umberto Eco malgré « le roman-photo sans crédibilité…Le mythe du sacrifice traverse tout le film ». En écho à la guerre, ce romantisme aurait soutenu la population. Et Serge Chauvin des « Inrockuptibles »: «Si cet objet impossible passionne les cinéphiles comme le grand public, c'est peut-être parce qu'il représente Hollywood à l'état pur, le triomphe anonyme d'une machine à fictions, avec d'autant plus d'éclat paradoxal que l'usine à rêves se nourrit ici du réel brûlant d'une guerre en cours, à l'issue incertaine ». Certes, il y eut la conférence de Casablanca (1943) pour préparer la stratégie Alliée du Débarquement, certes, Bogart (Rick Blaine) aide les juifs à fuir vers les USA, cependant qu’en est-il des « indigènes » ? Là le « mythe » s’abîme en décor « tropical » sinon malveillant à l’égard de ces êtres humains. Réduits à un flou 37016.jpgoù s’entremêlent djellabas et femmes voilées. Surgit, sur un marché, une prétendue malhonnêteté des marocains : « Il vous vole ! »; tandis que le commandant vichyssois (Claude Rains) baigne dans la malversation… Ainsi focalise-t-on le public sur le couple Bergman/Bogart « tragédie » occidentale représentée par le « grand résistant » (mari vaudevillesque !) pour le conformer (ou conforter) dans cette vision colonialiste…

« LA CROISÉE DES DESTINS » (Bhowani Junction) George Cukor, 1956. Situé en 1947 année cruciale pour l’Inde vers l’Indépendance (Gandhi a encore un ans à vivre). Événement historique incarné par une femme militaire britannique, Victoria Jones (merveilleuse Ava Gardner !) que rencontre le colonel anglais Rodney Savage, chargé du trafic ferroviaire (Stewart Granger). Jacques Lourcelles (écrivain de cinéma) souligne à quel point cette Victoria va suggérer la plus part des problèmes qui se posent à ce pays : métisse déchirée, aimée par 3 hommes un anglais et 2 indiens, l’un non violent l’autre extrémiste. « Est-elle faite pour être indienne ou pour être anglaise ?" Sans sous-estimer la cruauté de ce dilemme, George Cukor répond : elle est surtout faite pour être heureuse. Et le dénouement la verra plus belle encore quand le bonheur l'illumine ». Ainsi à travers elle on tente de nous faire comprendre la question indienne. Au-delà des scènes de foule impressionnantes, Cukor se focalise sur Ava Gardner. Magnifique prestation et autant de costumes (des saris de toutes les couleurs) que de péripéties ! Nonobstant la tentative d’analyse psychologique censée symboliser l’état des lieux – pour une fois la culture locale mise en exergue - l’exotisme, le cinémascope et le couple glamour captivant, donc, l’émotion et la sensualité risquent de fausser la réflexion. L’Inde s’efface devant le faste et émotion !

Anne-Flore Urielle


Catégorie : - CINEMA
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