Texte à méditer :  

Rêver un impossible rêve
Porter les chagrins des départs
Brûler d'une possible fièvre
Partir ou personne ne part
Aimer jusqu'à la déchirure
Aimer même trop même mal
Tenter sans force et sans armure
D'atteindre l'inaccessible étoile
Telle est ma quête
Suivre l'étoile ...

  
Jacques Brel
 
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  « Je relis Les Caractères, si claire est l’eau de ces bassins qu’il faut se pencher longtemps au-dessus pour en comprendre la profondeur » André Gide

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« ÉVANGILE et LIBERTÉ » : 100 ans !

3 textes de Raphaël Picon professeur et doyen de la Faculté de théologie protestante de Paris et rédacteur en chef de la rédaction.

Théologien sans être crétin(article « Libération » 20/ 11/ 2011)

Paraclet_2.jpgLes médias français n'aiment pas la théologie. Pour eux, ce mot est un gros mot. Il est d’emblée synonyme d’idéologie, de discours alambiqués, de vieilles querelles byzantines. Beaucoup d’universitaires français partagent ce mépris. En la matière, aucun autre pays d'Europe n'est aussi sectaire que la France. Quand on veut discréditer quelqu'un, ne dit-on pas de lui qu'il fait de la théologie ? Les seuls théologiens dont on parle, ce sont des imams salafistes qui excitent leurs fidèles. Certes, la théologie n'a pas toujours brillé par son intelligence. Et les propos homophobes de quelques évêques n'arrangent rien à l'affaire. Mais le problème de cette incurie à l'endroit de la théologie, c'est qu'elle fait le lit des intégrismes et de l'islamisme. Pour parler dans les médias de caricatures sur le religieux, on invite sociologues, anthropologues, commentateurs professionnels... Chacun a son mot à dire. Mais jamais un théologien au Grand Journal de Canal + ! C'est pourtant lui, ce théologien, et sans doute lui seul, que les imams, ceux là même qui instruisent les fidèles, auraient une chance d'écouter. Mais des théologiens ont, eux aussi, été frappés par quelques Lumières qui les ont libérés de l'obscurantisme, sans pour autant les rendre illuminés. Ils disent au quotidien que Dieu est toujours au-delà de Dieu, qu'il (elle) n'est jamais réductible à ce qu'on peut faire de lui (elle). Nombre d'entre eux ont Nietzsche pour maître, se passionnent pour Marx et lisent Freud. Qu'ils soient juifs, chrétiens ou musulmans, ils enseignent à déconstruire sans réserve leurs mythes et leurs textes fondateurs. Et ils savent que l'on peut être critique et croyant. Seuls les penseurs de ces monothéismes des Lumières pourraient, s'ils avaient une chance d'être entendus, construire un autre rapport au religieux. Lisons-les, recensons-les, dialoguons avec Eux ! On découvrira alors qu'on peut être croyant sans être crétin. Et qu'on peut être religieux tout en préférant les nourritures terrestres aux dissertations sur le sexe des anges. On ne sauvera les religions du fanatisme, qui toujours les menace, qu'en donnant la voix à ceux que notre société ignore superbement : les théologiens !

Peut-on encore croire ?

Peut-on encore croire en un Dieu créateur et en un Dieu sauveur ? Oui, assurément ! Le Dieu créateur est le Dieu qui éternellement redonne du goût à la vieDISCIPLES_D4EMMAUS-REMBRANDT.jpg et rend le monde plus lumineux. Dieu est ce poète du monde qui sans relâche lutte pour rendre nos existences plus intenses et créatrices. Le Dieu sauveur est le Dieu qui éternellement nous inclut en lui et se laisse transformer par nous. Notre participation à Dieu : voilà notre véritable salut ! Car être sauvé, c’est être en Dieu ; savoir que, pour lui, nous comptons, nous existons. Pour la philosophe HANNAH ARENDT (1906-75), dans son ouvrage « Qu’est-ce que le politique ? » le totalitarisme est la prétention à faire le bien comme si les autres n’existaient pas, sans prendre en compte les situations vécues et les histoires concrètes. Le Dieu qui sait tout, qui fait tout et qui peut tout, qui dispense ses biens comme si nous n’existions pas, reflète un mode de pensée totalitaire, et sert bien souvent l’autoritarisme ecclésial. Tout autre est le Dieu que Jésus incarne ! En lui, en l’homme, Dieu compose avec l’humanité et agit à travers elle. L’aventure de Dieu devient la nôtre et c’est ainsi qu’il nous sauve. Non pas en nous projetant dans une vie sans fin, mais en redonnant sans cesse à cette vie-ci un souffle d’éternité. Celui par lequel nous nous découvrons, en Dieu, capables de merveilles. Dieu nous crée en nous sauvant de l’insignifiance. Rien n’est indifférent à Dieu, et lui dire oui, c’est contribuer à faire qu’il soit. C’est faire triompher son Évangile de beauté et de justice sur un monde de médiocrité et d’exclusion. Nous sommes sauvés, non parce que nous agissons pour Dieu, mais parce que affaires-cutes-iwk5cunAXv.giflui-même nous fait confiance et nous rend capables d’actions. Voilà pourquoi Jésus ne nous invite pas à croire que Dieu existe, mais à croire que, pour Dieu, nous existons. 

Être protestant libéral

Être protestant libéral, ce n'est pas s'arroger le monopole de la liberté de croire et de penser. Ce n'est pas se réserver l'idée que l'amour de Dieu est pour tous, que Dieu se révèle ailleurs que dans le Christ, qu’il est au-delà de ce que nous disons à son sujet. Être protestant libéral, ce n'est pas s'attribuer le fait qu'Évangile et liberté s'appellent mutuellement. Cela, tous les chrétiens sont invités à le croire et le penser. Être chrétien, c'est être libre, inspiré par l'Évangile du Christ, celui de l'insurrection de la vie contre la mort, de la libération contre toutes les aliénations (religieuses, politiques, économiques, culturelles, etc.). Cette liberté naît de se savoir reconnu et autorisé dans l'existence. Tel que je suis, et tel que je suis avec Dieu. C'est-à-dire continuellement recréé par lui, attiré par lui vers une existence plus épanouie et en lutte pour un monde plus accompli. Être chrétien, c'est forcément associer l'Évangile à la liberté. Un Évangile sans liberté serait une loi tyrannique ; une liberté sans Évangile risquerait d'être sans amour. Le protestantisme libéral n'est pas une variante parmi d'autres du christianisme : il cherche à incarner l'essence même du christianisme. Il œuvre ainsi à rendre le christianisme possible. Il le libère de l'esprit d'orthodoxie qui souvent l'étouffe. Il préfère les questions ouvertes, celles qui rappellent que la vérité est toujours objet de recherche, aux réponses définitives qui contrarient la pensée. Il confesse un Dieu sans barbe, libéré de ses oripeaux mythologiques qui bêtifient la foi. Il lutte contre l'obscurantisme religieux, les dogmatismes, les fondamentalismes et les sectarismes. Il n'a de cesse de rappeler que le Christ est l'utopie réalisée d'un être nouveau, libre, aimé. Être un protestant libéral, ce n'est pas être le fidèle d'une chapelle de la liberté, c'est retrouver et vivre le christianisme lui-même, dans la liberté fondamentale à laquelle il nous appelle.

Pour trouver d'autres articles intéressants voir : http://www.evangile-et-liberte.net/ et  http://protestantsdanslaville.org/


Catégorie : - ACTUALITE
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