Texte à méditer :  

Rêver un impossible rêve
Porter les chagrins des départs
Brûler d'une possible fièvre
Partir ou personne ne part
Aimer jusqu'à la déchirure
Aimer même trop même mal
Tenter sans force et sans armure
D'atteindre l'inaccessible étoile
Telle est ma quête
Suivre l'étoile ...

  
Jacques Brel
 
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  « Le vrai travail c'est quand je cherche avec l'air de ne rien faire...chercher une idée et espérer qu'elle vienne, ça oui c'est du travaii !" René Gosscinny

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« LA PRINCESSE DE CLÈVES »

Précieuse passéiste ou passion contemporaine ?

La-Fayette.jpgCe diamant, pionnier du roman français, est nettement inspiré par la Préciosité. Clarifions ce terme : quand Molière se moque des « Précieuses Ridicules », il critique celles qui les singent pour épater leurs semblables. Or, ce mouvement des Précieuses affirme l’une des premières revendications féministes : au temps des Mousquetaires, entre la trivialité du Béarnais Henri IV et la rudesse misogyne de son fils Louis XIII, les dames de la cour aspirent à plus d’égards ! On n’imagine pas « Louis le Juste » crachant dans le décolleté de sa voisine de table ! Exacte ou fausse cette anecdote définit leurs usages. Et Bossuet admonestait : « Les femmes n'ont qu'à se souvenir de leur origine, et sans trop vanter leur délicatesse, songer après tout qu'elles viennent d'un os surnuméraire où il n'y avait de beauté que celle que Dieu y voulut mettre ». Ainsi se créa une société précieuse éprise de courtoisie (au sens des Romans Courtois) et de raffinement dans les mœurs et l’écriture. Les fines lettrées, en l’hôtel de la duchesse de Rambouillet, élaborent la succulente science d’une « CARTE du TENDRE » (Mademoiselle de Scudéry 1654). Ses villages jalonnent la route de « Nouvelle amitié » à « Tendre-sur-Reconnaissance » ! On se souvient de Roxane dans « Cyrano de Bergerac » (E. Rostand) : «…délabyrinthez vos sentiments ! ». Exister en exigeant ce genre de parcours. On s’applique à élucider les points les plus épineux ou, avec une intelligence fort déliée, à étudier les ressorts du cœur humain.

MADAME de LAFAYETTE, auteur de « La Princesse de Clèves » (1678), flanquée des ses amis la marquise de Sévigné et LaMarina_Vlady_princesse_de_cleves.jpg Rochefoucauld, en est la parfaite héritière. Si elle vit à la cour de Louis XIV, le cadre de son roman se situe à celle des Valois (Henri II fils de François Ier), nuance d’irréalité. Sa qualité harmonise subtilité romanesque et une véracité classique dépouillée. Étrange atmosphère : la religion, (surtout les guerres entre protestants et catholiques) absente ; les grimaces sournoises des rivalités courtisanes à peine insinuées ; on pénètre, ainsi, dans une galaxie planant au-dessus des contingences, orientée uniquement vers les êtres. La première phrase du livre : « La magnificence et la galanterie n’ont jamais paru en France avec tant d’éclat que dans les dernières années du règne d’Henri second » = « il était une fois… ». Féerie qui nous invite à la magie de l’Amour !Et tout commence comme un conte : « Il parut alors à la cour une beauté qui attira les yeux de tout le monde…Mme de Chartres (sa mère), qui était  extrêmement glorieuse, ne trouvait rien qui fût digne de sa fille : la voyant dans sa seizième année, elle voulut l’amener à la cour…La blancheur de son teint et ses cheveux blonds lui donnaient un éclat que l’on n’a vu qu’à elle ;tous ses traits étaient réguliers, et son visage et sa personne étaient pleins de grâces et de charmes ». Rare portrait de l’héroïne, excepté son innocence qui l’empourprait souvent… Rien sur le couple malgré la « passion violente et inquiète » du Prince de Clèves. Il la possède, elle semble obéissante et atone. Car le 72645.jpgmerveilleux se prolonge au cours d’un bal par la rencontre de Mme de Clèves et du duc de Nemours dont « elle avait ouï parler à tout le monde comme ce qu’il y avait de mieux fait et de plus agréable à la cour… ». « Quand ils commencèrent à danser, il s’éleva dans la salle un murmure de louanges… ». « Se voyant souvent, et se voyant l’un et l’autre ce qu’il y avait de plus parfait à la cour, il était difficile qu’il ne se plussent infiniment ». L’attrait essentiel du roman s’installe dans la l’exploration virtuose et exquise de l’évolution de cette passion. Elle rougit souvent ou se pâme, non par conformisme mondain, mais parce que sa perspicacité identifie une sensualité inconnue. On en épie la moindre touche avec un sens du détail prémonitoire : la scène du tournoi, par exemple, où le choc ressenti par Mme de Clèves, lors de l’accident de Nemours, découvre à ses propres yeux cette attirance. On songe à la maîtrise d’un Tolstoï dans un épisode presque identique de « Anna Karénine » ! Tandis que la fin rappelle « La chartreuse de Parme » (Stendhal)… la splendide aventure se clôt d’une façon extraordinaire. Selon la jolie sentence de Louise de Vilmorin : « persuadée de ce que les abandons étaient la source des abandons, même veuve, Mme de Clèves s’interdit de13_jtgwc.jpg s’abandonner pour ne pas être abandonnée ». Irrésistible parce qu’elle résiste ! Elle se refuse à M. de Nemours autant par souci de sa tranquillité que par respect d’un factice « élégant devoir » envers son défunt mari. Romantisme de l’inachevé, qui insuffle une mélancolie rêveuse. D’ailleurs cette peur d’aimer, que La Rochefoucauld définit avec délicatesse dans ses « Maximes », « La même fermeté qui sert à résister à l’amour, sert aussi à le rendre violent et durable », « Qu’une femme est à plaindre quand elle a tout ensemble de l’amour et de la vertu ! », agita les esprits à la sortie du livre. Début de trois siècles de controverses aiguës : « Phèdre » de Racine, jouée en 1777, de sorte qu’on y vit son influence tout autant que celle de Corneille… continuité de la trame d’un sujet intemporel et universel. Débats toujours présents : raison de cette fuite alors que tout paraissait aller de soi ? Que signifie ce déni du bonheur ? Quelle exigence meut l’héroïne ? Agit-elle sans entraves ? Apothéose d’un amour absolu ou masochisme ? Allégeance à l’époux ou terrible angoisse existentielle ? Ces problèmes se résoudront-ils un jour ?

Au-delà du jargon précieux, ces Princes Charmants pourraient se transformer en ouvriers ou paysans dans une intrigue tellement humaine ! L’esthétique propre à la fiction psychologique, sobriété vigoureuse, richesse des notations dans la simplicité du sujet, appartient au talent de Mme de La fayette. Elle n’a pas écrit le roman caractéristique d’une époque et d’un milieu ; elle initie toute une tradition du récit analytique, dense, serré, fouillé, triomphe du genre. L’effet éclatant s’en dégage avec discrétion, sans insistance excessive. Parmi la nécropole de tant d’ouvrages anéantis par l’oubli on s’aperçoit que le temps revivifie certains – un ancien président de la République a, ainsi, commis l’impair de sa vie ! Précisément la plume de Mme de La fayette, très 17ème, donne un caractère d’exception à une histoire tout à fait lumineuse et ordinaire. L’étrange véracité des évènements de cette création draine des émois encore insondables aujourd’hui - si proches ! – nous en vibrons encore…

Le lecteur aura remarqué les illustrations extraites du film éponyme de J. Delannoy (1961) pour lequel J. Cocteau participa au scénario (Marina Vlady, Jean-François Poron et Jean Marais (excepté le portrait de Mme de La fayette et une photo des « Précieuses Ridicule » (Molière). 

Delphine Desange


Catégorie : ARTICLES - LITTERATURE
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