Texte à méditer :  

Rêver un impossible rêve
Porter les chagrins des départs
Brûler d'une possible fièvre
Partir ou personne ne part
Aimer jusqu'à la déchirure
Aimer même trop même mal
Tenter sans force et sans armure
D'atteindre l'inaccessible étoile
Telle est ma quête
Suivre l'étoile ...

  
Jacques Brel
 
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  « En lui était la vie et la vie était la lumière des hommes" évangile de Jean

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LA MOSQUÉE DE CORDOUE

   756 : CORDOUE capitale de l'Espagne maure, Abd-el-Rahmane fonde la dynastie des Omeyyades. Éclat économique et intellectuel de 250 ans ! D’abord l’émir mosquee_de_cordou.jpgpartagera la basilique Saint Vincent proche du palais avec les chrétiens. Nostalgique de sa ville natale, Damas, il fait élever l’immense et splendide mosquée (agrandie jusqu’en 976). Nombre étonnant de colonnes de marbre, de granite et de jaspe, (850 actuellement) ; 19 nefs coupées par 36 autres nefs ; 800 lampes à huile parfumée éclairant les cristaux des mosaïques ; décoration géométrique ou calligraphique. Le minaret aux 267 marches. La cour des Orangers. Soulignons l’innovation architecturale : la superposition de deux étages d’arcs qui permet une plus grande hauteur de plafond et donne de la légèreté à l’ensemble. Chacun imita la création de ce style. 1009 Cordoue saccagée par les chrétiens : le califat s'effondre. Et en 1236 la mosquée est consacrée à l'Assomption de la Vierge. Les chrétiens murent les 19 arcades y donnant accès depuis la cour des Orangers, ce qui ôte les effets de lumière à l'intérieur. En 1523, contre l'avis de la population, on érige, en plein centre de la mosquée une cathédrale. Charles Quint consterné: « Vous avezMosquee_omeyyades.jpg détruit quelque chose d'unique au monde, et construit ce que l'on voit partout ».

  Au sein de la prospérité de Cordoue, la fabrication de papier et livres. Conception d’une bibliothèque (400 000 volumes ?) contenant tous les ouvrages anciens et récents connus, grâce à un réseau de collecteurs et copistes étendu à l’ensemble du monde islamique, plus une équipe de scribes et de relieurs veillant à l’entretien de ces trésors. Cordoue est sans doute l’une des villes les plus érudites de cette époque. Deux personnalités : AVERROÈS, (Ibn Ruchd), y naquit en 1126. Alain de Libera voit en lui «un des pères spirituels» de l’Europe occidentale, (en particulier ses commentaires d'Aristote). À partir de 1195 sous la pression des oulémas, le prestige de cadi (juge) d’Averroès, dévalorisé, l’oblige à partir… Phénomène d'hellénisation du monde arabo-islamique d'où éclora naturellement, aux XVe et XVIe siècles, la RENAISSANCE italienne, puis européenne. Le pape Léon X (Médicis) le déclara hérétique. Raphaël l’admira en le plaçant au milieu des plus illustres philosophes grecs dans sa fresque « L'École d'Athènes ». MAIMONIDE y naît également (1135/1204), juif espagnol, il s’exilera aussi pour devenir grand rabbin et médecin à la cour du sultan Ayyubide Saladin Ier au Caire. « Il n’y a aucun moyen de percevoir Dieu autrement que par ses œuvres ; ce sont elles qui indiquent son existence et ce qu’il faut croire à son égard, je veux dire ce qu’il faut affirmer ou nier de lui. Il faut donc nécessairement examiner les êtres dans leur réalité, afin que de chaque branche de science, nous puissions tirer des principes vrais et certains pour nous servir dans nos recherches métaphysiques… » : « Guide des égarés ».

  Plus prés de nous, André Gounelle (1) nous confie ses impressions sur la mosquée :«…Ces colonnades et ces arcs expriment pour moi une transcendance non pas écrasante mais apaisante, non pas effrayante mais accueillant, non pas tonitruant mais à la fois discret et prégnant… pour ma part, je perçois surtout que je suis dans un sanctuaire, dans un lieu qui renvoie à autre chose qu’à lui-même, dans un édifice qui entend refléter non pas la grandeur de ceux qui l’on construit, prêtres ou rois, mais la gloire et la miséricorde de Dieu. Et puis, au milieu de la mosquée, un choc : la verrue monstrueuse d’une église catholique, de ce style lourd et riche du baroque andalou, qu’on a installé, non sans dégâts, à l’intérieur de la mosquée. On dit que Charles Quint en a été indigné et qu’il a déploré d’avoir autorisé cette construction et les destructions qu’elle a entraînées (a-t-il regretté cette autre verrue, le triste palais édifié à l’entrée de l’Alhambra à Grenade?). Il avait raison, malheureusement trop tard. Le contraste, violent, n’est pas seulement architectural, mais aussi spirituel, et il donne une piètre opinion du catholicisme espagnol du XVIème. Du côté de la mosquée, nous avons une spiritualité decordoue_cathedrale.jpeg l’intériorité, tout en finesse et en profondeur, qui renvoie à soi-même et au tête-à-tête avec Dieu. Du côté de l’église, s’étale une spiritualité de l’extériorité, tout en exhibition et en ostentation, qui affectionne le sensationnel et le théâtral. La mosquée fait appel à l’intelligence avec ces motifs géométriques, à la fois simples et sophistiqués, abstraits et émouvants où excelle l’art hispano-mauresque, avec le merveilleux mihrab, la chaire du prédicateur et les versets stylisés du Coran. Elle appelle les fidèles à l’écoute, à la lecture et donc à la réflexion. Les tableaux outranciers de l’église qui étalent des supplices sanglants tentent de provoquer des réactions primaires quasi-viscérales ; ils écartent connaissance et pensée au profit du sacrifice (célébré dans l’eucharistie et partout représenté avec une délectation morbide). Dans l’église, s’exprime une religion de la mort qui cultive le sinistre et l’horrible, dans la mosquée une religion de la vie, paisible et claire ; on devait encore mieux le percevoir quand la lumière entrait à flot avant que des chrétiens (puis-je dire « obscurantistes »?) ne ferment par un mur les larges ouvertures sur le patio des Orangers. Enfin la mosquée, à la beauté sobre et dépouillée, évite soigneusement toute représentation du divin ou du sacré, alors que l’église multiplie les images, en particulier celles de Marie ; ici la foi n’est pas chrétienne mais mariale. Je sais bien que mon propos est injuste, car il compare ce qu’il y a sans doute de mieux dans l’islam avec ce qu’il y a peut-être de pire dans le christianisme (mais ce n’est pas ma faute s’ils se côtoient en un même lieu). La mosquée de Cordoue, hélas, ne dit pas tout de l’islam, et l’église qui la parasite ne dit, heureusement, pas tout du catholicisme. Il n’empêche. Le protestant que je suis a le sentiment que sa religion (c’est à dire une manière de vivre la relation avec Dieu qui privilégie l’intériorité et refuse de favoriser superstition et idolâtrie) est très proche de l’islam tel qu’il se présente à la mosquée de Cordoue ; je m’y retrouve plus et mieux que dans l’église qui m’est étrangère. Par contre, ma confession de foi (à savoir qu’en Jésus, Dieu agit, se révèle plus profondément et plus décisivement que n’importe où ailleurs, y compris dans le Coran) me rapproche du catholicisme (quand il ne substitue pas Marie à Jésus). Fraternité religieuse, d’un côté, confession fondamentale commune de l’autre. Je le sais, mais à Cordoue je le sens mieux que partout ailleurs. »

(1)Professeur émérite de la faculté de théologie protestante (Montpellier)

Anne-Flore Urielle


Catégorie : - VOYAGE
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