Texte à méditer :  

Rêver un impossible rêve
Porter les chagrins des départs
Brûler d'une possible fièvre
Partir ou personne ne part
Aimer jusqu'à la déchirure
Aimer même trop même mal
Tenter sans force et sans armure
D'atteindre l'inaccessible étoile
Telle est ma quête
Suivre l'étoile ...

  
Jacques Brel
 
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  « Le vrai travail c'est quand je cherche avec l'air de ne rien faire...chercher une idée et espérer qu'elle vienne, ça oui c'est du travaii !" René Gosscinny

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        « Orgueil et préjugés » (Pride and Prejudice) de Jane Austen écrivaine (1775-1817)

                par Simon Langton (scénario d'Andrew Davies) en 1995 sur BBC One. Véritable série culte au

               Royaume Uni, qui a permis d’extraire Jane Austen du carcan d’ « écrivain scolaire ».
Pour pimenter le récit, tout restant fidèle à Jane Austen, l’intrigue repose sur les personnages de Darcy et Elizabeth Bennet – non sans négliger les autres protagonistes. Elizabeth Bennet, l'œil pétillant de malice, observe la société provinciale dans laquelle il lui faut vivre. Elle avoue aimer rire chaque fois qu'elle le peut de la sottise d'autrui, mais sait aussi se montrer philosophe. Darcy reste longtemps mystérieux. Saura-t-il dépasser son préjugé de caste ? vaincre l'animosité d'Elizabeth à son égard ? arrivera-t-elle à dépasser les apparences pour son propre bonheur ?

fitzwilliam-darcy.jpgLe passage d'une œuvre écrite à un support visuel engendre des transpositions, si on veut arriver à montrer ce qu'un récit raconte ou explique : ainsi la séquence d'ouverture totalement inventée où l'on voit deux jeunes gens galopant dans la campagne en direction de Netherfield, puis Elizabeth qui les regarde de loin faire la course, avant de retourner chez elle en bondissant : cette séquence initiale donne un aperçu du caractère des personnages principaux (Bingley, impulsif ; Darcy méprisant les « manières campagnardes » ; Elizabeth, pleine de vitalité), et aussi de la nette différence de leur niveau socio-économique (ce qui est un des problèmes traités par le roman), Déployer Netherfield, puis la demeure plus modeste des Bennet. L'image ajoute des attitudes ou des peintures symboliques : ainsi, dans la première partie, Darcy de profil ou observant l'extérieur de l'embrasure d'une fenêtre, ce qui souligne son désintérêt (ou son mépris) ne dévisage pas moins Elizabeth. Ce procédé permet aussi une lecture à deux niveaux : ce qu'on voit suggère parfois autre chose que ce qui est dit par la voix-off. En effet, pour Andrew Davies, le moteur du récit est l'intérêt de Darcy pour Elizabeth, et ce pratiquement dès leur première rencontre, lorsqu'il la voit passer devant lui en lui jetant un regard ironique après s'être entendue traiter de « passable, mais pas assez jolie pour [le] tenter » (She is tolerable, but she is not handsome enough to tempt me en VO) pour aller en rire avec son amie Charlotte Lucas, ce qui attire à nouveau son regard. Il lutte en vain contre cette attraction, de plus en plus marquée malgré tous les reproches qu'il peut faire à sa famille si inférieure… Parallèlement, Elizabeth, qui est restée sur sa première impression, le déteste cordialement, avec ironie et irritation, parfaitement inconsciente de l'effet qu'elle a sur lui. Elle croit aveuglément ce que Wickham lui raconte parce qu'elle a été blessée dans son orgueil par la méchante remarque initiale de Darcy. Toutes les conversations qu'elle a avec lui ont des allures de duel à fleurets plus ou moins mouchetés, qu'elle gagne, ce qui la rend encore plus séduisante pour lui, L’épisode à Pemberley, aux yeux d’Elizabeth éclaire  l'évolution de ses sentiments… Chaque phase se termine sur un élément important qui entretient le suspens ou, du moins, l'intérêt !
Un grand soin est apporté à la couleur locale et historique, sans vouloir faire toutefois de la reconstitution : recréer l'esprit du temps pour le public actuel. Ainsi, les tentures et tapisseries, très claires chez les Bennet ou à Pemberley, comme à l'époque, sont choisies dans des couleursorgueil-et-prejuges_48341_1.jpg plus soutenues pour les Lucas ou Lady Catherine, soulignant leur goût ostentatoire. Un soin particulier est apporté à la présentation des plats servis au cours des nombreux repas, lieux de la vie sociale. Dinah Collin, la responsable des costumes, tenta de restituer la mode  autour de 1813.  Mais aussi le style et le caractère des personnages, s’adaptant à l'interprète. Les vêtements de la plupart des acteurs ont donc été créés spécifiquement pour eux, souvent en leur demandant leur avis : ainsi Darcy porte des couleurs sombres et du noir, Bingley des couleurs chaudes, des tweeds ; les filles Bennet portent des vêtements faits maison, en mousseline imprimée ou brodée, les sœurs Bingley des robes sophistiquées, style haute couture, Lady Catherine une robe inspirée par un portrait de la reine Caroline, l'épouse du Prince-Régent. Les coiffures s'inspirent de documents et gravures du siècle - personnalisées ; ainsi, chacune des Bennet se distingue par son élégance : Jane, l'aînée longue chevelure blonde et des chignons élaborés, Elizabeth, en contraste, des cheveux châtain foncé (ce qui implique une perruque pour Jennifer Ehle) bouclés et simplement relevés, Mary, qui est la seule à ne pas être jolie, a un visage ingrat et des cheveux gras, Kitty, qui est coquette, une coiffure un peu élaborée., Lydia un air toujours un peu décoiffé. Les acteurs ont dû laisser pousser leurs cheveux. Comme Darcy est supposé sombre, on a foncé les cheveux châtains de Colin Firth.
 La musique joue un rôle essentiel, que ce soit la « musique de fosse » ou la « musique d'écran », c'est à dire celle que jouent ou chantent les personnages.Carl Davis a créé une musique « de fosse » originale pour la série : un générique, aérien. Deux thèmes apparaissent : le premier lié au caractère d'Elizabeth et de la famille Bennet avec des échos de cor, rappelant que le thème du livre est la chasse aux maris ; le second, plus lyrique, concernant le mariage et les affaires de cœur. Ils reviennent régulièrement, interprétés piano dans les scènes intimes, avec des tempi différents en fonction des scènes : lyriques et lents quand Elizabeth se promène dans le parc de Pemberley, triomphants et rapides à la fin, quand s'ébranlent les deux calèches des mariés. Carl Davis a composé en visualisant les vidéos et créé des thèmes particuliers pour souligner, par exemple le caractère burlesque de Mr Collins ou l'aspect pompeux de Lady Catherine, pastichant une Ouverture d'Opéra baroque lorsque les Collins amènent leurs invités Orgueil.jpgà Rosings ou quand Lady Catherine vient à Longbourn. Un thème très romantique et bucolique, joué aux bois et aux vents, souligne le lien qui se crée entre Darcy, Elizabeth et Pemberley. Il apparaît quand Darcy regarde, par une fenêtre de l'étage, Elizabeth qui est dehors et joue avec un grand Danois… Il réapparaît quand ils se croisent dans le parc de Rosings, lui sur son cheval, elle à pied. On l'entend encore à Pemberley lorsqu'elle lève les yeux vers son portrait en pied sur fond de paysage dans la galerie, lorsqu'ils marchent côte à côte dans le parc puis qu'il l'aide à monter dans la voiture, et enfin lorsqu'on les voit dans l'allée bordée de châtaigniers où elle lui avoue que ses sentiments ont changé… Spécialement lorque Elizabeth chante à Pemberley la version anglaise de l'air de Chérubin, « Voi que sapete », (Les Noces de Figaro de Mozart) : « Tel me what Love is » (dites-moi ce qu'est l'amour), amusante transposition à l'écran de l'ironie de Jane Austen. Carl Davis utilisa le « pianoforte », instrument qui donne plus d'authenticité. Il a aussi tenu à ce que les actrices apprennent vraiment les morceaux, même si, au tournage, elles jouent sur des pianos muets, le morceau joué par lui-même leur parvenant par une oreillette. Les musiques des deux bals, si dissemblables, (en play back) exécutées à l'écran par des musiciens professionnels, participent aux péripéties soulignant les oppositions sociales : à Meryton, les danses jouées par trois musiciens, sont alertes avec leur aspect populaire, alors qu'à Netherfield un petit orchestre de 8 musiciens joue des danses plus cérémonieuses, comme « Mr Beveridge's Maggot », que dansent Darcy et Elizabeth. Musique de fosse et musiques d'écran ne sont pas totalement séparées : dans la scène à Pemberley, Giorgiana joue l'andante en Fa de Beethoven, sursaute en entendant Miss Bingley citer Wickham, et reprend son morceau, réconfortée par l'aide discrète et intelligente d'Elizabeth, tandis que l'orchestre accompagne progressivement le piano, soulignant l'échange amoureux des regards entre Elizabeth et Darcy, et que, la musique de fosse s'amplifiant dans un style romantique, on voit Darcy, Bingley et Giorgiana accompagner à l'extérieur leurs hôtes qui prennent congé.
La musique est une voix narrative qui parfois sait se taire, laissant s'installer le silence, elle laisse libre cours aux dialogues, les dramatisant parfois par son absence même : elle encadre les joutes verbales.
Parfois, Andrew Davies met des mots sur des passages narratifs, transformant en dialogues (entre Jane et Elizabeth) des réflexions d'Elizabeth, ou créant des répliques explicites (le désir d'Elizabeth de ne se « laisser amener au mariage que par l'amour le plus profond »).Parfois, l'image reste assez parlante…
L'usage de la voix off est réservé à la lecture des lettres. La dramatisation de la lettre de Darcy (qui dure 20 min) est obtenue par les flash-back, entrecoupés par les plans successifs sur son visage aux traits de plus en plus tirés, pendant qu'on l'entend en voix off. Au fur et à mesure que sa voix s'enfonce dans les confidences sur ses relations avec Wickham, il ôte sa veste, puis sa cravate et son gilet, terminant avec le col de sa chemise largement ouvert. Ce dépouillement vestimentaire, parallèle au dévoilement psychologique, montre, par cette position de faiblesse inattendue chez un personnage d'apparence aussi sûr de lui, une richesse émotionnelle cachée. Les bruits d'ambiance, comme le brouhaha des conversations pendant les diverses réceptions, les bruitages (galop d'un cheval, cri d'oiseau dans le silence de la nuit, bruits de pas, tintement d'un verre de cristal heurté par une carafe, sonnerie d'une porte d'entrée...) créent un relief sonore et se mêlent parfois à la musique pour accentuer les corollaires : le claquement des sabots de chevaux etc.
Cette peinture, outre le choix de perspectives champêtres et de demeures aux parcs somptueux, dessine la fuite du temps, et la succession des saisons qui rythme les relations entre les personnages.
Choix des acteurs

Le défi consistait à trouver des acteurs à l'air spirituel, séduisant, mais aussi vraisemblables en costumes empire, et d'âge aussi proche que possible des personnages du roman, tout en étant assez expérimentés.
Colin Firth,(DARCY) qui a commencé par refuser, convaincu par Sue Birtwistle persuadée qu'il était parfait pour le rôle : les indications d'Andrew Davies l’épaulant beaucoup à habiter le personnage. Jennifer Ehle désirait jouer ELIZABETH, qu'elle adorait depuis son adolescence : rôle assez écrasant. Mais elle a « trouvé merveilleux de pouvoir passer tout un été dans la peau d'Elizabeth Bennet ». Cependant, comme la plupart des acteurs, le texte semblait difficile à mémoriser : « Shakespeare, c'est de la broutille, comparé à Jane Austen. Je crois que cela provient de ce qu'on ne perçoit le sens d'une réplique que lorsqu'elle est totalement achevée ».
Récompenses
    * BAFTA 1996 : Meilleure actrice pour Jennifer Ehle
    * Broadcasting Press Guild Awards 1996 : Meilleur acteur pour Colin Firth
    * Emmy Award 1996 : Meilleurs costumes
Du roman au téléfilm
DARCY : Le regard ! Contrairement au roman où tout se devine à travers le regard et les réflexions d'Elizabeth, la série fait la part belle à Darcy, mettant en évidence ce qui n'est qu'esquissé. Ainsi, Darcy fixe sans arrêt Elizabeth (dès le bal de Meryton quand il n'est pas en caméra subjective. Il admire ses « beaux yeux » : c'est lui le prédateur. Car le regard comme moyen de communication est expressément mis en relief. Dans une communauté corsetée comme celle de la période géorgienne et de la Régence anglaise, où le contact physique est réduit à une poignée de main entre hommes et femmes, la chaleur d'un regard a des connotations quasi sexuelles. La personnalité sibylline de Darcy apparaît à travers la mise en image d'éléments narratifs du roman, comme les brèves scènes qui illustrent la lecture en voix-off de sa lettre à Elizabeth, (un peu raccourcie par rapport au texte original) ou le montrent en "ange de justice" lorsqu'il se lance à la recherche de Lydia et Wickham, alors qu'Elizabeth n'en apprend les détails que par la lettre de sa tante Gardiner,... Grâce qui affleure dans scènes ajoutées : chasse, salle d'armes, déplacement à cheval ou en voiture : Londres, Ramsgate, le Kent, ces éléments de la vie d'un homme riche, Jane Austen n'avait pas besoin de les citer, ses lecteurs les connaissaient, tandis que le spectateur moderne, et surtout la spectatrice, a besoin de voir vivre un héros masculin qui doit se montrer digne de gagner l'amour de l'héroïne.

Elizabeth : Une lecture féministe ! Le caractère indépendant, spirituel et enjoué d'Elizabeth est aussi mis en valeur, de même que sa vivacité et son énergie physique : on la voit courir, sauter un échalier, dévaler les marches, faire de longues promenades solitaires dans la nature, on la sent vibrante et pleine de vie. Cette énergie enjôle Darcy, qui n'a jamais eu l'occasion, jusqu'alors, de rencontrer une personne aussi peu conventionnelle, capable de lui tenir tête, aussi peu intimidée par sa richesse et sa position dans le monde ! Comme Darcy, on la voit observer (mais avec un sourire malicieux et des yeux rieurs) la société qui l'entoure, sans beaucoup d'illusions : elle dit à sa sœur, au cours d'une de leurs conversations intimes, (quand elle a appris que Bingley ne reviendrait plus) : « Il y a peu de personnes que j'aime, et encore moins dont je pense du bien. Plus je vais et moins le monde me satisfait ». Darcy aurait pu dire cela. Mais comme elle est douée pour le bonheur, elle préfère hausser les épaules ou s’en moquer ; Darcy, qui a tendance, lui, à dédaigner autrui, et s'avoue rancunier, apprendra, par elle, à changer son regard… A la fin du téléfilm, il éclatera de rire pour la première fois ! (D’après Wikipedia.)

Sans doute alléchés par ce succès un consortium franco-britannique , sous la houlette de de JOE WRIGT bricola, en 2005,  un film  qui dure 2h 05 véritable imbroglio raté,  avec Mattew MacFaden et Keira Kingttley.
Ce film-là prend d’énormes et affligeantes libertés avec le roman Orgueil et Préjugés (Pride and Prejudice) de Jane Austen. Privilégiant l'histoire d'amour et simplifiant tout ! les relations entre un Darcy – timide ! - devant une Elizabeth se trémoussant comme une oie blanche l. Lui orgueilleux, elle passionnée et même taciturne  - absolument  contraire au roman…
En fait, les réactions, les attitudes et le langage des personnages sont modernisées, (jusqu’à l’ineptie) pour les rend plus compréhensibles à un jeune public contemporain : la famille Bennet est unie et aimante, Mrs Bennet fantaisiste mais lucide et raisonnable et Mr Bennet un gentleman-farmer moins sarcastique. On est davantage dans le monde de Little Women (Les Quatre filles du docteur March) que dans celui de Jane Austen ! Nulle ambition de restituer une époque et ses mentalités ! Quant aux costumes ! complètement à l’opposé du dandysme ! Croire toujours que le public est complètement stupide : nivellement par la bas. Aucun style débraillé actuel : les actrices n'ont même pas coiffé leurs cheveux courts - qu'on est loin des jolis chapeaux  de Dinah Collin dans le téléfim anglais !

Voilà comment on saccage une adaptation ! et la liste en est longue !
Anne-Flore Urielle

 

Catégorie : ARTICLES - TELEVISION
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