Texte à méditer :  

Rêver un impossible rêve
Porter les chagrins des départs
Brûler d'une possible fièvre
Partir ou personne ne part
Aimer jusqu'à la déchirure
Aimer même trop même mal
Tenter sans force et sans armure
D'atteindre l'inaccessible étoile
Telle est ma quête
Suivre l'étoile ...

  
Jacques Brel
 
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  « Je relis Les Caractères, si claire est l’eau de ces bassins qu’il faut se pencher longtemps au-dessus pour en comprendre la profondeur » André Gide

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GÉRARD PHILIPE, le romantique du cinéma ?

     « La mort a frappé haut » a dit JEAN VILAR le jour de la mort de Gérard Philipe en 1959 (il avait n’avait pas encore 37, comme Watteau ou Mozart). Et Jacques Sigurd constatait: « Il possède ce don…en plénitude a presque quelque chose d’anormal chez un être si jeune». Héros romantique par excellence tous les réalisateurs tentèrent de devil-in-flesh-12.jpgl’arracher au théâtre pour lui confier les géants de la littérature…
        "LE DIABLE AU CORPS"
1923 parution du roman de Raymond RADIGUET et mort de ce dernier (20 ans). Adapté par Claude-Autant Lara (1) 1947, le film fit autant scandale que le roman par son ton très libre, donc sulfureux. Les scénaristes Jean Aurenche et Pierre Bost, le décorateur Max Douy, la musique de René Cloërec garants d’une qualité optimale. Micheline Presle en contrat aux USA imposa aussi bien le metteur en scène que Gérard Philipe. Il est vrai qu’elle y fut extraordinairement bouleversante. Gérard Philipe, âgé de 23 ans tergiversa devant un rôle de 17 ans. Deux ans avant ce « débutant » interprétait au théâtre « Caligula » répétant Camus : « Qu’il est dur, qu’il est amer de devenir un homme ». En Effet, si la différence d’âge se sent au lycée, il excellera dans la vilenie… JEAN COCTEAU qui avait pris Radiguet sous son aile fut le premier touché : «On a insulté le livre comme on insulte le film, ce qui prouve que le film est digne du livre. » (La revue du Cinéma). Ce scandale prouve-t-il la fidélité à ce dernier ? Gérard Philipe obtient le Prix d'interprétation au festival de Bruxelles 1947.Cependant, au sortir de la Seconde Guerre Mondiale, peindre l’amour fou à travers un adultère lorsque le mari est au front, choqua. Jacques Siclier : « En taxant Autant-Lara d’immoralité, ses adversaires refusaient, en fait, sa virulence sociale. Pour Autant-Lara la guerre, jeu ignoble, fait apparaître ce qu’il y a de plus mauvais dans l’homme.3814907496-19-maria-casares-theredlist.jpg François et Marthe sont des victimes, au même titre que Jacques Lacombe, soldat jeté au combat et mari trompé. Le nationalisme restauré d’après 1945 ne pouvait y trouver son compte. Même l’amour, ici, a un goût de mort.». La Nouvelle Vague, François Truffaut en tête, lui reprochera son traditionalisme alors que d’autres y voyaient la « qualité française » ou le réalisme poétique.
     LA CHARTREUSE DE PARME 1948 « A Rome j’ai retrouvé la silhouette filiforme, le profil nettement découpé, le sourire clair et ingénu, les grands yeux ciel et le regard nostalgique de Gérard Philipe (Fabrice) » note Maria Casarès (Sanseverina) dans son autobiographie. Premier film français entièrement tourné en Italie avec gros budget dans l’espoir d’un succès commercial. Magnifiques costumes (G. Annenkov) et décors (J. Eubonne). Adaptation de P. Very, P. Jarry et Christian-Jacques metteur en scène. Louis Salou stupéfiant en Ranuce-Ernest IV. Mais Waterloo escamoté, le film s’égaye dans la fougue et les contrastes psychologiques simplistes aux dépends de l’esprit stendhalien. Courses à cheval, descente en rappel des 18 mètres de la tour Farnèse, etc. Énorme fausse note, Renée Faure trop âgée en Clélia Conti, (dans le roman 20 ans), et marquée vieille fille bien loin de l’éclat et la pureté. D’ailleurs, toujours dans son autobiographie, Maria Casarès indique qu’avec Gérard Philipe ils s’efforcent de retrouver les dialogues modifiés, pour eux nul besoin de biaiser avec Stendhal au risque de le fausser et même de le trivialiser ! Mais quelques plans et scènes somptueux et surtout le magnétisme de l'interprétation semblent avoir dissimulé tant de lacunes. Au point que La Chartreuse de Parme comme figura dans les Ciné-club comme un modèle à la fois du pouvoir et des déficiences de l’adaptation au cinéma des chefs-d’œuvre de la littérature fournissant aux enseignants de l’époque de beaux sujets de dissertation : comparaison …
    LE ROUGE ET LE NOIR 1954
Impossible de résumer ce superbe roman en 1h30 ! Claude Autant-Lara, qui y pense depuis la guerre propose deux longs métrages de 90 minutes chacun. Aurenche et Bost aboutiront à un abrégé resserrant le tout _icone4.jpgautour des amours de Julien Sorel avec Mme de Rénal, puis Mathilde de La Mole. Utilisation de la voix off pour transcrire les desseins de Julien et garder au film une stature littéraire. Éclipse des origines franc-comtoises, de la politique et plusieurs personnages du roman. Seul reflet des idées de Stendhal une brève apparition du comte Altamira affirmant qu’« en France on fait les plus grandes cruautés, mais sans cruauté». Le pire est le chamboulement de la chronologie ! Après maints refus, Gérard Philipe finit par accepter le rôle de Julien Sorel. Dans sa biographie Gerad Bonal rappelle le problème de l’âge. G. Philipe a 31 ans, comment figurer celui que Stendhal décrit comme un petit jeune homme de 18 à 19 ans, faible en apparence avec des traits irréguliers mais délicats ? Dans le fonds Anne et Gérard Philipe, des notes :il pointe sans ménagement les fissures de fond ou de détail. « Erreur très forte. Motif de sa montée à Paris ? Son arrivisme est invisible. Il a l’air d’être le jouet des événements et non de les forcer, de les gouverner…On ne voit pas ses hésitations, dans la prison entre cet amour qu’il avait pour Mathilde et son fils, et Mme de Rénal, à laquelle il est ramené invinciblement. » L’attachement de Gérard Philipe à l’oeuvre scènes, « Parfois, il nous en faisait d’autres (des scènes) pour ajouter des phrases de Stendhal. » (Bost). Pour incarner Mme de Rénal Danielle Darrieux paraît aller de soi. « Le Rouge et le Noir est sans conteste notre chef-d’oeuvre, affirme-t-elle. J’ai des scènes absolument magnifiques ». Selon Rosine Delamare (costumière) « On a commencé par tourner les scènes d’amour du couloir dans la maison des Rénal. Je n’ai jamais vu deux acteurs aussi angoissés lorsqu’ils se sont trouvés face à face sur le plateau. L’énorme admiration qu’ils éprouvaient l’un pour l’autre les paralysait ». La Commission de contrôle des films accorde son visa d’exploitation les ciseaux en main :3 scènes la maladie de Xavier (notion de remords), celle du réfectoire où Julien essaye de s’abaisser au niveau de ses coreligionnaires afin de ne pas susciter de jalousies ; enfin, celle des retrouvailles dans la prison. (Pour l’édition en DVD elles sont réintégrées). Malgré ces modifications et une critique vigilante, le film aura succès – grâce aussi à la couleur !
Ainsi Gérard Philipe résume très bien lui-même la question de l’exactitude autant que la fiabilité : « Devant un personnage littéraire on garde l’impression première laissée par le roman…on reprend celui-ci avant la remise du scénario. On se trouve ensuite devant ce scénario auquel ont travaillé diverses personnes dont chacune a eu du héros une conception différente de la votre…après plusieurs lectures du découpage on se fait une idée des personnages nette ou floue… »(L’écran Français in Gérard Bonal)
 
(1) nous mettons ici de côté le voisinage avec l’extrême droite de celui-ci – d’ailleurs il y eut toujours une bonne entente avec G. Philipe notoirement du bord opposé
Anne-Flore Urielle


Catégorie : ARTICLES - CINEMA
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