Texte à méditer :  

Rêver un impossible rêve
Porter les chagrins des départs
Brûler d'une possible fièvre
Partir ou personne ne part
Aimer jusqu'à la déchirure
Aimer même trop même mal
Tenter sans force et sans armure
D'atteindre l'inaccessible étoile
Telle est ma quête
Suivre l'étoile ...

  
Jacques Brel
 
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  « Le vrai travail c'est quand je cherche avec l'air de ne rien faire...chercher une idée et espérer qu'elle vienne, ça oui c'est du travaii !" René Gosscinny

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LE NÔTRE – et les autres !

  Un jardinier qui jaillit tel ses jets d’eau ou les deus ex machina de Molière faisant surgir de sa baguette magique, ces fameux jardins à la française jardins-mais-belos-do-mundo03a.jpgpour le Roi Soleil Le Nôtre (1613-1700) que toute l’Europe imitera …En fait, sa famille sert ces rois depuis 40 ans. André Le Nôtre recueille cette charge héréditaire dont il bénéficiera puisque on lui offre une formation intelligemment approfondie et ouverte vers un renouveau (jusque chez les peintres Vouet ou Poussin). Les réseaux étant aussi indispensables qu’aujourd’hui il épouse Françoise Langlois pour renforcer sa notoriété. Bref passage chez Nicolas Fouquet à Vaux le Vicomte qui lui sert (comme à Le Vau et Lebrun) de promotion vers VERSAILLES : jardinier, dessinateur, architecte, ingénieur et hydraulicien, paysagiste et urbaniste, « enchanteur de l’espace », Le Nôtre va exécuter les souhaits royaux. Le service de Louis XIV lui vaudra une renommée incontournable. Son don, mobiliser des équipes pour un travail assidu et appliqué. Son secret, associer les jardins aux spectacles des solennités courtisanes.

« En face d’un parterre au palais opposé
« Est un amphithéâtre en rampes divisées
« La descente en est douce et presque perspective ;
« …Au bas de ce degré Latone et ses jumeaux
« De gens vils et grossiers font de vils animaux,
« Les changent avec l’eau que sur ex ils répandent.
« Déjà les doigts de l’un en nageoires s’étendent ;
« L’autre en le regardant est métamorphosé :
« Son épouse le plaint d’une voix de grenouille ;
« Le corps est femme encor. Tel lui-même se mouille,
« Se lave, et plus il croit effacer sous ses traits,
« Plus l’onde à les rendre parfaits.
« La scène est un bassin d’une vaste étendue.
« Sur les bords cette engeance insincte devenue
« Tâche de lancer l’eau contre les déités… » LA FONTAINE Les amours de Psyché et de Cupidon (1669)

  Forme de cartésianisme ? Le Nôtre porta à la perfection le « jardin à la française ». Parterres architecturaux, utilisation de l'eau fusionnée à lagrandes-eaux-musicales.jpg verdure structurée.Géométrie et optique dessinent les végétaux. Rôle des terrasses pour stimuler le désir de déchiffrer les parterres et ceux qui se trouvent tout prés du château sont les plus beaux ! Comme au théâtre, le promeneur, obligé de les deviner d’abord, déniche ravi et contemple les bosquets dissimulés au bout d’allées où s’harmonise la féerie des statues mythologiques sublimées par l’apothéose des rideaux d’eau… Mais pour parvenir à cette beauté Le Nôtre dut composer avec ce qui existait et les accidents du terrain ordonnant les jardins de part et d’autre d’un grand axe est-ouest (petit château Louis XIII) auquel il donna une ampleur majestueuse, lui-même coupé par un axe transversal nord-sud et plus bas par 2 allées. Tout le décor est extrêmement diversifié. Gigantesque entreprise jusqu’à la célèbre machine de Marly et les travaux pharaoniques de dérivation de l’Eure. En exploitant l’inclinaison des terrasses les hydrauliciens mettent en place des escaliers d'eau. Les bassins deviennent des miroirs, sur des buffets de marbre blanc et rouge l'eau façonne toutes sortes de merveilleux bibelots en cristal. Et Louis XIV rédigea un opuscule pour guider la visite ! Ainsi peut-on songer aux belles dames s’égayant dans ces bosquets en quête de quelque intrigue amoureuse…           
   Les anglaises préféraient la chasse au papillon romantique dans un décor plus naturel qui, loin de dompter la nature copie uniquement son aspect rustique quitte à recréer un lyrisme champêtre pour émouvoir. On imagine, à l’opposé de Le Nôtre, on élabore des aspérités fantastiques : vals, déclivités charmilles, toutes sortes d’arbustes et de plantes qui semblent pousser en liberté ! Le poète J. Addison « préfère contempler un arbre dans toute la luxuriance de ses branches et de ses rameaux plutôt que lorsqu’il est ainsi coupé et taillé en figure géométrique ». Certes on enjolive aussi par des statues et bancs avec pelouses, plus les écueils des rochers et des rivières factices. Pas besoin de pilote pour musarder poétiquement au long de ces lacis qui s’enchevêtrent mystérieusement. La volonté d’irrégularité géographique engendre cette réviviscence ininterrompue exaltante car, en essayant de respecter la nature on assiste à sa métamorphose.Ici, face au classicisme, c’est l’élaboration d’un jardinier peintre paysagiste qui se laisse captiver par ce parcours initiatique enchanteur…
 Ainsi, au début du XVIIIème siècle, l’apparente rivalité entre les deux jardins va converger vers une harmonisation. Nouveau style de parc au tracé onduleux (auquel s’ajoute l’influence chinoise très à la220px-Versailles-Hameau_de_la_Reine-Tour_de_Marlborough.jpg mode). Au Grand Trianon Louis XV introduit sa passion, la serre botanique, à la place de l'orangerie classique. Marie-Antoinette, devenue propriétaire, en 1774, les fit détruire (les collections botaniques transportées au Jardin des Plantes de Paris). Sur leur emplacement, Mique, suivant les conseils d’Hubert Robert créa un jardin anglo-chinois. Montueux de collines artificielles et tissu de mails présentant maints points de vue précieusement combinés sur toues les surfaces attrayantes du paysage dans lequel s’adjoignent diverses constructions grâce aux architectes Gabriel (qui fit le Petit Trianon), Mique et le peintre Hubert Robert : ce sera le Hameau de la Reine, pastorale en dentelles et rubans : Théâtre de la reine (réservé à la seule famille royale). Certes, on y joua « Le devin de village » de J.J Rousseau mais aussi « le Mariage de Figaro » de Beaumarchais ! Cela ressemble à nos parcs d’attractions actuels avec le Belvédère, un lac, des cascades, un Temple de l’Amour perché sur un îlot pour mettre en valeur ses colonnades corinthiennes et sa statue, L’Amour taillant son arc dans la masse d’Hercule (Bouchardon). Enfin le HAMEAU  proprement dit, petit village de chaumières (imitant celles du Prince de Condé à Chantilly) : moulin, laiterie, Tour Marlborough et bâtiment de la reine avec son escalier en colimaçon… [Parcours payant maintenant au cas où vous songeriez à jouer à la bergère avec cette chère Marie-Antoinette !].
Ne confrontons plus ces jardins décor, les premiers encore marqués par l'ordonnance et le goût du jeu de la Renaissance, l'égotisme; les seconds exprimant une sensibilité préromantique vers l'aventure du vrai goût de la nature.

 «La Nature est un temple où de vivants piliers
« Laissent parfois sortir de confuses paroles :
« L’homme y passe à travers des forêts de symboles
« Qui l’observent avec des regards familiers… »
Charles BAUDELAIRE « Correspondances »

     Anne-Flore Urielle


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