Texte à méditer :  

Rêver un impossible rêve
Porter les chagrins des départs
Brûler d'une possible fièvre
Partir ou personne ne part
Aimer jusqu'à la déchirure
Aimer même trop même mal
Tenter sans force et sans armure
D'atteindre l'inaccessible étoile
Telle est ma quête
Suivre l'étoile ...

  
Jacques Brel
 
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  « Je relis Les Caractères, si claire est l’eau de ces bassins qu’il faut se pencher longtemps au-dessus pour en comprendre la profondeur » André Gide

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  Littérature et cinéma en noir et blanc

LA BÊTE HUMAINE 1938, réalisé par Jean Renoir avec Jean Gabin, Simone Simon, Fernand Ledoux, Jean Renoir, Julien Carette… Musique, J. Kosma. Jean Gabin appréciait cet emblème populaire : "Un cheminot c'est small.jpgde la force en marche, c'est du travail en cadence, c'est de l'ouvrier qui se déplace " et fit même un stage parmi eux pour avoir la « Lison » en main ! La maladie qui ronge Jean Gabin (Lantier) trace autant de pistes de la « bête » qui surpasse « le bien », nous offrant les plus belles scènes inédites de Renoir: Simone Simon et Jean Gabin s’enlacent, leur regard commun éclairé par des étincelles. Précisément cet éclat atténue le pessimisme de Zola. Le film paraît bâti sur les souvenirs du cinéaste – à  la fois peinture sociale d’une époque et oeuvre moderne car la fatalité de "ce personnage qui doit figurer dans toute grande œuvre" (Renoir) est beaucoup plus présente que dans sa filmographie à travers la pathologie héritée par Lantier. Mais aussi dans la jalousie de Roubaud (Fernand Ledoux) et les calculs enfantins et pervers de Séverine (Simone Simon). De plus Renoir transforme cette tragédie naturaliste en quasiment une symphonie en noir et blanc où chacun apporte son ton et sa note personnels : opacité lourdaude et inquiétante de Ledoux, affectation féline de Simone Simon, romantisme lyrique de Gabin, ironie goguenarde et amicale de Carette, témoin impuissant de la tragédie. Enfin, ce n’est pas par BETE.jpeghasard que Jean Renoir interprète Cabuche le cantonnier injustement accusé du meurtre du grand bourgeois (Grandmorin) et vraisemblablement condamné à mort. Ainsi Renoir accorde à Cabuche une place importance malgré l'occultation de son destin et surtout celle des personnages principaux à son égard (cf. Roubaud , Séverine et Lantier restent silencieux). D’ailleurs l’instigateur ce « malheur » est Grandmorin usant de ses domestiques et de leurs filles comme un grand seigneur (droit de cuissage). Cabuche, lui, proie signifiée de sa situation d’une classe, "dernier des hommes", accumule toutes injustices et les transferts de culpabilité - BOUC ÉMISSAIRE (René Girard). "Cabuche sacrifié fait de La bête Humaine un moment de vérité humaine". (Daniel Serceau) Le tout matérialisé par cet interminable élancement de la locomotive vers la sortie du tunnel…

   LA DUCHESSE DE LANGEAIS BALZAC (1834) : Décadence de l’aristocratie à travers la peinture prégnante d’une coquette, mondaine, s’amusant de ses soupirants. Or, voilà l’amour fou d’un général d'Empire, (noblesse usurpée !), Armand de Montriveau à qui elle se refuse. Choc exhaussé par un dialogue percutant et un tableau impitoyable de cette société huppée qui présage les terribles péripéties de la « partie d'échecs ». Les cinéastes attirés par de telles scènes, ce roman fut souvent adapté: téléfilm de Jean-Daniel Verhaeghe (1995) et (2007) Jacques Rivette, « Ne touchez pas la hache. » Jacques de Baroncelli, [9ème baron de Baroncelli-Javon (1881- 1951)] (son fils Jean fut critique de cinéma)]… l’adapta, lui,  grâce à Jean Giraudoux :1942, musique de Francis Poulenc, avec Edwige Feuillère, Pierre Richard-Willm, Aimé Clariond… Certes on restitue le romanesque balzacien mais la tonalité tragique ? la misogynie ? les nuances du roman noir ? L’époustouflante scène finale ! On sauvegarde la psychologie : Edwigeedwige-feuillere.jpg Feuillière magnifiquement narcissique et manipulatrice ! Quant à Pierre-Richard Wilm, "idole" de l’époque, la maîtrise de son rôle est fâcheusement embrumée par un maquillage qui paraît aujourd’hui bien outrancier (et tellement opposé à la beauté et au caractère de l’acteur !)1. Sous l’Occupation, avec ses restrictions financières… Donc, le film écarter le récit rétrospectif s'opposant à la tragédie balzacienne qui cours vers la catastrophe annoncée: la duchesse, cloîtrée aux Baléares, dévoile un élan racinien. Autre différence, ce pathétique de la dernière séquence, la duchesse abandonnant son manteau après les huit coups fatidiques de l’horloge, il lui est rapporté in extremis par Montriveau alors qu’elle est sensée mourir d’amour… Le jeu de Giraudoux découle des inquiétudes et hantises d’une époque. Il nie la fatalité quitte à contredire Balzac. De plus la misogynie de ce dernier se métamorphose en hymne à la femme : une duchesse moins intrigante que dans le roman, car femme somptueuse et estimable. Baroncelli et Giraudoux, par le biais de la méprise organisée par Ronquerolles (Aimé Clariond), offrent la dignité à l’élégante repentie qui affronte, sublime, l’outrage d’un public toujours en quête de ragots. Comme s’ils voulaient corriger tout ce que La Duchesse de Langeais doit à une sévère humiliation vécue par Balzac avec la duchesse de Castries. Ainsi une histoire en partie née d’un désir vengeur de compensation littéraire se mute presque vers une propension féministe ! Y verra-t-on une réédification moderne face à un Balzac peut-être trop étranger, dans le temps, à l’Occupation, où les personnages se débattent admirablement sur la scène du théâtre de La Comédie Humaine ? Peut-être littérature et cinéma ne sont pas deux entités incompatibles : la correspondance entre Balzac et Giraudoux peut étonner au premier abord en dépit de la différence de leur écriture ; cependant, on peut comprendre Baroncelli : ayant à filmer une œuvre d’un romantisme excessif qui sans doute heurtait son sens de la mesure ou provoquait son ironie, l’aide de Giraudoux sembla le mieux tempérer l’ensemble ces outrances.

1) voir son autobiographie « Loin des étoiles » Belfond 1975

Anne-Flore Urielle


Catégorie : ARTICLES - CINEMA
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