Texte à méditer :  

Rêver un impossible rêve
Porter les chagrins des départs
Brûler d'une possible fièvre
Partir ou personne ne part
Aimer jusqu'à la déchirure
Aimer même trop même mal
Tenter sans force et sans armure
D'atteindre l'inaccessible étoile
Telle est ma quête
Suivre l'étoile ...

  
Jacques Brel
 
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  « Je relis Les Caractères, si claire est l’eau de ces bassins qu’il faut se pencher longtemps au-dessus pour en comprendre la profondeur » André Gide

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CHARLES TRENET (1913-2001)

« Il faut garder quelques sourires pour se moquer des jours sans joie », c’est l’une des phrases inscrite dans sa maison natale aux volets verts offerte à la ville de Narbonne (décors de J. Pessis charles-trenet.jpget dessins de Cabu ). Nous ne attarderons pas sur ces déchirures originelles : la Première Guerre Mondiale et la mobilisation de son père ; l’escapade de sa mère et le divorce final qui le coince en pension…Après quelques poèmes pour un journal local il réussit à monter à Paris à 24 ans et 6 chansons, Je chante, Fleur bleue, J’ai ta main, La polka du roi, Pigeon vole et Biguine à Bongo. Certes, on chantait beaucoup à l’époque (1937) mais ce frémissement dans la chanson française avec Mireille, par exemple, fut bouleversé : « Cette révolution tenait autant aux textes qu’aux rythmes avec peut-être quelque chose de plus : les orchestrations. Elles étaient très novatrices, très réussies au point que les gens chantaient certes les paroles mais ils fredonnaient aussi les fins de phrases musicales d’accompagnement ! Ça c’était quelque chose de très nouveau aussi. En réalité Trenet était complètement neuf sur tous les plans. » (Georges Quiqueré). Avec le Front Populaire célébrant la jeunesse, la nature et le goût du bonheur ses chansons s’harmonisent joliment à ce moment où celle-ci prend conscience de son pouvoir : un troubadour languedocien balayait les oiseaux de mauvais augures face à la montée des fascismes ! On préférait fraterniser ! Un temps duettiste avec Jonny Hess, Charles Trenet, animé par la foi en son génie tenta le solo : chapeau beige en arrière pour dégager ses boucles blondes folâtres, les yeux, la chemise et le costume d’un bleu scintillant, les dents aussi blanches que la cravate – et l’œillet rouge ! Ainsi naquit le fou chantant ! Puis la célébrité l’emporta définitivement qui se traduisit d’abord par des films (depuis que le cinéma parlant  se produisit avec « Le chanteur de jazz » on poussait toujours la chansonnette dans n’importe quel film)...

« Je fais mes chansons comme un pommier fait des pommes. Ce n’est pas moi qui les choisis, ce sont elles qui viennent à moi ». Exemple, LA MER (1943) écrite en quelques minutes. Selon Roland Gerbeau, « Nous étions dans le train, en tournée, et le923157.jpeg train passait le long des étangs de Thau, Charles s’est accoudé à la fenêtre pour fredonner : « La mer / Qu’on voit danser le long des golfes clairs…/ ...Voyez / Près des étangs / Ces grands roseaux mouillés… ». « Charles était un homme d’instinct qui composait à la fois le texte et la musique, mais qui ne savait pas transcrire celle-ci sur le papier tout en jouant très bien du piano. Des quantités de chansons se sont perdues ainsi…». Et La Mer habitera l’œuvre comme un phare !  Regardons de plus près ce trublion rayonnant pourtant terriblement insolite dans « Je chante ». D’un côté une vitalité débordante sur des tempos aériens et insouciants (le swing), de l’autre une gaîté grinçante qui joue avec le suicide. Poète errant, affamé, éperdu de liberté face aux conventions représentées par les gendarmes : « …Ficelle / Tu m’as sauvé la vie / Ficelle / Sois donc bénie / Car grâce à toi j’ai rendu l’esprit… ». Fantôme délivré de la faim, « un fantôme qui chante, on trouve ça rigolo » ! Là réside l’art de Trenet ! Les rêves d’une fantaisie débridée – sinon candide – entrelacés avec des idées franchement sombres, sang (Java du diable) et cadavres à l’appui ! Qui croire ? La constante joie de vivre si naïve ou une sorte d’inconscient ténébreux sachant que « Je chante » sera sa chanson talisman ? Mystification lyrique ? Mort paradoxale, sous forme de fantôme, qui s’invite au détour de la bluette la plus pittoresque : « Mam’ zelle Clio" : Je suis bien mort quoi qu’on en dise / Oui mais le diable m’a permis / De revenir toutes les nuits / ...(refrain) Dormir avec vous sans vous faire peur / Et tirer les poils du petit cocu qui veille… ». Fantasmagorie dans « La folle complainte » ? qui se termine :

 « …Donnez-moi quatre planches 

 Pour me faire un cercueil

 Il est tombé de la branche

 Le gentil écureuil

…J’étais seul sur les routes

 Sans dire ni oui ni non

 Mon âme s’est dissoute

Poussière était mon nom ». Pourtant, par-dessus tout, cette indicible faculté d’émerveillement entre Jardin extraordinaire et Une noix : « Une noix / Qu’y a-t-il à l’intérieur d’une noix ?... » Quand elle fermée elle éveille toutes sortes de féeries – mais quand elle est ouverte ?:« …On n’a pas le temps d’y voir / On la croque et puis bonsoir / Les découvertes ». Espiègleries auxquelles s’ajoute la drôlerie excentrique des innovations :« Le soleil a rendez-vous avec la lune

Mais la lune n’est pas là et le soleil l’attend…

La lune est là mais le soleil ne la voit pas

Pour la trouver il faut la nuit

20202_10V1990320.jpgIl faut la nuit mais le soleil ne le sait pas et toujours luit… ». Précurseur de Boby Lapointe :« …Ah qu’il est beau le débit du lait / Ah qu’il est laid le débit de l’eau / Débit de lait si beau débit de l’eau si laid… ».  Ou bien dans Boum : « La pendule fait tic tac tic tac  /    Les oiseaux du lac font pic pic pic pic  /   Glou glou glou font tous les dindons / Et la jolie cloche ding din don…(Quand notre cœur fait boum…)". Quelques mesures, quelques traits font cabrioler des décennies de traditions !Référence essentielle pour Georges Brassens qui l’a dit et a chanté sa chanson Papa pique et maman coud...…

Un poète insaisissable : « Fidèle, fidèle, je suis resté fidèle

A des choses sans importances pour vous

Un soir d’été, le vol d’une hirondelle

Un sourire d’enfant, un rendez-vous

… Fidèle, fidèle pourquoi rester fidèle

Quand tout change et s’en va sans regrets...

Quand on est seul debout sur la passerelle

…Quand on sait bien qu’on n’est plus qu’une ombre

Fidèle  à d’autres ombres à jamais ».

 « Longtemps, longtemps, longtemps

  Après que les poètes ont disparu

  Leurs chansons courent encore dans les rues… »

  Delphine Desanges


Catégorie : ARTICLES - POESIE
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