Texte à méditer :  

Rêver un impossible rêve
Porter les chagrins des départs
Brûler d'une possible fièvre
Partir ou personne ne part
Aimer jusqu'à la déchirure
Aimer même trop même mal
Tenter sans force et sans armure
D'atteindre l'inaccessible étoile
Telle est ma quête
Suivre l'étoile ...

  
Jacques Brel
 
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  « Le vrai travail c'est quand je cherche avec l'air de ne rien faire...chercher une idée et espérer qu'elle vienne, ça oui c'est du travaii !" René Gosscinny

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"PHÈDRE", quelle scénographie ? 2

Dans un premier temps nous avons survolé le destin scénique de « Phèdre » (Racine) depuis sa création. J’aborde, au péril de ma crédibilité, la pièce vue à travers les DVD - ce qu’on nomme, de nos jours, la RÉACTUALISATION.  

1988 PIERRE CARDINAL, son téléfilm, donne dans l’orientalisme marocain qui apporte une touche d’autant plus piquante et séduisante que les costumes sont beaux et les acteurs parfaits (Martine Montgermont, Christian Brendel, Claude Giraud, Denis Manuel et Alice Saprich). Qu’importe que la règle des 3 unités soit malmenée, la reconstitution n’entame pas la trame de la tragédie, au contraire ! Les décors naturels apportent un horizon délicieux qui rapproche la tragédie de notre époque. Scenes00272.jpegD’autant que les acteurs sont judicieusement choisis (malgré une apparente disparité) : leur jeu subtilement rigoureux, ennobli par ces vêtements joliment exotiques, donnera une excellente et exacte idée de la pièce à ceux qui n’ont pas la possibilité de se rendre au théâtre !

1998 LUC BONDY [crée au théâtre de Vidy-Lausane, puis à l’Odéon] est captée pour la télévision. Là il faut décoder. Le décor : murs dépouillés, sol recouvert de sable blanc (symbole de pureté ?) donnant sur la mer qui rappelle sans doute la Grèce … les personnages, pieds nus, s’y vautrent un peu trop souvent - tantôt à genoux, tantôt allongés tout en disant leurs vers - et les crissements affectent l’audition du dialogue. Hyppolite est un bel éphèbe cheveux longs, fine cotte de maille dont la ceinture soutient l’épée. Il n’écorche pas trop les vers… Phèdre (Valérie Dréville) dans son fourreau d’or, jeune et sans fards, manque d’une certaine distinction. La lyre des vers aplatie et accélérée à la limite de la mignardise ! Dommage, l’actrice possède un ton qui aurait pu passer pour souverain ! Pourquoi Œnone apparaît sciemment enlaidie,jusqu'aux confins déplaisants par ses criailleries ? Quant à la scène de l’aveu ! Phèdre nous embarque dans une sorte d’accroupissement devant Hyppolite en se tortillant comme une chenille… Soudain, elle déchire sa robe pour présenter son sein à l’épée ! Je n’endosse certes pas les pères la pudeur, le paysage eut été joli dans un élan passionné sans ce déhanchement tellement inélégant ! Les hommes, tout aussi engoncés dans leur toge corsetée, et particulièrement Didier Sandre, (Thésée), sont plus royaux – excepté quand ils sont obligés de s’affaler dans le sable. Et la scène finale commence bien : Théramène s’assied (enfin !) aux côtés de son maître pour raconter la mort d’Hyppolite (belle idée d’empathie !) et en un geste impressionnant il tend un tissu enveloppant la cotte de maille ensanglantée d’Hyppolite qui sera jetée à la face de Phèdre. On croit rejoindre la tragédie et Didier Sandre aurait été à la hauteur de son trône racinien. Mais tout s'échoue dans l’escamotage de la mort de Phèdre : elle arrive en ondulant comme un serpent (symbole du châtiment ?) coincée dans son sable :"Et la mort, à mes yeux dérobant la clarté,/ Rend au jour qu’ils souillaient toute sa pureté » l’un des plus beaux vers de Racine ensablé, dos au public !  

2003 la mise en scène de PATRICE CHÉREAU est vendue dans un coffret dont le 2ème DVD est consacré au travail de plateau. "Par1353326464891.jpg son impeccable direction d’acteurs et l’intelligence du texte qui l’a inspiré, Chéreau a réussi un prodige" LE MONDE. Un simple spectateur aurait-il le droit de contredire ? Au théâtre comme chez soi nous sommes, sans conteste, embarrassés, tout au long de la pièce, par cette originale (mais gênante) conception d’une représentation au milieu du public. Il m’a semblé, pour ma part, que les jambes ou les têtes des spectateurs sans cesse en surimpression sur déroulement dramatique le desservaient de manière agaçante. Certes, les costumes et le choix des acteurs ne sont pas secondaires ! Pascal Greggory, jeune Thésée, porte, quasi à la clocharde, le buste nu, un caban rouge vif ; Michel Duchaussoy, Théramène, en bleu aussi criard, a droit à un pull. Eric Ruff, Hyppolite, est vêtu d’un costume, sans chemise, bleu sombre satiné (comme Phèdre ?). L’ennui c’est qu’il paraît plus vieux que son père et contraint de porter son épée à la main. Enfin Dominique Blanc, tailleur à longue jupe telles les veuves de la 1ère Guerre Mondiale – compensé par un maquillage et une coiffure qui la rajeunissent - comment lui trouver une allure princière malgré on talent ? Elle martèle les vers avec une application scolairement fébrile, qui l’épuise, lui donnant une voix de tête loin de la passion, nonobstant ses gestes crispés. Et la scène de l’aveu est encore gâchée : elle se dépoitraille sans la moindre volupté ! On joue le symbole lorsque Hyppolite pose son épée sur le sein nu, mais où se cache le lyrisme ? Quant à la fin ! Magnifique Michel Duchaussoy en son récit – lequel est trahi par Thésée s’affalant au milieu des gens (puis qu’on est au milieu du public) et…le cadavre ensanglanté d’Hyppolite qui descend des cintres pour se poser sur un catafalque et enfin son père trempe ses mains dans le sang pour s’en enduire le visage ! Emblématique ce geste ou frôlant le Grand Guignol qui efface ainsi la belle mort de Phèdre ? Ici aussi elle vient s’éteindre en crapaütant sur le sol.…Cependant, Patrice Chéreau explique bien dans le bonus (répétitions)son intention de faire surgir Euripide : donc il ne faut surtout pas solfier le vers... …ET LA POÉSIE de RACINE ? Je n’ose évoquer la bienséance des tragédies du Ph-dre_Ch-reau_20031.jpgGrand Siècle ! Plus,Chéreau omet-il l’origine liturgique de la tragédie grecque au cours de laquelle le sang ne doit pas couler sur scène? Pourtant Euripide,impose des femmes ravagées (Phèdre), leur psychologie désespérée parce strictement humaine et surtout tout en nuances !

Comment ne pas tomber dans le négatif devant de tels tableaux ? Invoquerais-je une part de démagogie ? Remarque : en France il n’y a pas d’école pour les metteurs en scène ! Est-ce la raison de ces abus coudoyant la mystification ? [Voir Hamlet et son juke-box en ce moment à la Comédie Française]. Le plus étonnant : la passivité du public. Consumérisme ? Suivisme de snobs vers je ne sais quelle mode qui "revisite" soi-disant les classiques pour les dépoussiérer ? Ou manque de culture ? "Je le répète et le dit, vaille que vaille,/ Le monde n’est que franche moutonnaille" La Fontaine. Non ! Je ne suis ni décliniste, ni encore moins porté vers quelque nostalgie réactionnaire, je constate, néanmoins, que  beaucoup d'élèves ne connaissent guère ce patrimoine immatériel si précieux. Ce n’est pas le fait des programmes de l’Éducation Nationale - peut-être des conditions de travail offertes aux enseignants ? Peut-on en induire que cet apparent vide des esprits a été envahi par les produits d’Outre Atlantique dont l’accessibilité primaire semble repousser cet héritage (apparemment dépassé!) dans une sorte règne de la facilité ? Quelles sont les causes de cette faillite de la formation des esprits critiques : « Plus les hommes seront éclairés plus ils seront libres » Voltaire ?

Antoine Fignes

(1 - V.Dréville  / L. Bondy 2 - P. Gregory / P. Chéreau 3 D. Blanc)


Catégorie : ARTICLES - LITTERATURE
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