Texte à méditer :  

Rêver un impossible rêve
Porter les chagrins des départs
Brûler d'une possible fièvre
Partir ou personne ne part
Aimer jusqu'à la déchirure
Aimer même trop même mal
Tenter sans force et sans armure
D'atteindre l'inaccessible étoile
Telle est ma quête
Suivre l'étoile ...

  
Jacques Brel
 
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  « Le vrai travail c'est quand je cherche avec l'air de ne rien faire...chercher une idée et espérer qu'elle vienne, ça oui c'est du travaii !" René Gosscinny

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DELACROIX ÉCRIVAIN  (1798-1863)

 "Delacroix, toujours respectueux de son idéal, est souvent, à son insu, un poète en peinture"."Le tigre attentif à sa proie Eugene_delacroix.jpga moins de lumière dans les yeux et de frémissements impatients dans les muscles que n’en laissait voir notre grand peintre quand toute son âme était dardée sur une idée ou voulait s’emparer d’un rêve". BAUDELAIRE.[à droite "LA MORT DE SARDANAPALE",préféré de Baudelaire, tableau très shakespearien qui, en 1827,provoqua un choc comparable à La Bataille d'Hernaini de Hugo].Si Delacroix noua de belles amitiés avec l’élite de son temps, sa culture fut d’une subtile sagacité, au point d’hésiter entre l’écriture et la peinture :"Je n’éprouve pas, à beaucoup près, pour écrire, la même difficulté que je trouve à faire mes tableaux. Pour arriver à me satisfaire, rédigeant quoi que ce soit, il me faut beaucoup moins deSardanapale.jpg combinaisons, de compositions que pour me satisfaire pleinement en peinture". A côté d’un JOURNAL, imposant et superbe, une correspondance prolifique, ses Brimborions, luxuriants fragments de notes de tous styles, critique :"Raphaël n’a pas plus qu’un autre atteint la perfection…un charme irrésistible dans son style, une grâce vraiment divine, qui respire partout dans ses ouvrages, qui voile les défauts et fait excuser les hardiesses". Tel qu’on connaît notre peintre aucune intimité dans son Journal, peu de noms propres ! 1822 "Une seule obligation, périodiquement fixe dans une vie, ordonne tout le reste de la vie…En conservant l’histoire de ce que j’éprouve je vis double ;le passé reviendra à moi…L’avenir est toujours là […] Quand j’ai fait un beau tableau, je n’ai point écrit une pensée…C’est ce qu’ils disent !...Qu’ils sont simples ! Ils ôtent à la peinture tous ses avantages. L’écrivain dit presque tout pour être compris. Dans la peinture, il s’établit comme un point mystérieux entre l’âme des personnages et celle du Spectateur. Il voit des figures de la nature extérieure, mais il pense intérieurement de la vraie pensée qui est commune à tous les hommes à laquelle quelques uns donnent un corps en l’écrivant…La première et la plus importante chose en peinture, ce sont les contours. Le reste serait-il extrêmement négligé que s’ils y sont, la peinture est ferme et terminée. J’ai, plus qu’un autre, besoin de m’observer à ce sujet […] Le résultat de mes journées est toujours le même : un désir infini de ce qu’on n’obtient jamais, un vide qu’on ne peut combler…et les distractions qui jettent un voile sur notre âme ;presque toujours aussi une sorte de calme philosophique, qui prépare à la souffrance et élève au-dessus des bagatelles […] Le rossignol, Quel rapide instant de gaîté dans toute la nature :ces feuilles si fraîches, ces lilas, ce soleil rajeuni. La mélancolie s’enfuit".

delacroix2.jpgInterruption 1824/47, lors du célèbre voyage au Maroc avec les représentants français envoyés par Louis-Philippe. Les Carnets compenseront. S’il y évoque l’Espagne de GOYA, il refuse le pittoresque, des orientalistes contemporains. Grâce à son imagination, il soulignera l’insaisissable, La BEAUTÉ, méditée comme un classicisme antique. Description très neutre de La noce juive et tel détail, « Dans les occasions de détresse les enfants sortent avec leurs tablettes et les portent avec solennité. Ces tablettes sont en bois, enduites de terre glaise ;on écrit avec des roseaux et une sorte de sépia qui peut s’effacer facilement. Ce peuple est tout antique. Cette vie extérieure et  ces maisons fermées soigneusement :les femmes retirées". Ceci qui comblera les pourfendeurs de la mondialisation: "Au lieu du spectacle du Bosphore riant sous le soleil et qu’ils contemplaient tranquillement, les Ottomans s’enferment dans de petites salles de spectacles pour y voir des vaudevilles français ;vous retrouverez tous ces vaudevilles, ces journaux, tout ce bruit pour rien, dans toutes les parties du monde, comme l’éternelle gare avec ses cyclopes et ses sifflement sauvages".

1844 Inspiration,Talent [Delacroix ébaucha un dictionnaire à l’intérieur du Journal] "Le vulgaire croit que le talent doit toujours être égal à lui-même et qu’il se lève tous les matins comme le soleil…il ignore que, semblable à toutes les choses mortelles, il a un cours d’accroissement et de dépérissement…il subit toutes les intermittences de la santé, de la maladie, de la disposition de l’âme, de la gaîté ou de la tristesse…le talent est obligé de veiller constamment sur lui-même". 1852 "Les savants ne devraient vivre qu’à la campagne, près de la nature ;ils aiment mieux causer autour des tapis verts des académies de tout ce que tout le monde sait aussi bien qu’eux…L’animal, le végétal, l’insecte, la terre et les eaux sont des aliments pour l’esprit qui étudie, et qui veut enregistrer les lois diverses de tous ces êtres. Mais ces messieurs ne trouvent pas là la simple observation digne de leur génie ; ils veulent pénétrer plus avant et font des systèmes du fond de leur bureau qu’ils prennent pour un observatoire. D’ailleurs, il faut fréquenter les salons et avoir des croix et des pensions ; la science qui met sur cette voie-là vaut toutes les autres".1853"Il faut toujours gâter un peu un tableau pour le finir. Les dernières touches destinées à mettre de l’accord entre les parties ôtent de la fraîcheur. Il faut paraître devant le public en retranchant toutes les heureuses négligences qui sont la passion de l’artiste. Je compare  ces retouches assassines à ces ritournelles banales qui terminent tous les airs et à ces espaces insignifiants que le musicien est forcé de placer entre les parties intéressantes de son ouvrage…Les retouches pourtant ne sont pas aussi funeste au tableau qu’on pourrait le croire quand le tableau est bien pensé et a été fait avec un sentiment profond".1856 "Je lis avec beaucoup d’intérêt depuis quelques jours la traduction d’Edgar Poe de Baudelaire…Ces gens-là ne se plaisent que dans ce qui est hors ou extra nature : nous ne pouvons nous autres français perdre à ce point l’équilibre et la raison doit être de tous nos écarts. Je conçois, à la rigueur une débauche du genre de celle-là mais tous ces contes sont sur le même ton. Je suis sûr qu’il n’y a pas un Allemand qui ne se trouve là comme chez lui. Bien qu’il y ait un talent des6360277.jpg plus remarquables dans ces conceptions, je crois qu’il est d’un ordre inférieur à celui qui consiste à peindre le vrai".

Delacroix voyagea à Dieppe, et nous offrit ce "Mer vue des hauteurs de Dieppe" annonçant l’éveil de l'IMPRESSIONISME ["J'ai fait une étude de mémoire;ciel doré, barques attendant la marée pour rentrer" 1852] :"Dans la promenade de ce matin, étudié longuement la mer. Le soleil étant derrière moi la face des vagues qui se dressaient devant moi était jaune, et celle qui regardait le fond réfléchissait le ciel. Des ombres de nuages ont couru sur tout cela et ont produit des effets charmants ;dans le fond, à l’endroit où la mer était bleue et verte, les ombres paraissaient comme violettes ;un ton violet et doré s’étendait aussi sur les parties les plus rapprochées quand l’ombre les couvrait. Les vagues étaient comme d’agate. Dans ces parties ombrées on retrouvait le même rapport de vagues jaunes regardant le côté du soleil et de parties bleues et métalliques réfléchissant le ciel". Et ses derniers mots, au crayon, l’année de sa mort en 1863 :"Le premier mérite d’un tableau est d’être une fête pour l’œil. Ce n’est pas à dire qu’il n’y faut pas de la raison : c’est comme les beaux vers…toute la raison du monde ne les empêche pas d’être mauvais, s’ils choquent l’oreille. On dit avoir de l’oreille ; tous les yeux ne sont pas propres à goûter les délicatesses de la peinture. Beaucoup ont l’œil faux ou inerte ; ils voient littéralement les objets mas l’exquis non". Cette même année Édouard Manet présentait sa fameuse « Olympe ou le déjeuner sur l’herbe »…

Anne-Flore Urielle


Catégorie : ARTICLES - LITTERATURE
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