Texte à méditer :  

Rêver un impossible rêve
Porter les chagrins des départs
Brûler d'une possible fièvre
Partir ou personne ne part
Aimer jusqu'à la déchirure
Aimer même trop même mal
Tenter sans force et sans armure
D'atteindre l'inaccessible étoile
Telle est ma quête
Suivre l'étoile ...

  
Jacques Brel
 
ARTICLES
CITATION

  « Le vrai travail c'est quand je cherche avec l'air de ne rien faire...chercher une idée et espérer qu'elle vienne, ça oui c'est du travaii !" René Gosscinny

Préférences

Se reconnecter :
Votre nom (ou pseudo) :
Votre mot de passe
Captcha reload
Recopier le code :


  Nombre de membres 40 membres
Connectés :
( personne )
Snif !!!
Recherche
Recherche
Visites

   visiteurs

   visiteurs en ligne

rss Cet article est disponible en format standard RSS pour publication sur votre site web :
http://www.abrulepourpoint.fr/data/fr-articles.xml

PAUL  RICŒUR 1  (1913-2005)

    L’amplitude de son œuvre nous invite à la découvrir au gré de sa biographie. Né à la veille de la Première Guerre Mondiale, (1913), tôt orphelin, Paul Ricœur, imprégné par ce siècle dramatique,tendra toute sa recherche à Ricoeur.jpgle déchiffrer. "C’est dans l’imagination que d’abord se forme en moi l’être nouveau, je dis bien l’imagination et non la volonté car le pouvoir de se laisser saisir par de nouvelles possibilités, précède le pouvoir de se décider et de choisir". Quant au protestantisme familial : "Parce que j’ai toujours été entre deux influences entre lesquelles il me fallait jeter un pont. Protestant mais pas moins philosophe". IlParaclet_2.jpg passe l’agrégation de philosophie à Paris. GABRIEL MARCEL et la revue "ESPRIT" le stimulent. En 1939, Paul Ricœur, prisonnier, trouve sa résistance dans la traduction de Ideen d’HUSSERL, mis à l’index par les nazis. Ricœur plonge dans cette étude descriptive des phénomènes érigée en système. Il développe l'unité du phénomène vers un plan métaphysique (c'est-à-dire simultanément essence et existence). Façon de rénover le concept en dénudant les structures que l’on croit dominer pour apprécier la notion d’accès  à l’univers. Face à l’EXISTENTIALISME sartrien, Ricœur reconnaît l’honnêteté intellectuelle de J.P Sartre :"C’est un thème (l’hypocrisie) sur lequel il avait poussé très loin la réflexion. La mauvaise foi l’a toujours tourmenté car il avait, un peu comme Rousseau, l’idée de limpidité, de transparence. Il poursuivait peut-être un rêve impossible…". En fait, sa ferveur ontologique transforme l’individu en agir avec. Après la catastrophe de la guerre, il semble s’émerveiller d’être vivant dans la magnificence du monde des vivants. La grâce originelle de la sève créative se révèle dans "Chemin du consentement":"Le fait que je suis n’est pas douteux. Mais ce que je suis est foncièrement douteux. Par conséquent je ne suis pas proche de moi-même, mais toujours dans un rapport d’interprétation. Il faut donc que je fasse le grand détour des œuvres de culture pour rentrer chez moi : c’est ce grand circuit de l’interprétation qui est le plus court chemin de moi à moi-même".

En 1956, le Rapport Khrouchtchev, Budapest et la guerre d’Algérie, pour Ricœur, dans "Esprit", les intellectuels ne doivent pas abandonner le politique, qui charpente "l’être ensemble", contre les risques de déviations ou de demenge-1320589161-4236.jpgpouvoir personnel. Autre chantier : "Philosophie de la volonté", "Le Volontaire et l’Involontaire" et "Finitude et Culpabilité" (1960) fruits de sa thèse d’État, marquent son entrée dans la deuxième génération de la phénoménologie française (après Sartre et Merleau-Ponty). Description de l’enchevêtrement du volontaire et de l’involontaire dans notre condition et des grands symboles de la volonté faillible. "Faire du mal, c’est faire du mal à quelqu’un. C’est infliger à quelqu’un une souffrance. Dès lors, prendre la mesure du tort infligé à un autre et mettre ce tort en relation avec moi comme auteur, fait de la culpabilité un sentiment sain et positif". En Sorbonne, sa pédagogie fait déborder les amphis et il devient l’ami de Jacques DERRIDA.

1965-70 Paul Ricœur se mobilise pour l’université de Nanterre (avec EMMANUEL LEVINAS). Il pressent 68 et se joint à ALAIN TOURAINE et HENRI LEFEBVRE pour défendre Cohn-Bendit…Il y perçoit l’avènement d’une révolution culturelle propre aux sociétés industrielles avancées en proie à une perte de sens. Doyen (réforme Edgar Faure), écartant la moindre garde, il sera molesté. De plus, malgré la banalisation du campus,Bendit.jpg Raymond Marcellin (ministre de l’intérieur) envoie ses policiers qui provoquent les excès qu’il voulait éviter. Il démissionne en 1970. Notons "De l’interprétation, essai sur Freud", pari audacieux d’une lecture philosophique de l’œuvre du fondateur de la psychanalyse et poursuite de ses idées sur la culpabilité et la souffrance absurde. Ricœur montre que la psychanalyse représente une ascèse de la réflexion philosophique qui permet à celle-ci d’éliminer les illusions de la conscience immédiate. Il brave, ainsi, les foudres d’un LACAN tout puissant et d’ALTHUSSER. Posant l’appareil scientifique, selon la mode  structuraliste, ces derniers s’opposent à l’herméneutique (1) de Paul Ricœur et sa spiritualité considérées comme désuètes. Pourtant :"Ricœur a précédé une évolution de la psychanalyse, l’optique de la narration" J.Hochmann (psychanalyste).Notons qu’immergé dans les combats de son époque, il enseigne à la Faculté de théologie protestante de Paris …

1970-81 il s'expatrie à l'Université de Louvain (Archives Husserl) et aux États-Unis (Divinity School de liberte.jpgChicago). "La Métaphore vive": Le sens métaphorique comporte un travail de la ressemblance au travers de la différence. Or, en suspendant la référence littérale, la métaphore il rouvre cette affinité vers la vérité et la réalité."Dans le cas du narratif, je m'étais risqué à dire que, ce que j'appelle la synthèse de l'hétérogène, ne crée pas moins de nouveauté que la métaphore…". Cette découverte de la fonction cognitive de la métaphore repose sur le dépassement de son utilisation traditionnelle qui voit en elle un simple phénomène linguistique de transport de sens. Dans la trilogie "Temps et Récit", Ricœur explique, au contraire, que pour penser la temporalité il faut en faire le récit. Il attire l’attention sur les lisières d’une identité restreinte à la narration face à l’impératif éthique qui est son souci majeur.

La consécration (1981-1990). Ses cours aux États Unis n’empêchent pas Paul Ricœur d’animer, en France, des séminaires internationaux. Dépassant la vogue de la saison, il remonte sur la scène de la vie intellectuelle française. On apprécie la puissance d’une pensée inlassablement rénovée - référence toujours questionné par l’événement et tentant d’y répondre avec clarté si loin d’un maître à penser ! Comme un pilote au carrefour des 3 traditions : la philosophie réflexive, la philosophie dite continentale européenne et la philosophie analytique anglo-saxonne.

Anne-Flore Urielle

(1) L’herméneutique des phénomènes humains qui requirent une interprétation et une compréhension est une notion cardinale de la philosophie moderne notamment de phénoménologie existentielle : l’existence humaine est « un signe » dont le philosophe doit chercher le sens.


Catégorie : ARTICLES - REFLEXION
Page lue 3288 fois


Réactions à cet article

Personne n'a encore laissé de commentaire.
Soyez donc le premier !