Texte à méditer :  

Rêver un impossible rêve
Porter les chagrins des départs
Brûler d'une possible fièvre
Partir ou personne ne part
Aimer jusqu'à la déchirure
Aimer même trop même mal
Tenter sans force et sans armure
D'atteindre l'inaccessible étoile
Telle est ma quête
Suivre l'étoile ...

  
Jacques Brel
 
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  « Je relis Les Caractères, si claire est l’eau de ces bassins qu’il faut se pencher longtemps au-dessus pour en comprendre la profondeur » André Gide

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FREUD Sigmund / ZWEIG Stephan : correspondance

1933, les livres du médecin et de l’écrivain furent unis 200px-Buecherverbrennung33.jpgdans l’autodafé nazi. 25 ans de différence ! Zweig considérait-il Freud comme un père, au moins un idéal ? Son œuvre s’inspira pleinement de la psychanalyse:"Avec l’évolution de la psychologie on assiste à l’éclosion d’une nouvelle littérature psychologique. De nos jours Freud en est un exemple". La parution de la correspondance entreSigmund_Freud_LIFE.jpg les deux hommes [1908 /1939] prouve que l’écrivain envoya tous ses livres à Freud qui, avec une sollicitude amicale et sincère, les sondait, contestant ou applaudissant: "03/05/1908 (Vienne). Cher monsieur…Je sais pour avoir lu Couronnes précoces que vous êtes poète et l’écoulement majestueux de ces beaux vers, qui chantent à mon oreille lorsque j’ouvre le livre, me promet une heure d’ineffable plaisir que je m’en vais prochainement arracher au travail importun…". Comment Zweig ne se sentirait pas encouragé: "3/11 /1920, J’appartiens à cette génération d’esprits qui n’est redevable presque à personne autant qu’à vous en matière de connaissance, et je sens, avec cette génération, que l’heure est proche où votre exploration de l’âme, d’une si considérable importance, deviendra un bien universel, une science de dimension européenne".

S’y mêlent des télégrammes, selon la conjoncture: pour l’anniversaire de Freud,"6/5/1926 Veuillez, estimé professeur, passer ce jour de fête dans la joie, en bonne santé et avec la fierté que justifie une œuvre éternelle". On goûtera surtout les discussions de fond. Par exemple, Freud réfute l’exposé de Zweig sur Dostoïevski dans "Trois Maîtres" posant un diagnostic d’hystérie plutôt que d’épilepsie à partir de la vie et des spécificités littéraires de l’écrivain russe :"…Je n’ai pas à craindre de votre part que cette mise en lumière de ce qu’on appelle le pathologique vise à diminuer ou à expliciter la grandeur du génie poétique de Dostoïevski. Je termine cette lettre, déjà trop longue, parce que malgré toute sa patience mon sujet m’y invite d’un signe, et non parce que j’en ai épuisé la matière, en vous renouvelant mes remerciements et en vous saluant cordialement"."…Je me suis senti rempli de honte et de joie en voyant combien vous vous êtes donné du mal à propos de mon étude, et je vous prie de croire que je sais apprécier tant d’attentions en vous témoignant la gratitude la plus sincère…" Zweig. Intéressant, pour nous, cet échange sur la biographie de MARIE-ANTOINETTE (Portrait d’un caractère moyen 1932). AVT_Stefan-Zweig_7934.jpegAvis de Freud :"…née petite, comme vous le dites, mais que les coups de marteau du destin ont rendue grande…Savez-vous que votre analyse du royal garnement qui accuse sa mère de l’avoir débauché est absolument recevable ? Aujourd’hui encore tous les névrosés que nous étudions ont cela dans leur programme…Dans le cas du Dauphin, le milieu dégradant et hostile à sa mère y a certainement contribué mais dès auparavant cette tendance au mensonge fantasmatique n’avait pas échappé à la mère". "…permettez-moi de vous remercier de votre exceptionnelle gentillesse…En ce qui concerne le Dauphin j’avais encore plus de matériel…(un médecin français le docteur Cantanès) sans avoir malheureusement la moindre notion de psychanalyse de sorte qu’aujourd’hui tous ces trésors restent inexploités…" Zweig.

Cependant ce dernier, dans son affection pour le maître commettra un impair en tentant de faire attribuer le Prix Nobel à Freud. Son hommage publié dans le Sunday Times provoquera un malentendu. E. Jones rapporte dans sa biographie de Freud :"Peu auparavant MARIE BONAPARTE avait essayé en vain à Stockholm…Et au voyage de retour elle avait aussi inspiré Thomas Mann et Romain Rolland. Freud la désapprouva d’avoir gaspillé son temps pour une entreprise aussi désespérée…"."Le Prix Nobel ne me convient pas" disait ce dernier.

Néanmoins ce geste révèle les affinités électives entre ces intellectuels européens avant et après 1914. Précisément, une rencontre emblématique : ROMAIN ROLLAND (Prix Nobel de littérature 1915) qui éblouit Stefan Zweig par son humanisme si pacifique et son érudition allemande symbolisant une sorte d’harmonie entre leurs deux cultures. Zweig, ravi, annonce l’arrivée de R. Rolland à Vienne."…Si je vous dis (un mot à Freud) la joie qu’il éprouve de pouvoir vous rendre visite, il ne faut pas que je vous taise la mienne, cher Professeur, de pouvoir l’accompagner et de vous revoir. Avec ma profonde estime. Votre dévoué". D’ailleurs Freud participa, en 1926, au Liber amicorum (livre des amis) adressé à R. Rolland pour  son 60ème anniversaire avec Zweig, Gorki, Georges Duhamel… en ces termes: "…De longues années durant, avant de vous rencontrer, j’ai honoré en vous l’artiste et l’apôtre de la philanthropie. J’étais moi-même l’adepte de la philanthropie, non pas par sentimentalité ni par exigence d’un idéal, mais pour des raisons économiques objectives…Lorsque finalement je fis votre connaissance personnelle, je fus surpris de découvrir…combien, en vous-même, vous incarniez de force de volonté". Façon d’exprimer sa reconnaissance envers Freud, Zweig lui présentait les nouveaux talents :"SALVADOR DALI, le grand peintre, est un Dali.jpgadmirateur fanatique de votre œuvre…". Réponse de Freud (1938) :"Vraiment il faut que je vous remercie d’avoir amené chez moi les visiteurs d’hier. Car j’étais jusque-là enclin à considérer les surréalistes, qui semblent m’avoir choisi pour saint patron, comme des fous absolus (disons à 95% comme pour l’alcool). Le jeune Espagnol avec ses yeux candides et fanatiques et son indéniable maîtrise technique m’a suggéré une autre appréciation. Il serait en effet très intéressant d’examiner d’un point de vue analytique la création d’un tel tableau. On pourra toujours critiquer et dire que la notion de l’art se refuse à tout élargissement lorsque le rapport quantitatif du matériau et du travail ne respecte pas une limite déterminée. Mais en tout cas des problèmes psychologiques sérieux…On me dit qu’en partant vous avez oublié quelque chose ici. Vous savez que c’est une promesse de revenir…". Dernière lettre de Zweig (14/11/39) :"Mon très cher ami et maître. Quand vous reverrai-je ? Ma naturalisation était presque réglée…Je rirais de cette bêtise – car enfin je pourrais être plus utile que 7 fonctionnaires du Ministère de la Propagande – mais elle m’ôte le plaisir de vous voir et cela me rend triste. J’espère que vous ne souffrez que de l’époque, comme nous, et non en outre de douleurs physiques. Il nous faut rester fermes maintenant – ce serait absurde de mourir sans avoir vu d’abord la destruction aux enfers des criminels…Avec la vielle estime toujours fidèle".

Quelques jours plus tard (1939), en stoïcien, Sigmund Freud obtint de son médecin d’abréger opérations et souffrances dues à son cancer. Stephan Zweig prononça son éloge funèbre. 1943, au Brésil, Zweig se suicidera avec sa compagne après avoir joué aux échecs et relu Montaigne… Nulle tentation hagiographique, ici, mais l’indicible occasion de fréquenter une élite si féconde à travers cette correspondance !

Anne-Flore Urielle


Catégorie : - LITTERATURE
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