Texte à méditer :  

Rêver un impossible rêve
Porter les chagrins des départs
Brûler d'une possible fièvre
Partir ou personne ne part
Aimer jusqu'à la déchirure
Aimer même trop même mal
Tenter sans force et sans armure
D'atteindre l'inaccessible étoile
Telle est ma quête
Suivre l'étoile ...

  
Jacques Brel
 
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  « Le vrai travail c'est quand je cherche avec l'air de ne rien faire...chercher une idée et espérer qu'elle vienne, ça oui c'est du travaii !" René Gosscinny

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1914/18 : LES MUTINERIES

    Lionel Jospin fut le premier (1998) à suggérer la "réintégration, dans la mémoire collective, de ces combattants de la Première Guerre Mondiale fusillés pour avoir refusé d'être des sacrifiés". Il s’agit des craonne-refrain.gifmutineries les plus graves (1917) à l’arrière de la grande offensive Nivelle. [En 3 jours environ 150.000 hommes mis hors de combat, dont 40.000 tués].Les recherches historiques récentes indiquent qu’il n’y eut aucune organisation pacifiste. Les combattants exprimaient spontanément leur lassitude physique et morale après 3 années d’efforts et de souffrances sans résultats apparents. Pas la grève des tranchées, plutôt grève des attaques."Car nous sommes tous condamnés, nous sommes les sacrifiés..." la chanson de Craonne rappelle les sentiments des soldats engloutis dans ces offensives dont les conséquences humaines sont exorbitantes face aux résultats militaires. Complainte symbolique. L’historien et l’enseignant y voient aujourd’hui l’intention de transmettre leurs souffrances au commandement. Protestation émanant de citoyens soldats qui ont intégré la République non contre la guerre mais contre la façon de la mener.

GEORGES CLEMENCEAU (également médecin) parcours les tranchées :"J’ai vu qu’il y avait de très braves gens… que, parmi ceux qu’on a fusillé, il y avait des héros". Ajoutant qu’"il suffit de joindre militaire à un mot pour qu’il perdre son sens". Ainsi la justice militaire n'est pas la justice ! De la même façon, joindre pour l’exemple au mot fusillé lui fait perdre son sens."Ils ne sont pas morts pour la patrie mais par la patrie !", affirme la petite-nièce du soldat belge Paul Van den Bosch exécuté parmi les 12 soldats belges fusillés de la Grande Guerre. Réfléchissons à l’amalgame mutin/fusillé qui voile la réalité et sa genèse: mutin et fusillés ne sont pas synonymes, les exécutions sommaires datant du début de la guerre, cela pose un problème capital sur la justice militaire. L’alerte aux mutins se déclencha dès septembre 1914 (1/6ème des tués de toute la guerre disparaît pendant les 2 premiers mois). Avec le départ du gouvernement pour Bordeaux, Millerand concède à Joffre, pour contrecarrer les paniques ou mutilations volontaires, des "CONSEILS DE GUERRE SPÉCIAUX", qui jugeront vite les soldats accusés de désertion, refus d’obéissance et abandon de poste en présence de l’ennemi :"Une troupe qui ne peut plus avancer devra coûte que coûte garder le terrain conquis et se faire tuer sur place plutôt que de reculer. Dans les circonstances actuelles aucune défaillance ne peut être tolérée", affirme Joffre. Là, la défense est quasi nulle, avocats commis d’office novices sur la justice. Preuves singulières de commutation de peine ou au contraire d’application, le délit de les_poilus_14-18.jpgsale gueule, une indiscipline naturelle (affaire Vally selon l’historien N. Offenstadt), le célibat... font de certains soldats des exemples plus probants ! Seul compte l’impact sur la troupe devant le risque de contagion, 752 condamnations à mort et 495 exécutions avérées. La moyenne des exécutés donne 29 par mois, soit un par jour pendant les 17 premiers mois de guerre. Car des officiers de l’armée française ont trié, tiré au sort les soldats à fusiller aux moments les plus cruciaux (voir à Vingré novembre 1914). Cette justice arbitraire a provoqué les vives réactions des élus, associations, familles dans un but de réparation. Lutte entre pouvoirs civils et militaires. Les premiers reprenant la main sur les seconds. En septembre 1915, le gouvernement décide de mettre fin au régime d’exception. Dénonciation des crimes des Conseils de Guerre pour revenir à la démocratie (député Paul Meunier) et la répression moins sanglante confirme les excès précédents.

Quant au printemps 1917, il touchera toute la nation ! Des projets de lois sont déposés pour juger le commandement considéré comme responsable de l’échec de l’offensive et des lourdes pertes. [Nivelle, d’abord, remplacé par Pétain (Verdun) à qui Clemenceau préféra Foch pour le commandement des ALLIÉS vers la Victoire]. La question de la révision des procès et la réhabilitation despissenlit.jpg exécutés se discute déjà. Sollicitée par les élus locaux, eux-mêmes tancés par les familles des condamnés, les députés en débattent par principe concernant 197000 sentences des Conseils de Guerre pour 8,5 millions de mobilisés selon Édouard Ignace, sous-secrétaire d’État à la justice militaire dans le gouvernement Clemenceau. Cependant, les mutineries en France ne se signalent pas comme une rupture avec le commandement contrairement aux cas russes de l’été 1916 et allemands de l’année 1918, les hommes cessant d’obéir aux ordres... 

Des échos dans "PAROLES DE POILUS"(1). Un marseillais, fils d’armateur et médecin auxiliaire apostrophe les députés en 1915 :"…O injustice et ingratitude humaines ! Tandis que vous vous promenez dans les rues ou les lieux de plaisir de Paris…Tandis que loin du danger, vous vous demandez d’un fleursChamps.jpgair fâché et dédaigneux Pourquoi n’avancent-ils pas ? Si j’étais au feu je ferais cela…vos concitoyens, vos frères…recommandent leur âme à Dieu avant d’accomplir dans l’ombre sans rien attendre de la postérité, le sacrifice de leur vie". Parmi les écrivains ces lignes de GIONO (publiées après la guerre si opposées aux lettres incolores du front) :"Soyez bon soldat, c’est vraiment gagné à coup sûr…Salaud mais bon soldat : admirable !Il y a aussi le simple soldat : ni bon ni mauvais, enrôlé là-dedans parce qu’il n’est pas contre. Il y subira sans histoire le sort des guerriers jusqu’au jour où, comme le héros de Faulkner, il découvrira que n’importe qui peut choir par mégarde, aveuglément dans l’héroïsme comme on dégringole dans un regard d’égout grand ouvert au milieu du trottoir…Il a reculé tant qu’il a pu cette confrontation avec la solitude…mais maintenant il y est, il est seul. Comme un pacifiste. C’est le moment où, dans les récits de batailles le guerrier prononce d’ordinaire les paroles historiques où il appelle tendrement sa mère, et c’est bien triste pendant tout un alinéa. C’est le moment où il vient d’être étripé par une baïonnette…; cet homme ne peut plus faire marche arrière. Il est déjà sur les bords d’où on ne revient pas ;le jeu s’est joué. Tout le jeu de la guerre se joue sur la faiblesse du guerrier".(Recherche de la pureté). Réflexions corroborées pat la lettre de Maurice Maréchal (grand violoncelliste) :"Je ne suis pas, je ne veux pas être lâche mais l’idée que je pourrais, pour une balle idiote qui ne prouvera rien ni pour le Droit ni pur la Force, gâcher mon avenir et surtout briser tout l’édifice édifié péniblement par ma chère petite mère au prix de tant et tant de sacrifices, je suis pris d’un tremblement d’angoisse qui me tord. Et pourtant il faut marcher. Tant pis, je suis parti, ça y est, je ne peux plus revenir !...".   

"Cette exigence de mémoire est une condition de la réconciliation d'un pays avec lui-même et de la paix entre les Nations" (Lionel Jospin, Premier ministre)

Anne-Flore Urielle

(1) « Lettres et carnets du front » 1914/18 Radio France, Les Locales


Catégorie : ARTICLES - HISTOIRE
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