Texte à méditer :  

Rêver un impossible rêve
Porter les chagrins des départs
Brûler d'une possible fièvre
Partir ou personne ne part
Aimer jusqu'à la déchirure
Aimer même trop même mal
Tenter sans force et sans armure
D'atteindre l'inaccessible étoile
Telle est ma quête
Suivre l'étoile ...

  
Jacques Brel
 
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  « Le vrai travail c'est quand je cherche avec l'air de ne rien faire...chercher une idée et espérer qu'elle vienne, ça oui c'est du travaii !" René Gosscinny

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1914/18 ET LE CINÉMA

 L’historien MARC FERRO(1) nous offre un éclairage fructueux sur les rapports entre cinéma et histoire – en particulier Sergeant_York.jpgpour des films sur la guerre de 14/18 :"Les expériences de plusieurs cinéastes, tant dans la fiction que dans la non fiction montrent que grâce à la mémoire populaire et à la tradition orale peut rendre à la société une Histoire dont l’institution l’a dépossédé, un point de vue sur lequel Michel Foucault a eu raison d’insister dans Les Cahiers du Cinéma". Trois films émergent. LES CROIX DE BOIS (1931) adapté du roman de Roland Dorgelès par Raymond Bernard. Enfouis dans les tranchées, chaque camp appréhende l'offensive. (Pierre Blanchard et Charles Vanel étaient anciens combattants). J'ACCUSE (1938) Abel Gance reproduit son film muet de 1919, parcours d'un poilu devenu pacifiste. SERGENT YORK (1941) d’Howard Hawks. Le pacifiste qui devient un héros pour avoir tué tant d’allemands grâce à la mort de son meilleur ami !

 Après les mélos édifiants, les cinéastes, avec le temps, deviennent plus critiques. POUR L'EXEMPLE (King & Country) de Joseph Losey (1964), précisément sur les mutineries. LES HOMMES CONTRE de Francesco Rosi (1970), épisode du conflit italo-autrichien. Les affres stériles de l’attaque d’une colline par un général irréfléchi et malhabile. Description des mutineries et exécutions comme en France (1917). [Environ 2.800 italiens fusillés, le maximum de 14-18]. Procès pour dénigrement de l'armée, mais acquittement. LES SENTIERS DE LA GLOIRE de Stanley Kubrick (1957) qui s’appuie sur des faits réels, sorti en France qu’en 1975 car notre pays est le lieu de l’action. Voici les remarques de Marc Ferro sur ces 3 films :"Les thèmes de l’antimilitarisme et celui du pacifisme interfèrent confusément…Apparemment, Les Sentiers de la Gloire rendent comptent de tous les thèmes de l’antimilitarisme militant en 194/18 et après. Les ressorts de l’offensive à tout prix (1916), sont clairement explicités ; ils sont démontés de haut en bas de la hiérarchie militaire ; l’arbitraire de la justice militaire est également mis à nu à l’occasion de l’exécution de 3 soldats exécutés pour couvrir les erreurs du commandement militaire. Inexpiable pamphlet contre l’institution militaire, ce film fait plaisir aux démocrates, aux hommes de gauche. Toutefois, l’accumulation de situations limites (bien que chacune d’elle soit authentique), neutralise, par leur interférence, la vraisemblance du tableau d’ensemble et rend incompréhensible la naissance et la pérennité des mouvements d’anciens combattants, où, dans l’après-guerre et pendant longtemps, soldats et officiers continuèrent à fraterniser. Moins spectaculaire, l’analyse de Losey porte plus loin et rapproche du problème central…Il porte sur la distance qui sépare de la loi, de la connaissance de la loi les gens du peuple mal informés, désarmés devant l’institution militaire…S’il est vrai que la fonction de l’armée est double, patriotique et répressive, il est certain aussi que, privé du témoignage et du savoir des officiers, le soldat ne pourra pas comprendreban_gloirey.jpg comment l’institution s’y prend pour détourner la discipline militaire de sa fonction originelle – l’amélioration et la capacité de combattre – et l’utiliser à des fins de répression sociale".

JOHNNY S'EN VA-T-EN GUERRE de Dalton Trumbo (1971). Un jeune Américain s'engage. Blessé, il perd la parole, la vue, l'ouïe et l'odorat, plus une amputation des 4 membres mais demeure conscient.Sur son lit d'hôpital, son passé lui revient et, uniquement par la sensibilité de sa peau il accèdera à son entourage. Ce film douloureux et évitant le pathos touche à l'euthanasie et l'acharnement thérapeutique. Point de vu de l’adversaire : QUATRE DE L'INFANTERIE de Georg Wilhelm Pabst (1930). L’existence bouleversante de 4 fantassins allemands sur le front français lors des derniers mois de la Première Guerre mondiale. Une mort près d’un agonisant main dans la main… Aux dépends des dialogues, les sons créent toute la dramaturgie. (Interdit  par Goebbels). LA VICTOIRE EN CHANTANT de Jean-Jacques Annaud (1976). A travers cette charge impitoyable sur l’attitude de la France coloniale envers ses indigènes, un normalien socialiste domine pagaille : sa civilité glaciale et bourgeoise entérine l’idée que la guerre intellectualisée est tout autant dérisoire et cruelle ! LA VIE ET RIEN D'AUTRE de Bertrand Tavernier (1989) : "Si la Terre a plus de mémoire que les hommes, la civilisation est condamnée". 1920, le cinéaste entremêle la recherche d’un disparu et une anecdote particulière en s’interrogeant à la fois sur la notion de deuil et de dépouille. A travers le Soldat inconnu : “ Ils ont fait massacrer des millions d’hommes et on ne va plus penser qu’à un seul comme s’il résumait l’Histoire à lui seul !" CAPITAINE CONAN toujours Bertrand Tavernier (1996): "On lui voyait le blanc des yeux au frère et on le crevait en foutant la verte à tout le régiment". Conan honnit l'armée régulière et les officiers d'active, les soldats, par rapport à lui, le guerrier. Exemple fulgurant d’un homme que la guerre a exalté et que la paix éteindra à petit feu ! LA CHAMBRE DES OFFICIERS de François Dupeyron (2001). Ici on aborde les malheureux gueules cassés avec véracité et tendresse. JOYEUX NOËL de Christian Carion (2005). La trêve de Noël 1914 : au-delà des cadeaux qui parviennent dans les tranchées françaises, allemandes ou écossaises, des moments fabuleux: sans fusil, à la lueur de la bougie on cherche celui d’en face,joyeux-noe.jpg l’ennemi de toujours ! Un nouvel humanisme :on fraternise en se passant les cigarettes avec les cantiques de Noël. Péripéties réelles volontairement gommées – chacun parlant dans sa langue…

 Tels sont les films qui se détachent le mieux par leurs trophées et la valeur de leurs interprètes… Revenons à Marc Ferro :"L’historien a pour devoir de déposséder les appareils du monopole qu’ils se sont attribués d’être la source unique de l’histoire. Non satisfaits de dominer la société, ces appareils (gouvernement, partis politiques, Églises ou syndicats entendent en être la conscience. L’historien doit aider la société à prendre conscience de cette mystification… le film a été d’un grand secours en l’occurrence, les fils de fiction autant que les documentaires, dits d’actualité. En effet, je ne crois à l’existence des frontières entre les différents types de films, au moins au regard de l’historien pour qui l’imaginaire est autant l’histoire que l’Histoire…ce qui n’est pas toujours évident lorsqu’on écrit un livre, apparaît brutalement lors de la réalisation d’un film… Les tentatives de ce type rencontrent un vif écho parce que notre société veut absolument savoir comment elle fonctionne et le savoir traditionnel est là, bien en place et vigilant pour l’en empêcher ;mais bien souvent, au service des institutions, elle se contente, même sous le masque du scientisme, de ne distribuer que du rêve. Elle refuse trop à expliquer le présent, d’où la vague, fugitive, il est vrai, de la sociologie. Il est urgent que l’Histoire devienne enfin une science opératoire."

Anne-Flore Urielle

(1) Marc Ferro : « Cinéma et histoire » (folio/histoire)


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