Texte à méditer :  

Rêver un impossible rêve
Porter les chagrins des départs
Brûler d'une possible fièvre
Partir ou personne ne part
Aimer jusqu'à la déchirure
Aimer même trop même mal
Tenter sans force et sans armure
D'atteindre l'inaccessible étoile
Telle est ma quête
Suivre l'étoile ...

  
Jacques Brel
 
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  « Le vrai travail c'est quand je cherche avec l'air de ne rien faire...chercher une idée et espérer qu'elle vienne, ça oui c'est du travaii !" René Gosscinny

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Un critique nommé CHARLES BAUDELAIRE

Unanimement admiré, Baudelaire n‘en passe-t-il pas par nos stéréotypes – en l’occurrence le poète maudit ?... Baudelaire.jpgL’imagine-t-on dans la rue, les mains noires de poudre, lors de la Révolution de 1848 (qui fit chuter Louis-Philippe), écrivant des articles violents (sans lendemains), tandis que Monsieur de Lamartine devenait un éphémère ministre des affaires étrangères !"Je crois sincèrement que la meilleure critique est celle qui est amusante et poétique ; non pas froide et algébrique sous prétexte de tout expliquer ; n’a ni haine ni amour et se dépouille volontairement de tout espèce de tempérament". N’est-ce pas la meilleure définition de cette activité d’équilibriste ? On pourrait y être particulièrement sensible en ce début de XXIème siècle à l’heure où cette fonction a tellement pâlit, réduite au copinage sinon au clanisme rémunéré !

Sait-on que Baudelaire fut l’un des rares à défendre RICHARD WAGNER ? Ce dernier obnubilé, à ses débuts, par un Paris étincelant ignorait que Meyerbeer et Rossini y régnaient. Aussi essuya-t-il une suite d’amères déceptions. Baudelaire en conçut d’abord une sorte de honte:"Or, pendant les scandales soulevés par l’ouvrage de Wagner, je me disais : Qu’est-ce que l’Europe va penser de nous et en Allemagne que dira-t-on de Paris ?...il y a encore bon nombre de personnes bien élevées, douées de justice et dont l’esprit est toujours libéralement ouvert aux nouveautés qui leur sont offertes. L’Allemagne aurait tort de croire que Paris n’est peuplé que de polissons qui se mouchent avec les doigts à cette fin de les essuyer sur le dos d’un grand homme qui passe". De plus, il semble que notre poète ait l’oreille musicale:"Je tiens seulement à faire observer, à la grande louange de Wagner, que malgré l’importance très juste qu’il donne au poème dramatique, l’ouverture de Tannhäuser, comme celle de Lohengrin, est parfaitement intelligible…elle contient non seulement l’idée mère, la dualité psychique constituant le drame mais encore les formules principales, nettement accentuées, destinées à peindre les sentiments… Quant à la grandeVictor_hugo.jpg marche du second acte, qui donc, en entendant ces accents si riches et si fiers, ce rythme pompeux, élégamment cadencé, ces fanfares royales pourrait se figurer autre chose qu’une pompe féodale… ?"

Bel éloge de VICTOR HUGO:"Je me souviens d’un temps où sa figure était l’une des plus rencontrées parmi la foule ; et bien des fois je me suis demandé, en le voyant si souvent  apparaître dans la turbulence des fêtes ou dans le silence des lieux solitaires, comment il pouvait concilier les nécessités de son travail assidu avec ce goût sublime, mais dangereux des promenades et rêveries… Dans les temps heureux où les littérateurs étaient, les uns pour les autres, une société que les survivants regrettent et dont ils ne trouvent plus l’analogue, Victor Hugo représentait celui vers qui chacun se tourne pour demander le mot d’ordre. Jamais royauté ne fut plus légitime, plus naturelle… Quand on se figure ce qu’était la poésie française avant qu’il apparaisse et quel rajeunissement elle a subi depuis qu’il est venu… L’excessif, l’immense sont le domaine naturel de Victor Hugo ; il s’y meut comme dans son atmosphère natale…".

Une étrangeté : ÉLOGE DU MAQUILLAGE:"La plus part des erreurs naissent de la fausse conception du 18ème relative à la morale. La nature fut prise, dans ces temps-là, source et type de tout bien et de tout beau possible….Tout ce qui est beau et noble est le résultat de la raison et du calcul. Le crime, dont l’animal humain a puisé le goût dans le ventre de sa mère, est originellement naturel. La vertu, au contraire est artificielle, surnaturelle puisqu’il a fallu dans tous les temps et chez toutes les nations, des dieux et des prophètes pour l’enseigner à l’humanité animalisée, et que l’homme, seul, eût été impuissant à la découvrir. Le mal se fait sans effort, naturellement, par fatalité ; le bien est toujours le produit d’un art. Tout ce que je dis de la nature comme mauvaise conseillère en matière de morale et de raison, comme véritable rédemptrice et réformatrice, peut être transposé dans l’ordre du beau. Je suis ainsi conduit à regarder la parure comme un des signes de la noblesse primitive de l’âme humaine…La mode dlcxport.jpgdoit donc être comme un symptôme du goût de l’idéal…".

C’est à travers ses critiques d’art, et de peinture en particulier, que Baudelaire se révéla infailliblement prophétique. Esquivant, ici, la découverte, à Honfleur, d’EUGÈNE BOUDIN, le roi des cieux, rapprochons-nous des plus célèbres,Ingres et surtout DELACROIX:"M.M Eugène Delacroix et Ingres se partagent la faveur et la haine publiques…". Il semble qu’on les opposa comme deux lutteurs. Toutefois notre poète s’attarde plus volontiers sur Delacroix:"M. Delacroix me paraît être l’artiste le mieux doué pour exprimer la femme moderne surtout la femme moderne dans sa manifestation héroïque, dans le sens infernal ou divin. Ces femmes ont même la beauté physique moderne, l’air de rêverie, mais la gorge abondante avec une poitrine un peu étroite, le bassin ample, et des bras et des jambes charmants". Il ajoute un commentaire précieux des Phares :carnets2.jpg

" …Delacroix, lac de sang, hanté des mauvais anges,

Ombragé par un bois de sapin toujours vert,

Où, sous un ciel chagrin, des fanfares étranges

Passent comme un soupir étouffé de Weber…Lac de sang : le rouge ; hanté des mauvais anges : surnaturalisme,un bois toujours vert : le vert complémentaire du rouge,un ciel chagrin :les fonds tumultueux et orageux de ses tableaux ; les fanfares et Weber :idées de musique romantique que réveillent les harmonies de sa couleur. Du Dessin de Delacroix si absurdement, si niaisement critiqué, que faut-il dire, si ce n’est qu’il est des vérités élémentaires complètement méconnues ;qu’un bon dessin n’est pas une ligne dure, cruelle, despotique, immobile enfermant une figure comme une camisole de force;que le dessin doit être comme la nature, vivant et agité;que la simplification dans le dessin est une monstruosité, comme la tragédie dans le monde dramatique;que la nature nous présente une série infinie de lignes courbes, fuyantes, brisées, suivant une loi de génération impeccable, où le parallélisme est toujours indécis et sinueux;ou les concavités et les convexités se correspondent et se poursuivent;que M. Delacroix satisfait admirablement à toutes ces conditions…Une autre qualité, très grande, très vaste, du talent de M. Delacroix et qui fait de lui le peintre aimé des poètes, c’est qu’il est essentiellement littéraire…Edgar Poe dit que le résultat de l’opium est de revêtir la nature entière d’un intérêt surnaturel…Sans avoir recours à l’opium, qui n’a connu ces admirables heures, véritables fêtes du cerveau, où les sens plus attentifs perçoivent des sensations plus retentissantes, où le ciel d’un azur plus transparent s’enfonce comme un abîme plus infini, où les sons tintent plus musicalement, où les couleurs parlent, où les parfums racontent des mondes d’idées ? Eh bien, la peinture de Delacroix me paraît la traduction de ces beaux jours de l’esprit…". Inutile de souligner la maestria stylistique et encore moins l’acuité d’analyse ! Tout un gros volume de La Pléiade (Gallimard) est consacré à cette prose captivante…

Anne-Flore Urielle


Catégorie : ARTICLES - POESIE
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