Texte à méditer :  

Rêver un impossible rêve
Porter les chagrins des départs
Brûler d'une possible fièvre
Partir ou personne ne part
Aimer jusqu'à la déchirure
Aimer même trop même mal
Tenter sans force et sans armure
D'atteindre l'inaccessible étoile
Telle est ma quête
Suivre l'étoile ...

  
Jacques Brel
 
ARTICLES
CITATION

  « Je relis Les Caractères, si claire est l’eau de ces bassins qu’il faut se pencher longtemps au-dessus pour en comprendre la profondeur » André Gide

Préférences

Se reconnecter :
Votre nom (ou pseudo) :
Votre mot de passe
Captcha reload
Recopier le code :


  Nombre de membres 40 membres
Connectés :
( personne )
Snif !!!
Recherche
Recherche
Visites

   visiteurs

   visiteurs en ligne

rss Cet article est disponible en format standard RSS pour publication sur votre site web :
http://www.abrulepourpoint.fr/data/fr-articles.xml

FRANÇOIS TRUFFAUT (1932-1984)

« Cent ans après coquin de sort

62225775_p.jpgIl manquait encore » Georges Brassens, Les Copain d’abord

Dans le numéro spécial des "Cahiers du Cinéma" sorti en décembre 1984 (après le décès de Truffaut)A. Bergala et S. Toubiana, au détour d’une phrase, écrivaient :"Puisqu’on parle d’émotion, il y en a une qui ne transparaît pas ici c’est le souvenir très fort de sa voix, marque d’une singularité : chaude, intérieure, profonde, mélodieuse et morale, une voix humaine…inimitable, inoubliable".

L’autodidacte sublime débarqua aux Cahiers, selon C. Chabrol,"nœud pap et lunettes, écorché et en colère". Ainsi devint-il chef de bande de la NOUVELLE VAGUE.  Parti de la droite, il sympathisa avec les soutiens du FLN lors de la guerre d’Algérie, signa le Manifeste des 121, vendit La Cause du peuple avec Sartre (1970), vota Mitterrand – mais refusa la légion d’honneur ! Évita les sujets politiques ou2_R1ajl.jpg sociaux du moment,"J’ai choisi la fiction". Il s’estimait inapte à faire des films à idées.

"Les films sont plus harmonieux que la vie, Alphonse : il n’y a pas d’embouteillages dans les films, il n’y a pas de temps morts, les films avancent comme des trains, tu comprends ? Comme des trains dans la nuit. Les gens comme toi, comme moi, tu le sais bien, on est fait pour être heureux dans le travail, dans notre travail de cinéma": La Nuit Américaine (1973 oscar du meilleur film étranger).  L’AMOUR sera le sujet des sujets ! Des films sur l’amour j’en ai une trentaine dans la tête. Ainsi, célèbrera-t-il l’amour comme une liturgie – mais avec une délicatesse exaltée ! Symboliques LA réplique du "Dernier métro", Copy_of_JulesJim.jpg(1981),"L’amour est à la fois une joie et une souffrance" ou la dernière de Vivement Dimanche (son dernier film),"Je n’ai aucun remords car je ne suis pas de la société des hommes. Tout ce que j’ai fait c’était pour les femmes. Parce que j’aime les regarder, les toucher, les respirer, jouir d’elle et les faire jouir. Les femmes sont magiques, alors je suis devenu magicien". L’apothéose : « JULES ET JIM » d'après Roché l’un de ses écrivains favoris. Pourquoi ce film (1962) a-t-il autant touché ? Catherine, l’héroïne aime Jules, l’allemand et Jim, le français, toute sa vie – et les 2 hommes parviendront à rester amis, au-delà de la guerre de 1914/18 :"Faire un film subversif avec une douceur totale… un rêve… Nous souffrons tous, dans la vie, du côté provisoire de nos amours et Jules et Jim justement nous faisait rêver d’amours qui seraient définitives". Si Roché évoquait brièvement la guerre, Truffaut, lui, insère des archives. Ces images de destruction détonnent avec l’ambiance si merveilleuse. La voix off (qu’on retrouve dans beaucoup de ses films) accentue l’enchantement et Jules souligne : « Mais c’est une reine, Jim… Pourquoi Catherine, si réclamée, a-t-elle malgré tout fait à nous deux le cadeau de sa présence ? Parce que nous lui prêtions une complète attention, comme à une reine ».  

Ainsi affleurent deux autres aspects essentiels de Truffaut : les livres et la mort. Les premiers seront magnifiés à travers "Fahrenheit 451"(1966) d’après Ray Bradbury. Très sobre, atmosphère fantomatique due à la lutte autour des autodafés ! "Films-livres, livres-films, tel est l’engrenage de ma vie puisque mon amour jumelé pour les livres etla_chambre_verte.jpg les films m’a amené à tourner Jules et Jim, hommage à un livre particulier ou encore Fahrenheit 451 qui les englobe tous". Bertrand Poirot-Delpech (académicien 1929/20006) affirmait, avec ses contemporains, que Truffaut aurait pu être  écrivain : une écriture noire comme son regard d’encre brûlé de curiosité.  Certes il se juge primaire et inculte mais le cinéma est moins lourd de chefs-d’œuvre intimidants que la littérature et le milieu moins scélérat que celui des lettres parce qu’on y fait moins semblant. L’homme qui aimait les femmes(1977) écrit : « De tout cela il restera tout de même quelque chose, un témoignage, un objet rectangulaire, 320 pages brochées. On appelle ça un livre ».

Quant à la mort ? Étrange trame, à part le cycle Doinel, beaucoup de ses héros décèdent : Jules et Jim, Tirez sur le pianiste, L’homme qui aimait les femmes, La peau douce, La mariée était en noir, La femme d’à côté… Car pour Truffaut la fin d’un film est capitale, "L’ambiguïté c’est ça : je tourne des fins optimistes qui respectent la loi de la vie. Ce sont des fins qui essaient de respecter la loi du spectacle et la loi de la vie. Le spectacle en fait une lutte contre la mort", (lui-même mort à 52 ans). Dans "La Chambre verte"(1978 d’après 3 histoires de Henry James) cela devient une idée fixe. "Je crois à l'émotion retenue, à l'émotion non par paroxysme mais par accumulation. Je voudrais que l'on regarde La 18018539.jpgchambre verte la bouche ouverte, qu'on aille d'étonnement en étonnement, et que l'émotion ne nous étreigne qu'à la fin, grâce au seul lyrisme de la musique de Jaubert". On assiste à une sorte de narration, suite sur un seul leitmotiv – tout est à l'économie. Sur 47 scènes, seules 14 sont explicitement tournées de jour, 17 se passent la nuit et les 16 autres sont situés en intérieur avec des lampes éclairées qui suggèrent le soir. Plus encore que Adèle H(1975), La chambre verte se déploie en nocturne – celui d’un monde intérieur. Mais le récit exclut la moindre connivence avec le personnage : monochromes bleutés de la Première Guerre Mondiale qui le hantent, opposé aux années folles de 1925 (éclairées par Cécilia incarnant la vie), dans un paysage de cimetières. Corps indemne, mais esprit définitivement abîmé. Cependant, malgré la recherche de la perfection, Truffaut n’atteint le mystère de la spiritualité. Est-ce la raison de l’échec partiel du film, cette aliénation argumentéeyves-saint-laurent-affiche-529df210c756f.jpg d’un rescapé obsédé par la célébration des morts ? Reste le courage de regarder cette mort en face !

Reste le personnage féminin. En elle réside non seulement l’élan radieux du vivant mais l’harmonie, la grâce féminine ! "Le cinéma est un art de la femme, c'est-à-dire de l’actrice. Le travail du metteur en scène consiste à faire faire de jolies choses à de jolies femmes". Dans sa vie comme à l’écran les femmes ne sont-elles pas des apparitions incandescentes ? "Parce que chaque récit a sa valeur propre de même que chaque amour est unique… Il peut bien mériter qu’on lui consacre la moitié d’une carrière (comme Bergman) ou les trois quart (comme Renoir)". Et de dissimuler sa propre nostalgie dans le bonheur du travail, avec un tact et une pureté ineffables, Je réalise mes rêves et je suis payé pour ça. Cette verve spontanée sur lui-même exprimait notre propre vécu avec le sien… On pourrait longtemps épiloguer sur ses 21 films et sur cette personnalité captivante, french touch douce-amère à la manière d’un Proust… Alexandre Astruc conclura sur ce patrimoine passionnel :"Le secret de Truffaut c’est sa tendresse. Tendresse pour les enfants, tendresse pour les femmes qui lui inspiraient les meilleurs de ses films… Il n’y a pas plus français que cette œuvre-là"…

Anne-Flore Urielle

(voir Le Monde, Hors Série sur "François Truffaut, le roman du cinéma")


Catégorie : ARTICLES - CINEMA
Page lue 2504 fois


Réactions à cet article

Personne n'a encore laissé de commentaire.
Soyez donc le premier !