Texte à méditer :  

Rêver un impossible rêve
Porter les chagrins des départs
Brûler d'une possible fièvre
Partir ou personne ne part
Aimer jusqu'à la déchirure
Aimer même trop même mal
Tenter sans force et sans armure
D'atteindre l'inaccessible étoile
Telle est ma quête
Suivre l'étoile ...

  
Jacques Brel
 
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  « Le vrai travail c'est quand je cherche avec l'air de ne rien faire...chercher une idée et espérer qu'elle vienne, ça oui c'est du travaii !" René Gosscinny

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 "LA SERVITUDE VOLONTAIRE"  Etienne de La Boétie 1

     Au chapitre XXIII des "ESSAIS" MONTAIGNE avait l’intention de publier le livre d’Etienne de La Boétie :  "La servitude Volontaire". Se ravisant, il le consacra à l’Amitié en général et à ce jeune auteur, mort à la fleur de l’âge en particulier que ce dernier "écrivit par manière d’essai en sa première jeunesse"(18 ans)…. "L’amitié…ne prend accroissance qu’en la jouissance, comme étant spirituelle et l’âme s’affinant par l’usage… Si on me presse de dire pourquoi je l’aimais, je sens que cela ne se peut Etienne_de_la_boetie_1.jpgexprimer qu’en répondant : Parce que c’était lui, parce que c’était moi…J’étais déjà si fait et accoutumé à être deuxième partout qu’il me semble n’être plus qu’à demi…". Quant à l’œuvre, rédigée en 1549, elle ne parut qu’en 1574, 2 ans après la Saint-Barthélemy au début du règne d’Henri III. Or, conseiller au Parlement de Bordeaux, (1554 Henri II), La Boétie se vit confier, par Michel de L'Hospital, diverses négociations pendant les Guerres de Religion opposant Catholiques et Protestants… Ceci n’étant pas un hasard !

  Agrémenté de nombreuses citations grecques et latines, la première phrase d’un ouvrage s’avère toujours symbolique :  "D’avoir plusieurs seigneurs aucun bien ne m’y vois / Qu’un sans plus soit le maitre et qu’un seul soit le roi » (Iliade II, 204,205). Il faudrait peut-être excuser Ulysse qui avait sans doute besoin d’user de ce langage…Comment il se peut faire que tant d‘hommes, tant de bourgs, tant de villes, tant de nations endurent quelques fois un tyran seul qui n’a puissance que celle qu’ils lui donnent, qui n’a pouvoir de leur nuire sinon tant qu’ils ont vouloir de l’endurer…". PARADOXE, la tyrannie subsiste avec l’acceptation agrée, sinon opiniâtre, des dominés dans cette servitude volontaire ! "La faiblesse d’entre nous, hommes, est telle qu’il faut souvent que nous obéissions à la force". Pourquoi ces millions d'hommes se laissent-ils si béatement soumettre par un seul ? Identifier les ressorts de cette sujétion consentie en éclairera tout le mécanisme : comment un peuple se transforme en instrument de son propre esclavage ?

      On sent, d’abord chez La Boétie, la révolte avec toute la fougue de la jeunesse, dans cette peinture poignante des connexions dominants/dominés. Quand on combat pour la liberté, on est attiré par une transcende comme vers ce destin lumineux qui "récompense, le bonheur de leur vie passée, l’attente d’un bien-être égal pour l’avenir, leurs enfants, leur postérité ». Les mercenaires de la tyrannie, eux sont complètement dépréciés: «salaire, coups, servitude d’autrui…convoitise, s’émousse l’ardeur, s’éteint dans le sang de leur première blessure". Encore tout pétri de ses humanités l’auteur trouve de multiples exemples dans l’Antiquité à l’appui. "Cette ruse des tyrans d’abêtir leurs sujets n’a jamais été plus évidente que dans la conduite de Cyrus envers les Lydiens…". Flatter les instincts les plus bas pour mieux asservir et divertir pour mieux contrôler : "festoyer, gorgeant, plaisir de la bouche, écuelle, tel ramassait aujourd’hui le sesterce, tel se gorgeait au festin public". Inventaire de « drogues » ou « appâts » : "Le théâtre, les jeux, les farces, les spectacles, les gladiateurs, les bêtes curieuses, les médailles, les tableaux…". Le tout au pluriel qui allonge la liste de ces distractions, « chatouilles » qui enjôlent. Les peuples, enclin à la câlinerie, « se laissent promptement allécher à la servitude ». Ici, La Boétie ne cache pas sa colère contre cette cécité : "Ne croyez pas qu’il n’y ait nul oiseau qui se prenne mieux à la pipée, ni aucun poisson qui, pour la friandise du vers, morde plus tôt à l’hameçon que tous ces peuples". Car la conduite du maître comme celle de l’esclave sont pareillement critiquées ! Enfin, La Boétie explique ce maintien au pouvoir grâce aux soutiens : "De même, dès qu’un roi s’est déclaré tyran, tout le mauvais, toute la lie du royaume, je ne dis pas un tas de petits friponneaux et de faquins qui ne peuvent faire ni mal ni bien dans un pays, mais ceux qui sont possédés d’une ambition ardente et d’une avidité notable se groupent autour de lui et le soutiennent pour avoir part au butin et pour être, sous le grand tyran, autant de petits tyranneaux". Ainsi, il suffit d’uneMontaigne.jpg "clique" à ses côtés pour anéantir l’entité d’un État. « Ce ne sont pas les bandes de gens à cheval, les compagnies de fantassins,…(on aura peine à le croire d’abord, quoique ce soit l’exacte vérité) quatre ou cinq hommes qui le soutiennent et qui lui soumettent tout le pays. Il en a toujours été ainsi : cinq ou six ont eu l’oreille du tyran et s’en sont approchés d’eux-mêmes, ou bien ils ont été appelés par lui pour être les complices de ses cruautés, les compagnons de ses plaisirs, les maquereaux de ses voluptés et les bénéficiaires de ses rapines…Ces six cents en tiennent sous leur dépendance six mille…De là venait l’accroissement du pouvoir du Sénat sous Jules César… ». La Boétie compare la tyrannie à une maladie : la tyrannie est une tumeur attirant les infections. Bonne méthode qui vitupère un tel système utilisant tout ce qui peut le disqualifier: "partie véreuse, tout le mauvais, toute la lie du royaume, ceux qui sont possédés d’une ambition ardente et d’une avidité notable, autant de petits tyranneaux". Les termes « petits friponneaux et faquins » s’ajoutent à ce blâme vibrant du personnel politique accompagnant la tyrannie.  Ce genre de système est fondamentalement malsain et dépassé. Il ne peut donc perdurer car ses bases ne sont ni intègres ni solides. Les intérêts particuliers de chacun de ses associés ne sauraient résister à une action massive du peuple qui refuserait simplement de ne plus servir. Passage palpitant puisque La Boétie redéfinit ce qui fait la force d’un pouvoir autoritaire, un pouvoir qui fonctionne de manière pyramidale, reposant sur une base qu’il exploite. "En somme, par les gains et les faveurs qu’on reçoit des tyrans, on en arrive à ce point qu’ils se trouvent presque aussi nombreux, ceux auxquels la tyrannie profite, que ceux auxquels la liberté plairait". Si on pouvait garantir que cette structure se désagrège et dépose son bouclier, l’édifice s’écroulerait en mille morceaux !

       « Le Discours de la servitude volontaire » s’oppose au « Prince » de Machiavel (1513), consacré à Laurent de Médicis. En effet, on est loin des recommandations politiques offertes au Prince (plus ou moins flatteuses et serviles) afin qu’il commande judicieusement : ne toucherait-on pas là à la dictature ? La Boétie, précisément, remet en cause le bon-droit des supérieurs dont l’autorité sur les hommes ne repose, selon lui, sur rien de légitime. Cette perspective autant novatrice et pionnière au sujet du rapport dominant/dominé, initie, ainsi, une théorie inédite sinon moderne : la vigueur du pouvoir autocrate n’a pour seul fondement que l’assentiment populaire. Si le peuple récuse cette puissance, le despote illégitime perd sa force et s’effondre.

Ce sont les protestants, persécutés, qui rebaptisèrent l’œuvre "Le Contr’un" se ménageant un instrument de réfutation politique envers le roi de France catholique…

Antoine Fignes


Catégorie : ARTICLES - REFLEXION
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