Texte à méditer :  

Rêver un impossible rêve
Porter les chagrins des départs
Brûler d'une possible fièvre
Partir ou personne ne part
Aimer jusqu'à la déchirure
Aimer même trop même mal
Tenter sans force et sans armure
D'atteindre l'inaccessible étoile
Telle est ma quête
Suivre l'étoile ...

  
Jacques Brel
 
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  « Le vrai travail c'est quand je cherche avec l'air de ne rien faire...chercher une idée et espérer qu'elle vienne, ça oui c'est du travaii !" René Gosscinny

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                         « Le vrai travail, c’est quand je cherche - avec l’air de ne rien faire… Chercher une idée et espérer qu’elle viendra, ça oui, c’est du travail ! » (René Goscinny)

                  Une « Tapisserie de Pénélope ». Continuellement tapissée et détapissée selon son gré ; nomadisme textuel verbeux … opposé au fil d’Ariane, épure érotique. Notre « nouvel écrivain » aurait souhaité une chevauchée dans la  «Carte du Tendre » des Précieuses [ XVIIème siècle] - se gardant bien de le déclarer pour ne pas paraître loufoque… Les allées enlaçant l’itinéraire de Cupidon … S’emmêlant (volontairement ?) dans les subtiles astuces : les préliminaires chancelaient en « courtoisie » des Chevaliers de la Table Ronde... Goût  des « pâmoisons » usurpé à « La Princesse de Clèves » (Madame de Lafayette), son livre de chevet … Jamais, elle n’avait ourdi de « tomber dans les pommes »… Ces émois-là attisaient son romantisme : s’évanouir dans un ailleurs oubliant la médiocrité - LA tentation ! « Petits soins » aux entours de l’héroïne, serrée dans les bras aguerris et nichée, avec délicatesse, sur un lit de repos ennuagé … Nostalgie idéaliste : la DAME chimérique, si évasive qu’elle susciterait les hommages des « Chevaliers Errants » ? Escapades échevelées. Leurs dénouements alambiqués l’assiégeaient en carrousels braques ! Contraste grossier avec sa santé florissante !

Quelle vaillance! s’acculer à la joute face à la productivité de l’écrivassier ! Empoignade impitoyable ! 
        Au pied levé, coincée, astreinte à triturer toutes ses facultés fécondes… N’avait-elle pas gasconné contre la maternité au profit de la créativité, contristant sa sœur ? une façon d’exister ? Il fallait « y croire », (selon la répartie de Théophile Fignes), pour ré-écrire le brouillon : « La pensée vole et les mots vont à pied, voilà le drame de l’écrivain. », boutade de Julien Green.
             L'emporter, se cabrer à l'encontre des chausse-tapes décochées par la langue et la grammaire, comme des bateleurs, au nom de la logique et la vraisemblance cartésiennes. Que d’une bûche, acheminée depuis si longtemps, jaillisse un diamant ? Suer sang et eau pour labourer avec vigueur, pas à pas : buriner les mots, ciseler les phrases comme d’inestimables joyaux. S'implantant devant sa machine à écrire, échafaudée sur un dictionnaire, elle se mit à la harceler inspirée, non par une élaboration défrichée à l’avance mais par les termes qui se nouaient comme des perles sans confectionner une parure phénoménale. Les lexies trépignaient,enragées, engendrées, quelque part, de longue date… s'allumeraient-elles dans l’urgence de gambader ? rude bataille factorielle ! [[ Les écrivains en herbe étayeront, peut-être, les assertions de l’auteur ]]..." Extrait de "A brûle pourpoint"

                     Pour ceux que la vie a blessés, loin d’être un forum, ce for-intérieur, dans lequel ils s’abritent, risque de se transformer peu à peu en forteresse. L’être tout entier happé, séquestré au sens d’un « enfer » ... enfermement jusqu’à dévaler dans l’autodestruction.
    Dans son premier ouvrage, «Un Merveilleux Malheur », B.Cyrulnik tentait d’ouvrir la porte de ce genre de prison: la résilience. Souhaitons une prompt délivrance aux lecteurs…pour ma part, je n’ai pas trouvé le chemin de ce qui ressemblerait à une « guérison » dés le second livre ! Au lieu d’étudier les dégâts incontestables d’un traumatisme, B.Cyrulnik essayait d’analyser le processus de réparation constaté chez les survivants des camps de concentration ou les enfants maltraités. L’une de ses idées force : écrire pour survivre. La formule apparaît  banalement rebattue, mais la thèse, toute en nuances, s’illustre  par des cas vécus : quand dans « W ou le souvenir d’enfance », Georges Perec jongle avec les mots en pariant de ne pas utiliser la voyelle la plus cou-rante « e » loin d’un exercice littéraire, E = eux, ses parents disparus dans les camps de la mort. Autre exemple : sur 35 écrivains, cités dans les livres scolaires, 17 avaient subi la perte précoce d’un ou de deux parents
              Las ! tous les orphelins ne sont pas géniaux ! Et, dans les flots d’autobiographies qui nous submergent aujourd’hui, nos prosateurs ne sont que de très pâles reflets d’un Balzac ou d’un Dickens !... B. Cyrulnik lui-même est devenu une vedette tant « notre siècle », selon le mot-valise, a du vague à l’âme et tous nos petits maîtres pondent chaque année leur « bouquin » pour faire la tournées des Grands Ducs, c’est à dire des médias… Je compense en me laissant bercer par les sortilège qui enivre un donjon, comparable. Plutôt le havre, de Gérard de Nerval (ce qui ne l’a pas empêché de se suicider) nommé « tour d’ivoire des poètes ». Séjour mystérieux ou contrée magique, lieu de naissance d’une œuvre.
Les Romantiques revendiquent la création littéraire ou artistique comme une sorte de « mission ».
V. Hugo n’hésite pas à écrire :
« Peuples ! Ecoutez le poète !
« Ecoutez le rêveur sacré !
« Dans votre nuit, sans lui complète,
« Lui seul a le front éclairé... »


Pour Baudelaire  c’est l’Albatros :
« …Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l'archer ;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l'empêchent de marcher. »
Pour Musset, c’est le pélican ou cette Vision :
« …Le ciel m'a confié ton cœur.
Quand tu seras dans la douleur,
Viens à moi sans inquiétude.
Je te suivrai sur le chemin ;
Mais je ne puis toucher ta main,
Ami, je suis la Solitude. »


             Stendhal, lui, a créé le mot « égotisme » au sens où, en parlant de soi « ... c’est une façon de peindre ce cœur humain dans la connaissance duquel nous avons fait des pas de géants... ». En effet, quand Flaubert dit « Madame Bovary, c’est moi ! », il pose le problème essentiel : cette tour d’ivoire n’est pas un repliement égoïste sur soi mais une étrange alchimie où se mêlent la personnalité de l’écrivain, les hasards des rencontres, les influences reçues, avec ce je ne sais quoi qui donne son caractère unique à l’œuvre. Curiosité de lecteurs piquée, abusée par l'auteur nous livrant l’intimité des personnages ce « misérable petit tas de secrets » ( Shakespeare ) que nous ne pénètrerons jamais, même chez nos plus proches parents ou amis - sans parler de nous-même !

Enfin, le maître incontesté, celui qui a saisi les caractères de l’âme humaine dans leurs détails les plus subtils, à travers sa propre introspection, c’est évidemment, MARCEL PROUST dans "A la recherche du temps perdu".  On y retrouve ce régal : le sens initial de for intérieur : il y a sans cesse un va et vient, à la fois perspicace et inventif, entre la foule des personnages et le protagoniste central, le Narrateur qui dit «je». D’ailleurs Proust était parfaitement conscient de ce jeu  aiguisé  :

« ...En réalité, chaque lecteur est, quand il lit, le propre lecteur de soi-même. L’ouvrage de l’écrivain n’est qu’une espèce d’instrument optique qu’il offre au lecteur afin de lui permettre de discerner ce que, sans ce livre, il n’eût peut-être pas vu en soi-même... »

 Anne-Flore Urielle


Catégorie : ARTICLES - POESIE
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