Texte à méditer :  
« Ce toit tranquille, où marchent les colombes,
Entre les pins palpite, entre les tombes ;
Midi le juste y compose de feux
La mer, la mer toujours recommencée !
O récompense après une pensée
Qu’un long regard sur le calme des dieux !
…Le vent se lève ! il faut tenter de vivre !... »
Paul VALERY  « Le cimetière marin »
  
 
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  « être c'est être en route" Paul Ricoeur

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POÉMES de LOUISE MICHEL

La Marseillaise noire

déposée au guichet de l'Échelle
pour Monsieur Bonaparte

À Paris, le 1.5 août 1865

À vous ce beau rêve éphémère
Souffle par le vent emporté
Car vous préférez sous Tibère

L'existence à la liberté
La nuit est courte et fugitive
En avant tenons-nous la main
Garde à toi citoyen qui vive

Républicain républicain
Entendez-vous les cris d'alarme
Écoutez gémir le tocsin
Lève-toi peuple aux armes aux armes
Passons passons les mers passons les noirs vallons
passons passons
Passons que les blés mûrs tombent dans les sillons
Entendez-vous tonner l'airain

Arrière celui qui balance
Le lâche trahira demain
Passons vivante Marseillaise
Souffle par l'orage emporté
Allons semant la liberté
Sur les monts et sur la falaise
Gloire aux martyrs, honneur aux braves
Aux armes tous les cœurs vaillants
Ah plutôt mourir qu'être esclaves

Disons sous les glaives sanglants
Dans les cachots partout sans crainte
Honte à qui craindrait les tourments
Vive la république sainte
La république universelle
S'élève dans les cieux ardents
Couvrant les peuples de son aile
Comme une mère ses enfants
À l'Orient blanchit l'aurore

L'aurore du siècle géant
Debout peuple sois fort et grand          
Debout pourquoi dormir encore
Tremblez renégats et [ ... ]
Pour vous nos fusils sont chargés
Et dans vos phalanges impures
Il en est bien qui sont jugés
Alors comme un affreux mirage
Devant vous surgira l'image

De tous nos frères égorgés
Ô ma république adorée
Lève-toi surgis en tout lieu
Ô mes amours Vierge sacrée
Qu'il est beau ton drapeau de feu
Découvrez-vous tous place place
Méchants plus de vœux superflus
À genoux vainqueurs et vaincus
C'est la république qui passe

SOUVENIRS DE CALÉDONIE

 CHANT DES CAPTIFS

Ici l'hiver n'a pas de prise,
Ici les bois sont toujours verts ;

De l'Océan, la fraîche brise
Souffle sur les mornes déserts,
Et si profond est le silence
Que l'insecte qui se balance
Trouble seul le calme des airs.
Le soir, sur ces lointaines plages,
S'élève parfois un doux chant :
Ce sont de pauvres coquillages
Qui le murmurent en s'ouvrant.
Dans la forêt, les lauriers-roses,
Les fleurs nouvellement écloses
Frissonnent d'amour sous le vent.
Voyez, des vagues aux étoiles,
Poindre ces errantes blancheurs !
Des flottes sont à pleines voiles
Dans les immenses profondeurs.
Dans la nuit qu'éclairent les mondes,
Voyez sortir du sein des ondes
Ces phosphorescentes lueurs !
Viens en sauveur, léger navire,
Hisser le captif à ton bord !
Ici, dans les fers il expire :
Le bagne est pire que la mort.
En nos cœurs survit l'espérance,
Et si nous revoyons la France,
Ce sera pour combattre encor !
Voici la lutte universelle :
Dans l'air plane la Liberté !
À la bataille nous appelle
La clameur du déshérité !...
L'aurore a chassé l'ombre épaisse,
Et le Monde nouveau se dresse
À l'horizon ensanglanté !

POUR JEAN-BAPTISTE CLEMENT (1903)

« La neige a recouvert les rouges cerises
Et les bouquets blancs des arbres en fleur.
Par les froides bises
Sont les lourds frimas de l’hiver en crise.

Lorsque reviendront les étés en fleur
Il sera parmi les poussières grises
Que l’infini roule éternel semeur.
Ensemble jadis nous disions les rêves
Que chaque jour fait pour tous plus réels
Sur les vastes grèves
Du progrès sans fin, maudissant les glaives
Les maîtres les dieux les sanglants autels.
Menant le combat où sans lâches trêves
Du juste et du beau l’on dit les appels.
A l’heure terrible où prêtant mainforte
Au lointain passé stupide et sanglant
L’horrible cohorte
Des soldats croyant la Commune morte
Au rouge abattoir allait égorgeant.
Comme un dernier souffle au vent qui l’emporte
Passa la mitraille en un coup géant.
Satory trembla de ce coup énorme
Ces derniers étaient les Ferré Clément
Pour seul uniforme
En rouge ceinture et charmante forme
Est une orpheline au gouffre tonnant
Champy, Vermorel, Varlin, dix en somme
Et Lissagary, Cambon ; groupe ardent.
Moi, dans Sartory, j’étais prisonnière
Sentant dans mon cœur que c’était la fin
Que se fermerait l’ère.
Je dis : la Commune est vivante et fière
Eux furent troublés mais je savais bien
Qu’on allait encore ramper en arrière
Dans les lourdes nuits d’un temps incertain.
C’est ce souvenir, fleur toujours vivante
Qu’aujourd’hui je jette encore poignant
La tombe béante
De nos yeux sans pleurs en rosée ardente.
Reçoit chaque larme en goutte de sang.
Et nous ignorons si dans la tourmente
Notre cœur est mort ou s’il est vivant. »

VICTOR HUGO pour Louise Michel

 Ayant vu le massacre immense, le combat
Le peuple sur sa croix, Paris sur son grabat,
La pitié formidable était dans tes paroles.
Tu faisais ce que font, les grandes âmes folles

Et, lasse de lutter, de rêver, de souffrir,
Tu disais : « J'ai tué ! » car tu voulais mourir.
Tu mentais contre toi, terrible et surhumaine.
Judith la sombre Juive, Aria la Romaine
Eussent battu des mains pendant que tu parlais.
Tu disais aux greniers : « J'ai br0lé les palais ! »
Tu glorifiais ceux qu'on écrase et qu'on foule.
Tu criais : « J'ai tué! Qu'on me tue! - Et la foule
Écoutait cette femme altière s'accuser.
Tu semblais envoyer au sépulcre un baiser ;
Ton œil fixe pesait sur les juges livides :
Et tu songeais, pareille aux graves Euménides.
La pâle mort était debout derrière toi.
Toute la vaste salle était pleine d'effroi.
Car le peuple saignant hait la guerre civile.
Dehors on entendait la rumeur de la ville.
Cette femme écoutait la vie aux bruits confus
D'en haut. dans l'attitude austère du refus.
Elle n'avait pas l'air de comprendre autre chose
Qu'un pilori dressé pour une apothéose :
Et, trouvant l'affront noble et le supplice beau
Sinistre, elle hâtait le pas vers le tombeau
Les juges murmuraient : « Qu'elle meure! C'est juste
Elle est infâme.  À moins qu'elle ne soit auguste »
Disait leur conscience. Et les juges, pensifs
Devant oui, devant non, comme entre deux récifs
Hésitaient, regardant la sévère coupable.
Et ceux qui, comme moi, te savent incapable
De tout ce qui n'est pas héroïsme et vertu.
Qui savent que si l'on te disait: « D'où viens-tu ? »
Tu répondrais : « Je viens de la nuit où l'on souffre ;
Oui, je sors du devoir dont vous faites un gouffre!
Ceux qui savent tes vers mystérieux et doux,
Tes jours, tes nuits, tes soins, tes pleurs donnés à tous.
Ton oubli de toi-même à secourir les autres
Ta parole semblable aux flammes des apôtres ;
Ceux qui savent le toit sans feu, sans air, sans pain
Le lit de sangle avec la table de sapin
Ta bonté, ta fierté de femme populaire.
L'âpre attendrissement qui dort sous ta colère.
Ton long regard de haine à tous les inhumains
Et les pieds des enfants réchauffés dans tes mains :
Ceux-là, femme, devant ta majesté farouche
Méditaient, et malgré l'amer pli de ta bouche
Malgré le maudisseur qui, s'acharnant sur toi
Te jetait tous les cris indignés le la loi
Malgré ta voix fatale et haute qui t'accuse
Voyaient resplendir l'ange à travers la méduse.
Tu fus haute, et semblas étrange en ces débats :
Car, chétifs comme sont les vivants d'ici-bas.
Rien ne les trouble plus que deux âmes mêlées
Que le divin chaos des choses étoilées
Aperçu tout au fond d'un grand coeur inclément
Et qu'un rayonnement vu dans un flamboiement.
Ayant vu le massacre immense, le combat
le peuple sur sa croix, Paris sur son grabat,
La pitié formidable était dans tes paroles.
Tu faisais ce que font, les grandes âmes folles
Et, lasse de lutter, de rêver, de souffrir,
Tu disais : « J'ai tué ! » car tu voulais mourir.
Tu mentais contre toi, terrible et surhumaine.
Judith la sombre Juive, Aria la Romaine
Eussent battu des mains pendant que tu parlais.
Tu disais aux greniers : « J'ai brûlé les palais ! »
Tu glorifiais ceux qu'on écrase et qu'on foule.
Tu criais : « J'ai tué! Qu'on me tue! - Et la foule
Écoutait cette femme altière s'accuser.
Tu semblais envoyer au sépulcre un baiser ;
Ton oeil fixe pesait sur les juges livides :
Et tu songeais, pareille aux graves Euménides.


Catégorie : - POESIE
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